Emploi : grève massive à la raffinerie de Donges

InFO militante par Clarisse Josselin, L’Info Militante

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Les salariés de l’exploitation de la raffinerie Total de Donges, en Loire-Atlantique, se sont massivement mis en grève depuis le 28 mars à l’appel d’une intersyndicale à laquelle FO participe. Leur principale revendication porte sur l’embauche en CDI d’une quarantaine de salariés précaires. Bien que le groupe ait enregistré des bénéfices records l’an dernier, pour un montant de 16 milliards de dollars nets, les négociations sont au point mort.

Après 16 mois d’arrêt lié d’abord à l’entretien du site, puis à la pandémie, la raffinerie Total de Donges aurait dû redémarrer le 28 mars. Mais à cette date, un appel à la grève lancé par un syndicat et rapidement relayé par FO, a contraint la direction à interrompre le processus de remise en route.
La mobilisation est massive : 80% en moyenne des personnels d’exploitation ont cessé le travail depuis maintenant plus d’une semaine.

La première revendication concerne l’embauche en CDI des salariés actuellement en CDD. Ils sont au nombre de 43, dont 36 sur des postes d’exploitation où les embauches sont gelées depuis 2019, selon le syndicat FO.

Au niveau de l’exploitation, nous avons actuellement 20% de personnels qui sont précaires alors qu’ils occupent des postes pérennes, dénonce Marin Guillotin, représentant de la section syndicale (RSS) FO sur le site de Donges. Ces salariés se succèdent sur les postes pour des contrats de 30 mois. Les salariés expérimentés en ont assez de faire la formation de jeunes qui partent au bout de quelques mois, poursuit le militant. Résultat, on a des jeunes sans expérience qui sont formés par des CDD sans expérience.

Outre de dénoncer les difficultés d’organisation que cela induit, les syndicats pointent une situation peu compatible avec le classement du site en Seveso 3 seuil haut, le niveau maximum en termes de risques industriels. La raffinerie produit du gazole, de l’essence, des produits de base pour la pétrochimie, des bitumes...

Les syndicats ont fait une demande de médiation au préfet

Marin Guillotin insiste aussi sur les difficultés matérielles rencontrées par les salariés précaires, notamment pour se loger dans une région côtière très prisée. Nous voulons sortir ces jeunes de la précarité, ils sortent d’un CDD de 30 mois, ils se sont investis, ils ont fait leurs preuves, ajoute-t-il. Et les embaucher, c’est aussi assurer notre avenir.

Les discussions avec la direction sont au point mort. Un plan social mis en place l’an dernier a supprimé 53 postes sur le site, explique le militant FO. La direction tente de nous endormir en faisant un amalgame entre ce PSE et les embauches que nous revendiquons. Mais nos demandes portent sur des postes, qui ne sont pas concernés par la réorganisation et nous demandons que ces postes soient occupés de manière pérenne par des CDI.

Sur le site qui emploie un effectif total de 650 salariés, l’ambiance est tendue. Selon le militant, des huissiers sont envoyés sur le piquet de grève. Face au refus de la direction de négocier, les deux syndicats ont fait une demande de médiation auprès du préfet. Ils attendent toujours une réponse. La direction laisse pourrir la situation comme à la raffinerie de Feyzin où la grève avait duré 51 jours à l’automne 2019, ajoute Marin Guillotin. C’est choquant pour une entreprise comme Total qui a enregistré plus de 100 milliards de dollars de bénéfices en 10 ans.

Elections professionnelles le 14 avril

Chez Total, le leitmotiv, c’est de refuser de négocier sous la contrainte. En période de grève les discussions sont donc beaucoup plus compliquées, poursuit Jean-François Vapillon, secrétaire fédéral de la branche pétrole à la Fédéchimie-FO. Et depuis la nomination du nouveau P-DG Patrick Pouyanné, il n’y a plus de discussions sociales. Son but est avant tout de ramener du cash aux actionnaires et d’exploiter au maximum les sites de production.

En matière de résultats financiers, Total vient de battre tous ses records en engrangeant 16 milliards de dollars de bénéfices nets au titre de l’année 2021. Quant à la rémunération du P-DG, elle a tout simplement doublé en un an, pour atteindre 5,9 millions d’euros l’an dernier.

Actuellement, malgré son savoir-faire, la France doit importer plus de la moitié du gazole qu’elle consomme. Or la situation géopolitique actuelle, avec la guerre en Ukraine, complique les approvisionnements en carburants ce qui fait monter les prix en flèche. Nous savons raffiner proprement et en sécurité en France, mais Total préfère fermer des sites pour augmenter ses marges, dénonce Marin Guillotin. Après la fermeture de Dunkerque en 2010 et celle de La Mède en 2015, le site de Grandpuits est en cours de reconversion en plateforme zéro pétrole dédiée au recyclage.

Si on avait investi localement, la France n’aurait plus à importer aujourd’hui, poursuit Jean-François Vapillon. Mais Total a préféré investir à l’étranger, comme à Dubaï, où il n’y a pas les mêmes contraintes sociales et environnementales.

Une nouvelle assemblée générale des grévistes devait se tenir le 8 avril pour décider des suites de la mobilisation. Autre échéance proche, les élections professionnelles, qui se dérouleront du 14 au 28 avril. Le nouveau syndicat FO, créé l’an dernier, y présentera une liste.

Lien vers la caisse de grève

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Clarisse Josselin Journaliste à L’inFO militante

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