Démantèlement de La Halle : le virus, un effet d’aubaine, dénoncent FO et l’intersyndicale

Emploi et Salaires par Michel Pourcelot, journaliste L’inFO militante

© Pascal SITTLER/REA

L’enseigne d’habillement a été placée en redressement judiciaire le 2 juin. Depuis des années, elle était menacée de démantèlement par sa maison-mère, le groupe Vivarte, propriété de fonds d’investissements anglo-saxons. Le P-DG de Vivarte avait le 14 avril dernier évoqué le Covid-19, responsable d’une perte de 90 millions d’euros de trésorerie entre mars et mai. L’intersyndicale, dont FO est membre, a dénoncé le prétexte de la pandémie et la casse sociale.

La Halle, filiale du groupe Vivarte, a été placée, à sa demande, en redressement judiciaire, par le tribunal de commerce de Paris, le 2 juin dernier. Elle était en procédure de sauvegarde depuis le 21 avril dernier. Une restructuration à moindres frais, a estimé l’intersyndicale, dont FO est partie prenante. C’est le coup de grâce a déploré Claire Vigouroux, DSC (délégué syndical central) FO de La Halle, où elle est salariée depuis 20 ans et indignée du fait qu’aucune banque n’a accepté d’accorder de PGE (Prêt garanti par l’État) à cette enseigne forte de plus de 800 magasins et quelque 5600 salariés.

25 offres de reprise partielle ont été officiellement déposées auprès du tribunal de commerce avant la date-butoir du 9 juin à minuit. Présentées dans le détail le 11 juin aux salariés du groupe lors d’un comité social et économique (CSE), elles proviennent notamment de distributeurs de chaussures tels que Chaussea et Besson, ainsi que de Gémo, distributeurs alimentaires Aldi, Carrefour et Lidl. La plus conséquente émane de Beaumanoir, géant de la distribution de prêt-à-porter (quelque 2500 magasins dans 40 pays). Ce dernier propose de reprendre 2114 salariés, dont 155 du siège de La Halle situé à Paris (qui en compte 500). Cependant Beaumanoir demande à La Halle d’acheter le stock pour la rentrée, ce qui assècherait la trésorerie et conduirait à un plan de licenciements au minimum légal a tempéré Claire Vigouroux, qui souligne que de plus le financement de cette offre n’est pas encore bouclé.

Des reprises encore incertaines

Si le nombre d’offres de reprise est plus important qu’attendu, certaines sont farfelues ou ne représentent aucune garantie en termes d’emploi, selon un membre de l’intersyndicale. D’ailleurs, les administrateurs judiciaires sont beaucoup plus prudents que Vivarte sur ces offres qui demandent à être précisées, a souligné Claire Vigouroux, qui estime les emplois préservés à 3.000 ou 3.500 au grand maximum sur les quelque 5600. La direction, dans son communiqué du 11 juin, n‘en a pas moins calculé que seulement 1770 salariés seraient concernés par un PSE pouvant être lancé entre le début juillet et la mi-août. Quoiqu’il en soit les salariés ne seront réellement fixés qu’après le 29 juin, date à laquelle le tribunal de commerce examinera ces offres, sous quatorze jours, et rendra un jugement attendu entre le 6 et le 15 juillet.

Des femmes (à environ 85%), en temps partiel, et dans des zones rurales…

La procédure va aller très vite, souligne la déléguée FO au sujet des négociations de reclassement qui s’annoncent ardues, la grande majorité des emplois menacés concernant des femmes (à environ 85%), en temps partiel, et dans des zones rurales. M. Macron a dit « on ne laissera personne sur le bord de la route ». Nous, on est au bord de la route et on va se faire laminer, écraser, a constaté amèrement de son côté un membre de l’intersyndicale, salarié d’une ses deux plateformes logistiques de La Halle situées dans l’Indre et qui ne semblent pas intéresser outre-mesure les éventuels repreneurs. Seules deux propositions les concernant ont été dévoilées le 11 juin. Elles comprendraient la reprise d’une cinquantaine de collaborateurs, selon Vivarte. Ces deux entrepôts représentent quelque 487 emplois et sont situées dans l’Indre, à Montierchaume et Issoudun, où dans cette localité déjà confrontée aux problèmes de Safran Seats, l’intersyndicale de La Halle a organisé une « marche citoyenne » le 12 juin.

La main à la poche

Claire Vigouroux a exigé que les actionnaires actuels, qui se sont gavés quand il y avait de la trésorerie, mettent la main à la poche pour accompagner les milliers de salariés et leurs familles qui seront sur le carreau. De même, l’intersyndicale en avait appelé au ministre de l’Economie, le 4 mai, et à la ministre du Travail, le 2 juin, demandant à Vivarte et surtout aux fonds d’investissement propriétaires de ce groupe, de participer au financement d’un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) qui donne des moyens pour le retour à l’emploi des salariés licenciés.

Dettes, bonus et CICE

Il faut dire que le groupe ne s’était pas montré spécialement généreux lors des précédents PSE (plan de sauvegarde de l’emploi), en 2015 et 2017. Il l’avait été plus quand, pourtant très endetté, il a distribué près d’un million de bonus à des hauts cadres du groupe en 2017 et 2018. L’année précédente, il avait encaissé quelque 14 millions au titre du CICE (crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi) et a continué d’en bénéficier les années suivantes. Ce qui avait alors déclenché la colère de Gérald Gauthier, délégué syndical FO à La Halle : On a demandé à Bercy s’ils contrôlaient l’utilisation de ces fonds. On nous a gentiment répondu que non, que c’était pareil pour tout le monde et qu’ils ne contrôleraient pas ces fonds.

Profits à court terme et peu d’investissements

Avec Caroll et Minelli, La Halle était l’une des ultimes enseignes de Vivarte (ex-groupe André, fondé en 1896 et ainsi renommé en 2001), qui en avait compté jusqu’à une vingtaine. Ces dernières années, celui-ci s’était déjà séparé de nombreux fleurons tels que Kookaï, André, Naf-Naf et Chevignon. La Halle faisait figure, du moins en termes de chiffre d’affaires, d’enseigne phare du groupe mais n’avait cependant pas bénéficié d’investissement conséquents. La direction de Vivarte s’était en effet plus préoccupée de donner une meilleure façade au groupe en vendant des actifs à la découpe et en financiarisant à plusieurs reprises sa dette (conversions en actions).

Ce fort endettement du groupe avait été généré quand il avait été vendu en 2007 à des fonds anglo-saxons qui pour l’acquérir avait utilisé la très en vogue technique du LBO (Level Buy Out, rachat avec effet de levier), revenant à faire payer l’entreprise elle-même, alors même que se déclenchait la crise financière. L’intersyndicale a par ailleurs reproché au groupe d’avoir piloté l’entreprise avec la volonté constante de tirer un profit à court terme de leur investissement et sans jamais poser les bases d’un projet industriel global et de long terme.

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