En avoir pour mes impôts ou en avoir pour mon boulot ?

Actualités par Hélène Fauvel

KERMALO/REA

N’étant plus à une incohérence près, le gouvernement, toujours sourd au rejet massif de la réforme des retraites, prétend maintenant, pour faire diversion, consulter la population sur l’usage des deniers publics.

Ainsi, sur une plateforme au nom pas populiste pour un sou « En avoir pour mes impôts », les contribuables sont invités à répondre à un questionnaire sur la manière de dépenser le produit de leur impôt par grands postes budgétaires. Dépensons-nous trop ou pas assez sur tel poste ? Devrions-nous dépenser plus ? Le service public dans tel ou tel domaine s’est-il dégradé ou amélioré (un peu, beaucoup, très fortement) ? La transparence ne va toutefois pas jusqu’à indiquer les montants dépensés pour les aides publiques aux entreprises, pudiquement nommées « soutien à l’économie » et « aide à la recherche et au développement ». Pire, il est possible de répondre plusieurs fois au questionnaire, ce qui en dit très long sur la fiabilité du résultat de cette consultation. Si nous étions joueurs, nous pourrions même parier que ce résultat correspondra à ce que souhaite faire le gouvernement.

Le principe même de l’impôt consiste pourtant à ne pas avoir droit, en échange de son versement, à une prestation précisément identifiable. Mais qu’importe, le gouvernement, jouant aux apprentis sorciers, ne recule devant aucun excès démagogique. Il prend ainsi le risque d’introduire l’idée que chacun pourrait choisir ce qu’il finance avec ses impôts, que ceux qui paient beaucoup pourraient espérer recevoir davantage de la collectivité, bref que l’intérêt général serait donc subitement devenu la somme des intérêts particuliers. Celui qui n’a pas d’enfant pourrait refuser de financer l’école, celui qui n’a pas de voiture les routes, celui qui n’est jamais malade l’hôpital, celui qui habite en ville les zones rurales et inversement.

Comment peut-on raisonnablement imaginer restaurer la cohésion sociale et le consentement à l’impôt en transformant les citoyens en consommateurs, selon une conception bien étrange de la fiscalité et du pacte républicain ? Comment peut-on encore imaginer y arriver au moyen d’un questionnaire commençant par : « Pensez-vous que vous payez trop d’impôts ? »

Loin d’un débat public sur la nécessité de réformer la fiscalité pour la rendre plus juste et plus progressive et en améliorer le consentement, c’est juste de la communication. Cette consultation agite au contraire les passions tristes et tous les vieux démons français nourris par un discours poujadiste selon lequel la France serait un enfer fiscal où certains, exemptés d’impôts directs, bénéficieraient plus que d’autres du produit de la fiscalité. Exit le pacte républicain et la solidarité ! Il faut que j’en aie pour mes impôts.

Ne serait-il pas plus efficace, pour restaurer le consentement à l’impôt, d’assurer à chacun « d’en avoir pour son boulot » ? L’urgence, c’est d’augmenter les salaires, l’urgence c’est de conditionner les aides publiques aux entreprises à la création d’emploi, au maintien dans l’emploi et à l’augmentation des salaires. L’urgence sociale c’est d’en avoir pour son boulot, pas pour ses impôts.

Hélène Fauvel Secrétaire confédérale au Secteur de l’Economie et du Service Public

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