Education nationale : après la grève, construire un véritable rapport de force

InFO militante par Chloé Bouvier, L’Info Militante

© F. BLANC

Signataires, avec d’autres organisations syndicales, de l’appel à la grève du 23 septembre dans l’Education nationale, la FNEC FP-FO demande un plan d’urgence pour l’Education et détaille les revendications. Constatant un ras-le-bol généralisé des agents, Clément Poullet, secrétaire général de la fédération estime qu’il faut construire un véritable rapport de force, ce qui nécessite une mobilisation sur le temps long.

Plus de deux semaines après la rentrée scolaire, la rentrée syndicale dans l’Education s’est tenue le 23 septembre. Elle a pris la forme d’une grève accompagnant un appel commun d’organisations syndicales, dont la FNEC FP-FO, demandant un plan d’urgence pour l’Education. Si selon le ministère, 4,48 % des personnels éducatifs étaient en grève ce jour-là, les syndicats comptent eux 32 % grévistes chez les personnels du ministère aussi bien professeurs, qu’administratifs, psychologues de l’Education nationale, AESH et AED.

Une première manifestation, d’autres à venir

Nous nous félicitons de cet appel commun et de voir que les personnels s’en sont saisi, ici pour dénoncer les conditions de travail, là pour marquer un ras-le-bol face à l’empilement des réformes …, souligne Clément Poullet, secrétaire général de la fédération. Sans compter qu’il s’agit de la première manifestation, d’autres sont à venir, notamment le 5 octobre. Et l’on y entendra les mêmes revendications que le 23 septembre.

En ce jour de grève, la fédération a reçu de nombreux messages de syndicats départementaux, il y a de la colère chez les agents : ils listent les problèmes et se tournent vers le syndicat pour trouver des solutions. Un ras-le-bol généralisé que ne peut suffire à faire taire une seule journée de mobilisation estime la FNEC-FP-FO. Il faut construire un véritable rapport de force, ce qui nécessite une mobilisation sur le temps long, estime le secrétaire général en citant la montée à Paris actée par la convention nationale des AESH le 19 octobre prochain. Parce que l’école inclusive est l’affaire de tous, elle figurait dans les revendications portées le 23 septembre.

La question du salaire est indissociable de la défense de notre statut

Dans leur appel commun, les organisations syndicales estimaient aussi que la revalorisation salariale est insuffisante et que les mesures du Grenelle de l’Education cherchent à transformer en profondeur les métiers. La prime d’activité annoncée en grande pompe par le ministère est attribuée depuis mai à 30 % des enseignants, avec en quelque sorte des montants dégressifs qui vont de 100 euros net pour les nouveaux titulaires à 36 euros mensuels pour ceux qui ont entre onze et quinze ans d’ancienneté. Elle sera étendue à partir de 2022 à 58 % des agents mais avec des montants plus faibles, de 57 à 29 euros net par mois. Mais quid du point d’indice ?

Il y a un appauvrissement des fonctionnaires qui se traduit notamment par une perte de leur pouvoir d’achat, s’insurge Clément Poullet. La FNEC FP-FO demande une augmentation du point d’indice, gelé depuis 2011 et la revalorisation de l’ensemble des grilles des agents de la Fonction publique. La question du salaire est indissociable de la défense de notre statut de fonctionnaire, souligne le secrétaire général. Et elle est d’autant plus importante dans un contexte où l’objectif du gouvernement est de privatiser l’école.

Le militant cite notamment l’expérimentation annoncée par Emmanuel Macron à Marseille le 2 septembre. Le chef d’État avait proposé d’expérimenter une école qui n’existe pas en France, dans laquelle les directeurs pourront choisir leur équipe pédagogique et associer des acteurs extrascolaires au projet pédagogique.

C’est un basculement complet vers une territorialisation de l’école publique, soumise aux politiques des communes, régions ou départements, dénonce Clément Poullet qui se réjouit de voir que cette annonce fait l’unanimité contre elle.

Une intersyndicale locale, à laquelle FO participe, dénonce ainsi une mesure qui ne correspond pas aux revendications des personnels... et vécue comme une provocation. Quarante écoles REP+ de Marseille, cibles de l’expérimentation, ont annoncé leur refus d’y participer et appellent l’ensemble des établissements au boycott.

Directions d’écoles, postes … D’autres revendications encore

Outre l’expérimentation marseillaise, le sujet des directeurs et directrices d’école figurait également parmi les revendications de la mobilisation du 23 septembre. La proposition de loi Rilhac, qui prévoit un statut pour les personnels de direction des écoles, passe en deuxième lecture à l’Assemblée nationale cette semaine. Ce texte est lourd de danger pour les statuts des personnels mais aussi pour le fonctionnement de l’école publique, avertit Clément Poullet. Placer le directeur ou la directrice d’école en position de hiérarchie locale est inacceptable. D’autant que cela ne répond pas du tout aux besoins des premiers concernés qui demandent davantage de temps de décharges, de moyens, de postes pour pallier les absences...

Les organisations syndicales mobilisées le 23 septembre demandaient également davantage de postes pour l’Education nationale. Alors que Jean-Michel Blanquer se félicite de la création de 2 500 postes supplémentaires en primaire, 1 800 ont été supprimés dans le second degré.

Nous avons analysé le projet de loi finance 2022 et nous avons constaté que derrière l’apparente stabilité des emplois, il y a un redéploiement de 400 postes d’enseignants du second degré vers des postes de CPE, d’infirmiers scolaires ou d’inspecteurs. Autrement dit, aucun poste n’est créé : on déshabille Paul pour habiller Jacques..., s’indigne Clément Poullet.

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Alors que la demande d’une négociation salariale commune à toute la Fonction publique, adressée au gouvernement par cinq organisations syndicales, dont FO Fonction publique, reste à ce jour sans réponse, le ministre de l’Éducation nationale a annoncé vouloir reprendre les discussions sur les rémunérations des enseignants d’ici à la fin du mois de juin. Ce cadre parcellaire ne répondait déjà pas aux attentes de la fédération FO de l’Enseignement, de la Culture et de la Formation professionnelle avant la crise sanitaire. Il n’y répond pas davantage aujourd’hui.