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Droit des femmes : l’égalité professionnelle profite à tous les salariés

, Nadia Djabali

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Au travail, les écarts de rémunération entre les femmes et les hommes persistent malgré les textes de loi. © Benoit DECOUT / REA

Parmi les inégalités qui touchent les salariés, les différences de traitement entre les hommes et les femmes restent préoccupantes. Malgré les textes de loi, les écarts de rémunération persistent et les freins à l’égalité réelle sont nombreux.

Mi-septembre 2016, les eurodéputés ont adopté une résolution anti-dumping social. Parmi les mesures préconisées : Combler les lacunes réglementaires pour faire respecter le droit du travail et le droit social, tant au niveau national qu’européen, et aborder le principe d’égalité de traitement et de non-discrimination. En ligne de mire : les travailleurs détachés.

Mais si on étendait cette préconisation aux femmes, qui elles aussi font les frais du dumping social ? D’autant plus que peu de progrès ont été constatés dans l’UE en matière d’égalité salariale homme-femme. En 2006, une directive avait lancé une stratégie sur cinq ans entre 2010 et 2015. Au bout de dix ans, l’écart salarial moyen dans l’UE reste de 16 %, soit 1,6 % de moins qu’en 2007.

Côté français, il existe bien un arsenal législatif pour l’égalité professionnelle. Mais sur le terrain, ce dernier peine à se transformer en réalité. Ainsi, les femmes réussissent mieux leurs études mais progressent pourtant moins que les hommes dans leurs parcours professionnels et accèdent moins à des postes à responsabilité. Un élément qui, au-delà de la dimension discriminatoire, interroge sur les réelles motivations des politiques d’individualisation des rémunérations, qui mettent en avant l’excellence et la compétence.

Plus on progresse dans l’échelle des salaires, plus l’écart entre les hommes et les femmes se creuse. Il croît également avec la taille de l’entreprise : dans les TPE, les différentiels de salaire sont moindres car les rémunérations sont moins élevées pour tout le monde. Logiquement, à la retraite, la pension des femmes est inférieure à celle des hommes.

Les femmes en première ligne

Les femmes sont entrées massivement dans le salariat durant les Trente Glorieuses, qui ont vu l’augmentation des besoins de main-d’œuvre. Cette période de croissance économique correspond également au développement du secteur des services, créateur d’emplois dits féminins. Depuis un quart de siècle, les femmes sont en première ligne face aux stratégies d’entreprise et aux politiques publiques qui ont encouragé le temps partiel, les contrats courts, l’adaptation du temps de travail au carnet de commandes ou à l’ouverture des magasins en soirée et le week-end. Et les abattements des cotisations sociales sur les bas salaires ont eu pour conséquence la mise en place d’un « plafond de verre » pour les postes les moins rémunérés, où les femmes sont surreprésentées. Très présentes dans le service public et dans les carrières sociales, elles sont également particulièrement exposées aux politiques d’austérité et à leurs répercussions sur l’emploi.

Manque de moyens de contrôle et de sanctions

Reste à comprendre à qui profite cette mise en concurrence des hommes avec les femmes, et plus largement des salariés ayant des enfants avec ceux qui n’en n’ont pas. Une chose est sûre, le maintien de ces inégalités ne se traduit pas par des hausses de salaire. Et les freins à l’égalité professionnelle sont nombreux. Le manque de moyens de contrôle et la faiblesse des sanctions, qui s’élèvent à 1 % maximum de la masse salariale, traduisent une vraie carence de l’État , regrette Anne Baltazar, secrétaire confédérale à l’Égalité professionnelle. La loi Rebsamen a noyé l’égalité professionnelle parmi six autres thèmes de négociation. La loi Travail en a ajouté un septième et permet d’en joindre d’autres tant qu’ils ne concernent pas les salaires. Or, rappelle la secrétaire confédérale, l’égalité professionnelle doit faire l’objet d’une négociation spécifique car si on laisse ce sujet de côté, on est sûr qu’on sera confrontés à une régression.

Initiative : Les femmes à l’honneur à Marseille Journée de réflexion sur les droits des femmes le 8 mars à Marseille. Organisée par l’UD des Bouches-du-Rhône, deux thèmes sont au menu : la femme dans le milieu du travail et la femme dans le milieu syndical. En présence de Françoise Milewski, économiste à l’OFCE et membre du Conseil supérieur de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes ; d’Anne Baltazar, secrétaire confédérale chargée de l’Égalité professionnelle, ainsi que de plusieurs intervenants (avocat, médecin, entrepreneur et syndicalistes). Une intervention filmée de Jean-Claude Mailly rappellera que les textes existants sont insuffisamment mis en œuvre et que l’égalité professionnelle est une revendication prioritaire de FO.

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Éphéméride

13 décembre 1980

État de guerre en Pologne
Parties des chantiers navals de la Baltique en août 1980, les revendications ouvrières vont déferler sur la Pologne, finissant, après moult rebondissements, par affaiblir le régime communiste. Les ouvriers polonais ont une longue tradition de luttes. Ils se sont déjà révoltés en 1956, 1968 et en (...)

Parties des chantiers navals de la Baltique en août 1980, les revendications ouvrières vont déferler sur la Pologne, finissant, après moult rebondissements, par affaiblir le régime communiste.

Les ouvriers polonais ont une longue tradition de luttes. Ils se sont déjà révoltés en 1956, 1968 et en 1970, lorsque, à Szczecin la grève paralyse les chantiers navals et qu’un comité de grève est élu démocratiquement avec à sa tête Edmund Baluka.

En juillet 1980, des grèves éclatent dans tout le pays suite à l’augmentation de 100% du prix de la viande. Mais l’étincelle vient d’un fait beaucoup plus mineur. Le 13 août, Anna Walentynowicz, une syndicaliste est licenciée des chantiers navals Lénine de Gdansk. Le lendemain, les 16.000 ouvriers débrayent, demandant la réintégration de l’ouvrière et une augmentation de 130 francs par mois.

Le 16 août, tous les ports de la Baltique sont touchés et un comité de grève interentreprises (MKS) est fondé. Les transports en commun entrent à leur tour dans la danse. Le patron du parti communiste polonais, Edward Gierek, annonce le 20 août quelques « réformettes » économiques et en même temps fait arrêter une vingtaine de dissidents. La grève générale touche alors tout le pays. Affolé, le pouvoir négocie avec le leader du MKS, un électromécanicien de 37 ans ayant déjà fait ses classes dans les grèves de 1970 : Lech Walesa, renvoyé en janvier 1980 pour fait de grève.

Débordé, le gouvernement cède. Les fameux accords de Gdansk sont signés le 31 août. Pour la première fois dans le bloc communiste, des syndicats indépendants sont reconnus. Solidarnosc, Solidarité rurale et l’Association indépendante des étudiants compteront dix millions d’adhérents à la fin de l’année.Face à ce raz-de-marée, Edward Gierek passe à la trappe en septembre et le général Jaruzelski devient Premier ministre en février 1981. Moscou, à l’époque d’un brejnévisme vieillissant, mise sur ce général aux lunettes noires et fait parvenir le 4 mars à Varsovie le message suivant :« Il faut renverser le cours des événements ».

Le premier congrès de Solidarnosc, réuni à Gdansk, du 5 au 10 septembre et du 26 septembre au 7 octobre, exige des élections libres. L’agence soviétique Tass parle alors« d’orgie anti-soviétique ». Jaruzelski confirme sa position en prenant la tête du parti le 2 octobre. Contrairement à ce qu’il racontera ensuite pour se dédouaner, Jaruzelski déclare l’état de guerre, sur ordre de Moscou, le 13 décembre 1981. Solidarnosc est décapité ; Walesa est en résidence surveillée puis en prison. Les communistes pensent avoir remporté la partie. Erreur, une direction clandestine, la TKK, est mise sur pied et organise efficacement une société parallèle bénéficiant de l’aide des syndicats libres de l’occident dont FO, qui d’ailleurs portera plainte auprès du Bureau international du travail contre l’interdiction officielle de Solidarnosc en octobre 1982.

L’avènement du gorbatchévisme, la pression américaine et l’exceptionnelle résistancede la population obligent legénéral Jaruzelski à composer. Entre février et avril 1989, une table ronde réunit pouvoir et opposition. Aux élections semi-libres de juin, Solidarnosc obtient 161 sièges à la Diète. Peu après, le symbole de Gdansk, Lech Walesa, est élu président de la République. Mais alors commence une autre histoire...

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