Dans les cortèges du 19 janvier, la présence importante des salariés du privé

InFO militante par Elie Hiesse, L’Info Militante

Article publié dans le cadre de la campagne Réforme des retraites, FO dit stop !
Paris © F. BLANC

L’entrée des salariés du privé dans la contestation du projet de loi de réforme des retraites a été remarquée dans tous les cortèges du territoire.

C’était l’une des grandes inconnues de cette première journée de mobilisation interprofessionnelle contre le projet de réforme des retraites 2023 : les salariés du secteur privé allaient-ils se manifester ? Et si oui, dans quelle proportion ? La veille, le Medef avait tranché, et misé sur la résignation en entreprise. Je pense que la préoccupation des salariés dans le privé aujourd’hui, c’est beaucoup plus la fin de mois (en raison de l’inflation, NDLR) que la fin carrière, a assuré Geoffroy Roux de Bézieux. Grossière erreur d’analyse : le mouvement du 19 janvier a apporté un démenti cinglant ! Partout, à Paris et dans les 220 défilés organisés dans des petites, moyennes et grandes villes, les salariés du privé ont défilé en nombre beaucoup plus important qu’habituellement, aux côtés des agents publics, des retraités, des jeunes, pour exiger le retrait du projet de l’exécutif et s’opposer au « travailler plus longtemps » qui est exigé.

Entrée dans la contestation de primo-manifestants, de salariés de TPE ou isolés

Des ouvriers et cadres métallos, des employés des banques, de l’automobile, de l’agro-alimentaire, des salariés dits de la « deuxième ligne » issu de la grande distribution, des infirmières des établissements de santé, des aides-soignantes pour personnes âgées…. Inédite par son ampleur et sa diversité, cette présence a aussi signé l’entrée dans la contestation de primo-manifestants, de salariés isolés, d’employés de très petites entreprises (TPE) peu connues pour être des bastions syndicaux. Des travailleurs ayant, pour beaucoup, la certitude de faire un travail pénible mais qui n’entre pas dans la liste restreinte depuis 2017 des critères de pénibilité.

A Paris, dans l’impressionnant cortège (400 000 personnes), les troupes de la FGTA-FO mêlant travailleurs de Carrefour, Casino, Compass, Sodexo où FO est majoritaire, ont reçu le renfort de très nombreux salariés d’hôtels, cafés, restaurants. Travail debout, horaires décalés, leurs éprouvantes conditions de travail l’expliquent pour Laurent Rescanières, secrétaire général de la fédération. Lequel soulignait aussi la mobilisation importante en région des travailleurs de l’agro-alimentaire soumis aux horaires décalés en 3X8, au froid, au port de charges lourdes. Ils sont très présents dans les cortèges. A Nantes, Lyon, Toulouse…. Dans la « ville rose », les salariés de l’usine de biscuits Nutrition et Santé ont fait une arrivée en masse, à une centaine. Tellement nombreux qu’ils ont dû affréter deux bus pour s’y rendre.

Arras @ FGTA-FO

La pénibilité en question

A Bayonne (Pyrénées-Atlantiques) où le cortège comptait 15 000 manifestants malgré deux heures de pluie continue, la Métallurgie, notamment l’Aéronautique, était très représentée. Et il y a beaucoup de salariés de TPE sous-traitantes, et sous-traitantes de sous-traitants, qu’on ne voit jamais dans les manifestations, notait Hervé Larrouquère, secrétaire général de l’UD FO 64. Autre nouveauté, la présence des travailleurs des industries chimiques du bassin de Lacq, où les appels à la grève se sont multipliés. Rien d’une surprise en cette journée débutée par le blocage, dès 5 heures du matin en Moselle, de la plate-forme-chimique de Saint-Avold/Carling, suite aux appels à la grève chez TotalEnergies, Altuglas, Arkema, portés par toutes les organisations syndicales. L’usine Trinceo est à l’arrêt complet, indiquait l’UD FO 57.

En Haute-Loire, la mobilisation des métallos, Michelin en tête, des salariés de la plasturgie, du textile, de l’industrie pharmaceutique n’est pas passée inaperçue, non plus, dans le cortège débordant du Puy-en-Velay (10 000 manifestants, presque autant que le nombre d’habitants). Les quinquas étaient en nombre. L’inhabituel de la mobilisation, c’est que beaucoup ont débrayé toute la journée. C’est un coup de semonce. Ils ont fait leurs comptes. Travailler deux ans de plus, quand on a une carrière longue et qu’on en a déjà plein les bottes, ça ne passe pas, commentait Pascal Samouth, secrétaire général de l’UD FO 43. IPS Thermolaquage (groupe SIEL) était fermée, faute de personnel : tous étaient dans la manif’. Un cortège décidément très mélangé, entre la grosse délégation du Centre hospitalier Sainte-Marie (dès ce jeudi en grève illimitée), les employés du Géant-Casino, les nombreuses aides-soignantes de maisons de retraite privée et aides à domicile pour personnes âgées. Ou encore cet atelier entier de jeunes techniciens (25-35 ans en moyenne) du fabricant pharmaceutique Fareva La Vallée et ce carrossier industriel en grève pour la première fois depuis vingt ans.

Comme toujours, il sera difficile d’évaluer l’ampleur totale des cessations de travail dans le secteur privé. Mais le niveau de grévistes dans les secteurs de l’Energie et des Transports privés et publics (transport urbain, SNCF, RATP), suivis comme le lait sur le feu pour leurs capacités de blocage de l’économie, est un autre indicateur de la détermination à ne pas se laisser faire. Ce 19 janvier, ils étaient 70 à 100% de grévistes —selon les sites de raffinage— chez TotalEnergies, 45% à la SNCF et 50% chez EDF sur l’effectif total. Un chiffre dernier en très nette hausse, comparé à celui de la première journée d’action en 2019 contre le précédent projet de réforme des retraites.

Socopa Cherré © FGTA-FO

Elie Hiesse Journaliste à L’inFO militante

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