DGFIP : les agents en grève disent stop à la logique de destruction

InFO militante par L’Info Militante

Rassemblement devant l’ancienne Trésorerie de Saint Aubin
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A l’appel de cinq organisations, dont FO DGFIP, les agents des finances publics organisaient une grève nationale le 10 mai, assorties de nombreuses actions sur le terrain, dont des rassemblements, à Paris comme en province. On comptait par exemple 30% de grévistes dans le Cher, 25% en Haute-Marne, autour de 40% dans les centres de contact… Malgré les difficultés d’organisation due à la crise sanitaire, les agents de la DGFIP ont dit stop à la détérioration d’une administration essentielle à la collectivité. Alors que le gouvernement prévoit à nouveau la disparition de près de 5 000 postes dans le secteur de la DGFIP d’ici 2022 qui se rajoutent aux 40 000 postes supprimés en vingt ans. Les réformes pleuvent en effet depuis des années sur le secteur des finances publiques. Le bilan ainsi affiché est la suppression massive de services ou leur restructuration et la mise à mal du maillage territorial, que vient poursuivre encore plus fortement la dernière réforme du réseau de proximité. Or, tout cela rend de plus en plus difficile la réalisation des missions publiques, le service à l’usager. Et pour les agents, le bilan se confond avec une forte dégradation des conditions de travail. Exemple avec la situation dans l’Aveyron, département rural où les agents ont tenu à rouvrir symboliquement une trésorerie le jour de la grève…

Les agents de Bercy de la Direction Générale des Finances Publiques étaient appelés par une intersyndicale nationale dont FO à une journée de grève le 10 mai 202. De nombreux sujets de revendications étaient sur la table et notamment l’arrêt du NRP (Nouveau Réseau de Proximité), et les restructurations massives qui en découlent.

Cette réforme du réseau a été initiée en 2018 par Gérald Damanin, alors ministre des Comptes publics. Il arguait à l’époque d’une volonté d’augmenter de 30% le nombre de « points de contact » sur le territoire. Ce qui ne signifie pas du tout le maintien, voire l’augmentation du nombre des implantations des finances publiques de pleine compétence… La réforme s’est traduite au contraire par une nouvelle vague (entre 2000 et 2019, 1200 trésoreries ont déjà été supprimées) de suppressions de trésoreries prétendument remplacés par ces points de contacts, ponctuels voire itinérants, et n’exerçant pas toutes les missions propres aux anciennes structures.

Dans le cadre de cette grève, la revendication porte aussi sur l’arrêt des suppressions d’emplois, le ministère vivant une véritable saignée : 30 000 suppressions d’emplois en 10 ans, 40 000 en 20 ans.

Et ces suppressions sont en lien bien sûr avec les réformes qui depuis ce temps ont malmené la DGFIP, soumise sans cesse à des fusions/restructurations de services. « A cette réalité, s’ajoutent les changements incessants, de process et de chaînes de travail, liés aux réformes et au rôle de la DGFIP au sein du fonctionnement de l’État (fermetures de services, transferts ou missions nouvelles, etc.) » soulignaient les syndicats, dont FO-DGFIP, appelant à la journée du 10 mai. Et de rappeler que ces réformes ne « visent pas à rendre un meilleur service public aux citoyens, usagers et élus, mais bien à pallier les suppressions d’emplois massives subies depuis des années », cela au nom de la baisse des dépenses publiques.

Pour les syndicats, il est donc urgent de recruter des agents sous statut de fonctionnaires à hauteur de toutes les missions.

En Aveyron, pour marquer cette journée d’action du 10 mai, les syndicats dont FO-DGFIP ont procédé à la réouverture symbolique d’une Trésorerie, celle d’Aubin, fermée depuis le 1er janvier 2017. Cette mobilisation n’est pas la première soulignent les organisations. Déjà, le 17 octobre 2016 lors d’une journée d’action un rassemblement avait eu lieu à St-Aubin. Les syndicats avaient alors alerté les élus et la population sur les suppressions des services publics. Cinq ans après, ces militants sont toujours là et tiennent à rappeler par cette ouverture symbolique d’autres politiques et choix sont possibles.

Illustration de ce que signifie la Réforme du réseau de proximité dans le département ? En 2021, c’est une dizaine de services qui ont baissé le rideau, tels le service des Impôts des Entreprises de Villefranche de Rouergue, le service des Impôts des Particuliers de Decazeville, les trésoreries de Rieupeyroux, Baraqueville, mais aussi les services Hôpital de Villefranche et Decazeville. La liste n’est pas exhaustive, ni définitive puisqu’en 2022 le réseau des Finances Publiques du département ne sera plus que concentré que sur six pôles : Rodez, Millau, Villefranche, Decazeville, Espalion et Saint-Affrique.

La désertification des services publics sur le territoire

Cette destruction des implantations amène les agents à un constat amer : les services publics s’éloignent de plus en plus des populations et ne peuvent plus répondre à tous les besoins et à toutes leurs missions. Ainsi, depuis la fermeture des services des Impôts des Particuliers et de celui des entreprises il y a plusieurs années, il ne reste plus, en 2021, que la Trésorerie à Decazeville sur le bassin. Une trésorerie qui n’encaisse plus les paiements en numéraire et renvoie les citoyens vers les buralistes partenaires.

Plus largement, en Aveyron, comme ailleurs, les agents contestent aussi la politique de dématérialisation et du tout numérique prônée par le ministère. Pour des usagers de ce service public, dans un département fortement rural et où la précarité est forte, la réponse du tout Internet ne peut être une solution, au risque de laisser de nombreux citoyens sur le bord de la route. C’est la nature des services publics que d’être un ciment essentiel de la République. Cette journée a été encore une fois l’occasion de réaffirmer pour FO-DGFIP son attachement à l’égalité du droit d’accès aux Services Publics.

Un attachement à leurs missions et à la qualité du service qui doit être rendu à l’usager qui conduit les agents des Finances Publiques à refuser la dégradation de leurs missions et de leurs conditions de travail. Une situation qui fragilise leur investissement et multiple les risques psycho-sociaux. Sans parler de la préoccupation salariale, inhérente au gel de la valeur du point d’indice (base de calcul des salaires dans la Fonction publique) depuis une dizaine d’années.

Les agents contestent aussi la politique de dématérialisation et du tout numérique pronée par le ministère. Pour des usagers de ce service public, dans un département fortement rural et où la précarité est forte, la réponse du tout Internet ne peut être une solution, au risque de laisser de nombreux citoyens sur le bord de la route. C’est la nature des services publics que d’être un ciment essentiel de la République. Cette journée a été encore une fois l’occasion de réaffirmer pour FO-DGFIP son attachement à l’égalité du droit d’accès aux Services Publics.

Le service public, un lien essentiel pour la cohésion sociale

Si les conséquences humaines, sociales et économiques de la crise sanitaire ont démontré l’importance du rôle et de la place des services publics pour l’ensemble de la collectivité, ce qui plaide pour leur renforcement, c’est pourtant tout le contraire que le ministère met en application depuis plusieurs années. Ce sont ainsi des services entiers qui sont dépecés, au péril de l’action publique, du lien et de la cohésion sociale.

Malgré les suppressions massives d’emplois et de postes, les agents, aux prix de leurs difficultés propres pour ne pas dire de souffrance au travail, continuent cependant de remplir leurs missions. Et, en plus de celles-ci, ils ont eu un rôle particulièrement important depuis la crise, malgré les suppressions massives d’emplois et de postes, les agents pourtant déjà en souffrance ont répondu présents pour gérant notamment la mise en place du Fonds de Solidarité (mesure d’aide financière mise en place pour les sociétés fermées administrativement ou subissant une baisse de chiffre d’affaires durant la crise sanitaire).

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