Discrimination dans l’emploi : la lutte pourrait être plus féroce

Expertise par  Valérie Forgeront

Face aux discriminations, les salariés ont maintenant la possibilité – introduite par la loi Justice du XXIe siècle – de mener une action de groupe. © Marta NASCIMENTO/REA

Trois récents rapports dont l’un émane du Groupe de dialogue sur la lutte contre les discriminations dans l’emploi, auquel participe FO, pointent la persistance des comportements discriminant dans l’entreprise. Prétendant les combattre, les mesures ministérielles apparaissent toutefois peu contraignantes. Ce qui ne peut que ravir le patronat.

Où l’on reparle de la discrimination dans l’emploi. Un rapport publié en septembre par France Stratégie évalue à 150 milliards le coût économique des inégalités d’accès à l’emploi et aux postes qualifiés. En terme de croissance, le manque à gagner dû aux discriminations dans l’emploi, notamment envers les femmes, se situerait aux alentours de 3 % à 14 % du PIB. Autre rapport, publié en décembre par la Dares (ministère du Travail), celui consacré aux risques de discrimination à l’embauche. À travers l’envoi de 3 000 CV fictifs à une quarantaine de grandes entreprises, il s’agissait de tester le traitement réservé aux candidats affichant des origines différentes. Résultat : 47 % des CV envoyés par des candidats d’origine hexagonale reçoivent des réponses positives. Seulement 36 % pour les CV révélant une origine maghrébine. Une entreprise sur trois a montré des comportements discriminatoires… Non sanctionnées, elles sont invitées par le ministère du Travail à changer de pratique. À l’origine de ces deux rapports, le Groupe de dialogue sur la lutte contre les discriminations. La structure, créée en 2014, est placée sous la tutelle des ministères du Travail et de la Ville. Elle rassemble notamment des représentants de l’État, de Pôle emploi, l’institution indépendante du Défenseur des droits, mais aussi des associations et des syndicats, tel FO.

Un engagement gouvernemental trop timide

En septembre, le patronat a quitté le Groupe, contestant les « mesures coercitives » contre les entreprises, celle notamment – introduite par la loi Justice du XXIe siècle – donnant la possibilité aux salariés, représentés par des syndicats, de mener une action de groupe en matière de discrimination. À l’origine de propositions, dont dix-huit ont déjà fait l’objet d’actions concrètes, le Groupe suggère treize autres mesures dans son dernier rapport publié le 16 novembre. Certaines sont déjà prises en compte dans le projet de loi Égalité et citoyenneté (en débat en décembre au Parlement), telle la reconnaissance du testing comme mode de preuve dans les procédures judiciaires, ou encore la formation obligatoire des recruteurs à la lutte contre la discrimination dans les entreprises de plus de 300 salariés. Le 12 décembre, le ministère du Travail et le Défenseur des droits ont signé une convention pour la poursuite de la lutte contre la discrimination dans l’emploi. Pour FO, l’engagement ministériel reste toutefois « timide », les réponses « décevantes », et cette situation n’est pas sans lien avec l’attitude du patronat qui, en sortant du Groupe, a cherché à faire pression sur le gouvernement… 

Repères : La discrimination des femmes coûte cher aux finances publiques
Le rapport de France Stratégie révèle qu’une hausse du taux d’emploi et de l’accès aux postes qualifiés des personnes discriminées permettrait une progression de 6,9 % du PIB (production de richesse nationale), ce qui conduirait à accroître les recettes publiques de 2 % et à réduire les dépenses publiques de 0,5 %. Dans ce scénario, les femmes contribuent pour 97 % à ces gains économiques. Pour l’instant toutefois, être une femme reste le premier facteur d’inégalité, rappelle le rapport. 

 Valérie Forgeront Journaliste à L’inFO militante

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