Emmanuelle Laborit danse dans l’entrelac des signes

Spectacle par Michel Pourcelot

Comédienne sourde révélée par Les Enfants du silence, elle se lance dans le chant des signes, avec un spectacle mêlant chorégraphie, musique et costumes, présenté à Paris (9-26 novembre) et à Colmar (30 novembre-2 décembre).

Emmanuelle Laborit reprenant Amy Winehouse, Gainsbourg, Bizet et Bashung : c’est le nouveau spectacle d’une enfant du silence, avec derrière elle un groupe de folk-rock. La comédienne y interprète, littéralement et chorégraphiquement, une bonne vingtaine de chants et chansons, dont Carmen, grâce à la langue des signes tandis que, projetées derrière elle, les paroles défilent dans une version différente, évitant le mot à mot. Car l’esprit est là, et cela grâce à la gestuelle, de la tête aux pieds. On a essayé de comprendre le sens de la chanson et de prendre en compte l’implicite en allant à la loupe dans un texte, en le décortiquant. L’important n’est pas de tout comprendre mais de ressentir une émotion, explique Emmanuelle Laborit, qui n’est pas du genre à se laisser enfermer dans son corps. Elle a choisi d’intituler son spectacle du nom de la chanson quelque peu ironique de Brigitte Fontaine Dévaste-moi.

L’International Visual Theatre

Le spectacle d’abord présenté à Clermont, dont est originaire le groupe l’accompagnant, The Delano Orchestra, le sera ensuite à Colmar mais surtout, avant, à Paris, à l’IVT, l’International Visual Theatre, dédié à la culture sourde, arts visuels et langue des signes. Lieu unique en France, l’IVT, qui fête ses 40 ans, constitue un espace d’échange, de rencontre et de découverte pour les sourds et les entendants regroupant un théâtre, un centre de formation et une maison d’édition. Emmanuelle Laborit en assume la co-direction tout en continuant sa carrière de comédienne, couronnée en 1993 par un Molière pour son rôle dans la pièce Les enfants du silence. Un engagement important pour elle : notre langue est en mouvement, en 3D. Elle utilise l’espace. Le corps est intégré, la main, les expressions du visage, un haussement de sourcil induit une forme interrogative. Elle a une structure, une syntaxe, une grammaire, et des nuances, une culture propre. Elle évolue, et nous avec elle. Elle vit.

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Dévaste-moi, spectacle avec Emmanuelle Laborit et The Delano Orchestra, mis en scène par Johanny Bert, artiste associé à la Comédie de Clermont, en collaboration avec Yan Raballand, chorégraphe, Alexandre Rochon (arrangements et compositions), et Emmanuelle Laborit, comédienne chansigne.
 Paris : du 9 au 26 novembre à l’IVT (International Visual Theatre), 7 cité Chaptal 75009 Paris. Tél. : 01 53 16 18 18. Site internet : http://ivt.fr/
 Colmar : du 30 novembre au 2 décembre, à la Comédie de l’Est, Centre Dramatique National d’Alsace, 6 route d’Ingersheim, Colmar. Tél. : 03 89 24 31 78. Site internet : https://comedie-est.com/

Michel Pourcelot Journaliste

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