[Documentaire] Arte : « Travail, salaire, profit »

Culture par Christophe Chiclet

La chaîne de télévision franco-allemande présente une série d’émissions décryptant les lois du capital en six épisodes : décapant et salutaire.

Ce gros travail de documentation est l’œuvre de Gérard Mordillat et Bertrand Rothé. Le premier est cinéaste mais aussi un romancier prolixe. Il s’est fait connaître dès 1981 avec son premier roman Vive la sociale qui à l’époque a fait du bruit en devenant un film à succès en 1983. Le second, économiste, est professeur à l’IUT de Cergy-Pontoise.

Il s’agit de six épisodes thématiques : travail, salaire, emploi, marché, capital, profit, posant des questions de fond comme la différence entre le travail et la force de travail, le salariat peut-il disparaître, le capitalisme peut-il un jour disparaître lui aussi.

21 spécialistes font œuvre de pédagogie, face caméra, plan fixe. Parmi eux le grand économiste américain James Galbraith, Alain Supiot de l’OIT, la sociologue du travail Danièle Linhart qui fut une des premières à dénoncer le harcèlement au travail.

Sachant que cette série s’inspire de l’essai de Marx, Salaires, prix et profits, chaque épisode commence par une citation de Karl Marx : Le salaire est la somme d’argent que le capitaliste paye pour un temps de travail déterminé ou pour la fourniture d’un travail déterminé.

LE NÉOLIBÉRALISME N’EST PAS UNE FATALITÉ

La série documentaire nous entraîne dans les arcanes de l’économie mondiale, jugée bien souvent trop opaque pour en saisir tous les tenants et aboutissants. L’étude de cas, didactique, est absolument salutaire, à l’heure d’une crise massive du capitalisme à travers sa nouvelle version, le néolibéralisme, rejeté en bloc par la plus grande partie de la société. Cette série est une petite pierre contre le discours fataliste nous annonçant qu’il n’existe aucune alternative au néolibéralisme. Ce fameux néolibéralisme vient des « Chicago boys » ou « École de Chicago » qui a fait la pluie et le beau temps au Fonds monétaire international (FMI). Leurs champs d’expérimentation furent, à la fin des années 70, le Chili et l’Argentine sous la botte des dictateurs, plongeant des millions de travailleurs dans la misère. Politique reprise actuellement par la Troïka (FMI, Banque centrale européenne et Commission de Bruxelles) qui impose depuis 2012 une politique d’austérité dans le sud de l’Europe (Chypre, Grèce, Espagne, Portugal). Un néolibéralisme qui se traduit, dans le silence des média, par des centaines de milliers de morts prématurés faute d’accès aux médicaments, aux soins, aux hôpitaux publics d’Athènes, de Madrid, de Lisbonne, exsangues. Le révolutionnaire grec, devenu entre autre économiste, Cornélius Castoriadis (1922-1997), avait fondé une revue au titre prémonitoire : Socialisme ou barbarie.

Diffusion sur Arte à partir du 15 octobre, jusqu’au 13 décembre. Les quatre premiers épisodes sur Arte et le site Arte.tv, les deux derniers uniquement sur Arte.tv, 52 minutes.

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