A l’Education nationale comme à la DGFIP, le retour à la normale après les cyberattaques de l’été n’est pas encore prévu. Les deux administrations partagent la même incertitude quant au délai de rétablissement complet. Nous avons des réunions en visio avec le ministère, avec toujours des informations très descendantes qui ne répondent pas à nos questions, explique Alain Mallet, secrétaire général adjoint d’ID-FO (syndicat des personnels de direction de l’Education nationale). On ne sait pas vraiment ce qui a été volé. Des adresses ? Les montants des rémunérations ou des pensions ? On nous dit que tant que l’instruction est en cours, on ne peut pas nous répondre.
Dans les deux cas, ces évènements ont considérablement compliqué le quotidien des agents dont l’accès aux applications informatiques a été temporairement bloqué. Du côté des établissements scolaires, on pointe surtout la surcharge de travail. Au point qu’ID-FO demande une prime pour le surcroît de travail occasionné aux personnels. Certains ont dû se déplacer plusieurs fois jusqu’à leur circonscription pour accéder à un ordinateur sécurisé ou récupérer des informations nécessaires à l’organisation de leur travail, à un moment où les tarifs du carburant ne cessent de grimper
, évoque ainsi Alain Mallet.
Un retour en arrière chronophage
Les problèmes seraient en passe d’être réglés, sauf dans les deux académies les plus touchées, Nantes et Toulouse, pour lesquelles de nombreuses difficultés persistent. La semaine dernière nous avons récupéré l’usage de nos boîtes mail, explique ainsi par exemple Sandrine Lopez, membre du bureau d’ID FO et qui exerce à Castres. Mais cela dysfonctionne encore régulièrement.
Idem avec l’application Pronote : il n’a pas été possible de créer les codes d’accès pour les nouveaux élèves. Idem encore avec les applications métiers dont l’accès reste bloqué dans cette académie. Ce qu’on faisait en 2 secondes auparavant en comptabilité nous prend aujourd’hui dix, quinze ou vingt minutes car on doit retravailler à l’ancienne, poursuit Sandrine Lopez. Pour moi qui ai commencé dans le métier en 2008, c’est comme si j’étais revenue en arrière.
Aux finances publiques, Olivier Brunelle, secrétaire général de FO DGFIP, relève également un impact important sur les personnels. Pour ceux qui sont au guichet, c’est évidemment l’embarras de ne pas pouvoir répondre aux questions des contribuables, car les agents n’ont tout simplement pas d’éléments d’information à transmettre. Les relations avec le public peuvent être très tendues.
Un sentiment de remise en cause du professionnalisme des agents se fait également sentir, nourri par une polémique sur la qualité des mots de passe utilisés, comme si les personnels étaient responsables des fuites opérées cet été. Or il faut savoir que notre administration est soumise à plus de 7800 cyberattaques par an et que nous parvenons à les bloquer presque toutes, alors que nous manquons de moyens humains, financiers et matériels. Nous avons des décennies de dette informatique.
On paye ce qu’on a voulu économiser hier
Enfin, le secrétaire général de FO DGFIP souligne combien le renforcement attendu de la sécurité attendu compliquera encore le quotidien au travail. Tout ce qu’on a voulu économiser hier, en supprimant des postes, en ne recrutant pas assez, en investissant pas suffisamment dans la sécurité nous le payons aujourd’hui.
De nouvelles informations (et complications) continuent d’apparaître suite aux trois fuites opérées cet été par des hackers sur différentes bases de données du fisc. La dernière en date concerne les données cadastrales et la gestion des droits de mutation, dont les recettes sont notamment versées aux départements. L’application gérant cette activité étant actuellement bloquée, nous allons devoir fonctionner en manuel, à l’ancienne, et recruter des vacataires pour absorber l’engorgement du système
résume Olivier Brunelle, secrétaire général de FO DGFIP.
