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Douaniers : plus d’un mois de grève et sans réponse du gouvernement

, Valérie Forgeront

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© Gilles ROLLE/REA

Depuis plus d’un mois et avec en toile de fond l’arrivée du Brexit, les agents des douanes multiplient les actions dans le cadre d’une grève du zèle lancée à l’appel de six syndicats dont l’USD-FO. Ces fonctionnaires revendiquent la hausse des primes, l’amélioration de leurs conditions de travail et des effectifs supplémentaires. Ils demandent au gouvernement de reconnaitre que la charge de travail qu’ils assument augmente sans cesse.

Ils revendiquent de meilleures conditions de travail et une amélioration de leurs rémunérations à travers la hausse des primes et plus globalement, des moyens supplémentaires pour exercer leurs missions, de contrôle et de surveillance sur le terrain.

Depuis le 4 mars dernier, à l’appel de six organisations dont l’Union des syndicats des douanes FO (USD-FO regroupant le syndicat national FO des douanes et droits indirects /SND-FO et le syndicat FO des cadres des douanes/SNCD-FO), les personnels des douanes (17 000 environ dont près de 47% sont affectés à des services de surveillance et 53% aux opérations commerciales) ont lancé un mouvement de grève dite « du zèle » qui se traduit entre autres par des contrôles renforcés et plus longs aux frontières. En amont du tunnel sous la Manche notamment ou encore à la gare du Nord à Paris pour l’embarquement dans les trains Eurostar.

Les fonctionnaires ont effectué aussi récemment d’autres actions telle une opération escargot sur une autoroute du Nord ou encore une mobilisation dans les locaux de la direction régionale des douanes à Dunkerque, un rassemblement à l’aéroport de Nice, à Bordeaux-Mérignac... Face à ces mobilisations, la direction des douanes a tenté la répression (menaces de sanctions, intimidations, pressions sur les agents…) et a même appelé les forces de l’ordre sur certains sites d’actions s’insurgent les syndicats soulignant qu’il est absolument inconcevable qu’une administration qui exerce des missions régaliennes soit traitée de la sorte.

6 000 postes supprimés en vingt ans

Alors que le Brexit (sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne) va induire à l’évidence une montée en charge de leur travail, les agents demandent une revalorisation des indemnités spécifiques notamment celles pour les heures travaillées de nuit et les jours fériés ou encore la prime de risque. Ils revendiquent aussi des effectifs supplémentaires…

L’augmentation des flux de commerce international et des trafics qui y sont liés, la menace terroriste, la complexification des réglementations douanières et fiscales, et, in fine, le Brexit, légitiment la reconnaissance que réclament les douaniers indique ainsi l’intersyndicale.

Rien d’étonnant à cela. Plus de 6 000 postes ont été supprimés en vingt ans dans cette administration qui à travers diverses réformes de restructuration et un « plan stratégique » a subi des fusions de services et de brigades dans le cadre d’une nouvelle structuration des implantations privilégiant l’échelon régional, quand ce n’est pas interrégional.

Des propositions insuffisantes

L’été dernier, réagissant aux mesures budgétaires concernant les douanes dans le cadre de la loi de finances pour 2019, la fédération FO des finances qui soutient le mouvement actuel des douaniers indiquait avec crainte que même la création d’emplois liée au Brexit [la création de 700 postes, dont des contractuels, entre 2018 et 2020 a été annoncée par le gouvernement en octobre dernier, NDLR] ne devrait pas empêcher des suppressions sur d’autres missions.

Depuis des années, les agents des douanes pointent en effet les étranges calculs du gouvernement en matière de créations d’emplois. Ainsi, fin 2015, dans le contexte des attentats en France, le gouvernement d’alors annonçait la création de 1 000 emplois d’ici 2017 aux douanes. Il s’agissait en fait de 500 emplois seulement rectifiaient les syndicats dont FO, sachant que la suppression de 250 postes sur 2016 et 2017, donc 500 au total, restait programmée.

Les créations d’emplois enregistrées depuis 2015 sont loin de combler les 6 000 suppressions de postes rappellent les syndicats dont l’USD-FO qui depuis des semaines ne cessent de demander au gouvernement la reprise de négociations.

Le 12 mars dernier, celui-ci via le ministère de l’Action et des comptes publics avait annoncé une enveloppe de 14 millions d’euros, censée répondre aux revendications des agents concernant les rémunérations. Cette enveloppe a été jugée largement insuffisante et les syndicats ont décidé à la mi-mars de ne plus participer aux réunions des instances paritaires.

Depuis la proposition ministérielle reste figée déplore l’intersyndicale souhaitant une reprise des négociations dans les prochains jours et rappelant que les douaniers demandent simplement une juste reconnaissance de leur travail.