Drames de la migration en Méditerranée : la nécessité d’une solidarité et d’une responsabilité européenne

La lettre électronique @ ctualités Europe – International n°27 par Secteur Europe - International

Selon un rapport de l’OIM (Organisation Internationale pour les Migrations), depuis 2000, près de 22 000 migrants auraient trouvé la mort en Méditerranée en tentant de gagner l’Europe, soit une moyenne de 1 500 morts par an. Le 21 avril 2015, le naufrage d’un bateau au large des côtes lybiennes a fait près de 800 victimes, c’est selon le HCR (Haut Commissariat aux Réfugiés) et l’OIM une des plus grandes hécatombes en Méditerranée de ces dernières années.

Largement devant le Golfe du Bengale ou la frontière Mexique-États Unis, la Méditerranée est le passage le plus meurtrier du monde pour les migrants, faisant de la mer un vaste cimetière. Fuyant la misère et la guerre, les chaos politiques, religieux, les migrants principalement venus de Lybie, d’Erythrée, de Somalie ou d’Afghanistan sont de plus en plus nombreux à tenter cette traversée au péril de leur vie.

Face à ces drames, il n’existe pas de responsabilité collective européenne. L’Italie, la Grèce ou encore Malte, directement confrontés à l’afflux de migrants et aux drames des naufrages, font face seuls. Après les drames de Lampedusa, en octobre 2013, l’Italie a, de sa propre initiative et sur ses fonds propres, mis en place en urgence une opération visant à organiser le sauvetage en mer des migrants. Cette opération, Mare Nostrum, a pris fin en octobre 2014 et a permis de secourir au moins 150 000 personnes et d’arrêter 351 passeurs.

Lorsque l’Italie a indiqué ne plus pouvoir supporter seule la charge financière de cette opération, l’opération Triton pilotée par L’Union Européenne et dotée d’un budget de 3 millions d’euros mensuels a pris le relais le 1er novembre 2014 mais cette fois avec un objectif plus sécuritaire qu’humanitaire. La durée de l’opération, non définie, dépend essentiellement du budget alloué à l’Agence de contrôle des frontières extérieures de l’Europe (Frontex).

Les drames d’avril et l’importante mobilisation médiatique et politique ont conduit les chefs d’État et de gouvernement à organiser le 23 avril 2015, un sommet européen extraordinaire consacré aux migrants et décidé de tripler le budget de l’opération Triton. Ces mesures de court terme qui devraient donner des moyens supplémentaires, certes, nécessaires, ne sont toujours pas suffisantes, ni adaptées. L’opération Triton est avant tout une opération de surveillance, son renforcement est donc une réponse sécuritaire mais non humanitaire ! ET surtout n’apporte aucune solution pérenne à la question migratoire en Europe.

Au-delà de l’urgence à laquelle il faut répondre humainement, il est nécessaire d’engager des politiques et des stratégies en matière d’immigration au niveau de l’UE, des États membres mais aussi des pays de départ. C’est la question centrale afin d’éviter ces catastrophes humaines. Cette question est récurrente dans les débats européens mais si délicate dans ses implications nationales que personne n’a le courage de l’affronter. Or ces milliers de migrants, ces milliers de morts en Méditerranée exigent une prise de responsabilité et de solidarité.

La pression migratoire aux portes de l’Europe ne faiblira pas. L’instabilité politique, les crises économiques et les changements climatiques ne cesseront pas. Les migrants continueront de fuir, prendront encore plus de risques, paieront plus cher les passeurs, mais tenteront toujours la traversée. A cet égard, l’urgence est aussi de lutter avec force contre les réseaux de passeurs, ces trafiquants d’êtres humains qui amènent à une mort probable des migrants contraints de fuir.

Ces drames en méditerranée posent également la question de l’asile et des conditions dans lesquelles ces migrants sont accueillis, les conditions de traitement de leur dossier, les délais, les conditions de vie pendant cette période et également la question de leur retour.

Il faut, de toute urgence, une solidarité et une coopération européenne en matière d’accueil, et déterminer les actions à mettre en place pour éviter sur le long terme ces drames humains qui font de la Méditerranée un vaste cimetière.

En France, un projet de loi sur le droit d’asile présenté par le Gouvernement en juillet 2014 (en même temps que le projet de loi sur la réforme du droit des étrangers) est actuellement examiné par le Sénat. L’objectif principal est la réduction des délais d’examen, mais compte tenu des évènements en Méditerranée, des amendements durcissant le texte viennent d’être déposés visant à expulser plus vite les déboutés du droit d’asile. Une telle démarche ne nous semble pas aller dans le sens d’une solidarité.

La Confédération Européenne des syndicats (CES) exige des opérations permanentes de recherche et de sauvetage, le partage de la charge financière entre l’UE et les États membres avec les pays du pourtour méditerranéen, ainsi qu’un programme d’action international impliquant tous les États membres et des mesures d’urgence en matière d’asile.

Pour FO il est aussi impératif, urgent, d’engager au sein de toutes les institutions nationales et européennes la question des politiques migratoires en Europe pour trouver des solutions humaines, économiques et sociales, respectueuses des droits de l’homme, de la dignité des êtres humains et supportables pour les pays européens.

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