XIIIe congrès de la FGTA-FO

Défendre les intérêts des salariés, amplifier le développement syndical

, Françoise Lambert

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Plus de deux cent cinquante délégués ont participé au XIIIe congrès de la Fédération générale de l’agriculture, de l’alimentation, des tabacs et des services annexes FO (FGTA-FO), qui s’est tenu du 19 au 22 juin 2018 à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine). Ils ont fait le bilan de cinq années d’activité et décidé des orientations de leur organisation pour les quatre années à venir. Dejan Terglav a été réélu pour un second mandat au poste de secrétaire général de la fédération. Les rapports d’activité et de trésorerie ont été adoptés à l’unanimité moins deux abstentions.

Ils sont salariés dans l’agriculture, l’industrie agro-alimentaire, la grande distribution, le commerce alimentaire, les hôtels-cafés-restaurants ou encore dans les secteurs des services à la personne ou de la coiffure : les quelque 250 délégués syndicaux de la Fédération générale des travailleurs de l’agriculture, de l’alimentation, des tabacs et des activités annexes FO (FGTA-FO), réunis en congrès à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine), sous la présidence de Michel Beaugas, secrétaire confédéral FO, du 19 au 22 juin 2018, ont réaffirmé leur détermination à défendre les intérêts matériels et moraux des salariés de leurs secteurs professionnels et à développer le syndicat. Dejan Terglav a été réélu au poste de secrétaire général de la fédération, pour un second mandat.

L’information, une des priorités

Dans son rapport oral, il a esquissé les perspectives pour l’avenir (lire interview) : nous devons être dans la continuité de nos positionnements, et encore plus revendicatifs. Il a également décrit les services et actions proposés par la fédération à ses adhérents : L’une des priorités doit être l’information. Nous avons développé les aides à la formation et l’aide juridique, qui apportent un plus au syndicats. Nous avons également édité beaucoup de guides et de journaux, et développé l’information sur internet. […] Nous avons organisé des journées thématiques sur la prévention, le handicap, ou encore les nouvelles technologies.

Dans son rapport aux congressistes, Dejan Terglav a également souligné l’enjeu très important de la syndicalisation des cadres, et insisté sur la nécessité de trouver de vrais accords sur l’égalité hommes-femmes : Il est impensable aujourd’hui qu’une femme soit moins payée qu’un homme pour le même travail.

Le secrétaire général de la FGTA-FO a rappelé que sa fédération était opposée au travail du dimanche et en soirée.

Une mobilisation historique réussie chez Carrefour

Il a également salué la forte mobilisation chez Carrefour contre un plan de licenciements sans précédent en mars 2018. Ainsi que les énormes combats menés par les syndicats FO pour l’emploi dans les secteurs de la volaille et de la viande, chez Gad, Doux, et dans la restauration à Buffalo Grill. Dejan Terglav a aussi évoqué les mouvements de grève organisés par FO Chez Picard Surgelés pour la hausse des salaires, où le syndicat a obtenu un effort sur les salaires qui étaient gelés.

Le discours du secrétaire général de la FGTA-FO a recueilli une standing ovation, tout comme celui de Pascal Pavageau un peu plus tôt dans la matinée (lire encadré au bas de la page).

Syndicalisation : aller au devant des jeunes

Parmi les trente-six interventions sur le rapport d’activité, de nombreux délégués ont fait part de leur inquiétude pour l’avenir du syndicalisme, et de la nécessité de développer la présence syndicale dans les entreprises. Sans adhérents, il n’y aura plus de syndicat, a relevé Joseph Camus (Holder, groupe Unilog), il faut aller au devant des jeunes dans les centres d’apprentissages, les écoles et les universités.

Jean-Charles Blanc, du syndicat national FO Coiffure-Esthétique, a présenté le travail syndical mené par son organisation, le seul syndicat de coiffeurs dédiés à la coiffure : Porte à porte, salon mondial de la coiffure, tracts, internet, etc. Nous nous démenons sans relâche pour informer les salariés coiffeurs de leurs droits.. Notre secteur n’attire plus les jeunes, a-t-il par ailleurs constaté, Les employeurs doivent remettre en question leurs pratiques. Nous devons aussi savoir mieux parler aux jeunes, a-t-il estimé.

regrouper tous les salariés quel que soit leur statut

Pierre Bareille, délégué FO au siège social de Carrefour, a insisté sur la nécessité de développer la syndicalisation de l’encadrement, et de regrouper tous les salariés quel que soit leur statut — un enjeu essentiel pour le développement syndical.

Jérome Berson (agro-alimentaire, Sarthe) a quant à lui rappelé la nécessité d’une forte mobilisation en vue des prochaines élections dans les Chambres d’agriculture, en 2019.

Marie-Claire Dufros, du syndicat régional Bretagne des emplois de la famille, a évoqué la perte de représentativité de FO dans le secteur des assistantes maternelles. Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort, a-t-elle lancé, affichant sa détermination à développer la syndicalisation dans la profession.

Bons résultats pour FO chez Danone et dans la filière viande

Laurent Rescanières (groupe Danone France) s’est félicité de la progression de FO, qui est passée dans le groupe de la quatrième position syndicale en 2008 à la deuxième place aujourd’hui. En 2019, notre but est de devenir la première organisation du groupe., a-t-il lancé. Dans les entreprises du groupe, nous avons toujours privilégié le dialogue, avant de faire des mouvements, a-t-il expliqué, faisant allusion aux débrayages et blocages de sites organisés chez Evian et Volvic.

Dominique Douin, délégué de la filière viande (Socopa, Bigard), s’est également félicité de très bons résultats électoraux dans son entreprise, le groupe Bigard, le numéro un du secteur. Dans la filiale Socopa, à Chateauneuf-du-Faou (Finistère), FO a recueilli 66% des voix lors des dernières élections professionnelles, soit 8 sièges sur 12 au CSE (Comité social et économique), la structure qui fusionne et remplace les instances des représentants élus du personnels dans les entreprises. Dans la filière Bigard distribution, FO a obtenu les 6 sièges dans le premier collège et un des trois sièges dans le deuxième collège.

Nathalie Gleyze (FO Agriculture, Vaucluse) a aussi dit sa satisfaction au sujet des bons résultats obtenus par FO dans les caves coopératives Rhonea Beaumes de Venise / Vacqueyras / Gigondas (95%) et Chateauneuf-du-Pape (78%). La déléguée a par ailleurs dénoncé les conséquences des ordonnances Macron, qui se traduisent par la dénonciation d’accords dans les caves viticoles du département.

Les CSE : une castration syndicale

Jacqueline Poitou (Carrefour Hypers) s’est élevée contre la castration syndicale que représente l’arrivée du CSE (Comité social d’entreprise). Nous allons perdre 1200 mandats dans 191 magasins, alors nous avons essayé de négocier quelques avantages, comme conserver un responsable syndical et un CHSCT dans tous les établissements quelle que soit leur taille, a-t-elle indiqué.

Cyril Boulay, délégué syndical central Carrefour proximité, a déploré une politique menée au seul profit de l’actionnariat, qui a laissé des milliers de salariés sur le carreau, ceux des magasins Ed, devenu Dia, puis Carrefour proximité, alors même que plus de 400 millions d’euros de CICE ont été distribués à l’enseigne. Cyril, ainsi que d’autres délégués de Carrefour, comme Dominique Moualek (hypermarchés), ont évoqué la réussite de la grève historique des 1er et 30 mars 2018.

Location-gérance : une machine à broyer les droits

Jean-Marc Robin (Carrefour Market) a lui aussi dénoncé les effets pervers des passages de magasins intégrés à une enseigne, en location-gérance ou en franchise : La location-gérance, c’est une machine à broyer les droits. Les salariés n’y sont plus considérés comme des producteurs de richesses mais comme une variable d’ajustementa-t-il expliqué, c’est le dumping social.

Nous à FO Market, on revendique le jumping social, a-t-il ajouté,c’est la raison pour laquelle nous avons négocié la première clause sociale qui va s’imposer aux franchisés et qui doit permettre aux salariés des magasins indépendants de conserver les droits des intégrés.

Discrimination syndicale à l’ONF

Vincent Naudin, du syndicat FO de l’Office national des forêts (ONF), a remercié la fédération pour son accompagnement dans une affaire de discrimination envers un délégué FO. Il a également rappelé que FO n’avait pas signé la convention collective nationale de l’ONF, car elle ne signe que du recul.

Yann Couroussé (Agroalimentaire Nantes) s’est quant à lui félicité de la signature par FO le 13 février 2017 d’une nouvelle convention collective chez U Log, le secteur logistique de l’enseigne Super U, à l’issue de douze mois de négociations. Tous les salariés sont gagnants en termes de rémunération, a-t-il dit. Les salariés de l’ex-région Sud bénéficient d’une augmentation de 7 à 8,8% de leur rémunération globale, ceux de la région Est de 3%, et ceux de l’ex-région Nord-Ouest de 10 à 15%.

 

Pascal Pavageau : les modernes, c’est nous

Dans son intervention devant le congrès de la FGTA-FO, le 20 juin, le secrétaire général de FO Pascal Pavageau a condamné la logique permanente d’individualisation défendue par le gouvernement, et fustigé la casse intégrale de l’ensemble des cadres collectifs, qu’il s’agisse des cheminots, de la Fonction publique, de la formation professionnelle, des retraites ou des aides sociales. 93% des salariés en France sont couverts par un statut ou une convention collectivea-t-il rappelé, c’est notre héritage, le résultat de notre travail. Un héritage à faire fructifier, en nous développant, en négociant, mais aussi en luttant. Il faut arrêter de nous faire passer pour des ringards, les modernes, c’est nous, a-t-il lancé dans un discours très applaudi par les délégués de la FGTA-FO. Pascal Pavageau a rappelé qu’il s’inscrivait dans le mandat qui lui a été remis par le congrès confédéral de Lille : Face au rouleau compresseur qui s’attaque à nos droits, nous nous inscrivons dans une logique de mobilisation interprofessionnelle.