Communiqué de FO

Être ou ne pas être réac’ : Telle est la question iconoclaste

, Serge Legagnoa

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© Richard DAMORET/REA

Alors que le projet de budget pour la Sécu est actuellement en cours d’amendement à l’Assemblée nationale, Force Ouvrière s’étonne de la caricature faite de l’ensemble des professionnels de santé. Après la mise en cause de leur éthique au sujet des arrêts maladie, voici l’amendement qualifié d’innovant, iconoclaste, consistant à créer un forfait de réorientation vers la « ville » des personnes se présentant aux urgences hospitalières, et issu d’un milieu bien éloigné du terrain, incapable de se rendre compte de l’absurdité d’une telle proposition.

Au-delà des nombreuses critiques pertinentes déjà communiquées, Force Ouvrière rappelle un fait : quand bien même l’on chercherait à désengorger les urgences en les incitant financièrement à renvoyer ailleurs des patients se présentant chez elles, l’établissement se retrouverait malgré tout pénalisé, par ailleurs, puisqu’il demeure sous la coupe budgétaire de l’Objectif national de dépenses d’assurance maladie (Ondam), un objectif de dépenses fixé en deçà des besoins en santé et en grande partie à l’origine de l’absurdité de notre modèle de tarification des soins. L’avis récent du Comité d’alerte des dépenses d’Assurance maladie nous ramène toujours à cette dure réalité que la santé est avant tout une question non pas humaine mais budgétaire.

Force Ouvrière est véritablement iconoclaste : elle condamne l’hégémonie de la question économique en santé, érigée en dogme auquel nous devrions tous nous soumettre. La souffrance des soignants est réelle et la dégradation des conditions d’exercice continue : c’est la qualité du travail, donc des soins qui en pâtit, qui conduit et conduira encore trop souvent à des situations dramatiques. Pour FO, l’occasion est unique de pouvoir améliorer les conditions de travail, donc d’exercice, des professionnels de santé et améliorer durablement notre système de santé. Choisir de rembourser la dette de l’État au lieu d’investir dans la santé, est doublement irresponsable, et nous en paierons tous les conséquences à terme.

A propos de cet article

Sur l’auteur

Serge Legagnoa

Secrétaire confédéral au Secteur de la Protection Sociale Collective


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Éphéméride

21 mars 1884

Les syndicats deviennent légaux
Dans la foulée des grandes lois démocratiques sur l’école laïque et sur la liberté de la presse, la République se rend à l’évidence et renonce à mettre hors la loi un mouvement qui, de toute façon, s’exprimera. Après le traumatisme engendré par les massacres de mai 1871, le mouvement ouvrier reprend (...)

Dans la foulée des grandes lois démocratiques sur l’école laïque et sur la liberté de la presse, la République se rend à l’évidence et renonce à mettre hors la loi un mouvement qui, de toute façon, s’exprimera. 

Après le traumatisme engendré par les massacres de mai 1871, le mouvement ouvrier reprend progressivement de l’ampleur. 

En 1872, le gouvernement dissout le Cercle de l’Union ouvrière de Paris qui réunit quinze chambres syndicales. Pour faire face à la multiplication des grèves, le pouvoir accepte enfin l’abrogation de la loi Le Chapelier et des articles du Code pénal napoléonien contre les coalitions, qui interdisaient depuis 1791 le principe même des associations de défense des « prétendus intérêts communs » des ouvriers. 

Jules Ferry est l’initiateur, dès 1880, d’un projet de texte législatif, autorisant les syndicats (ouvriers et patronaux). Mais, confronté aux multiples tentatives d’enlisement menées par les députés les plus conservateurs, ce n’est qu’à l’issue de quatre ans de bataille parlementaire que Waldeck-Rousseau, alors ministre de l’Intérieur du second gouvernement Ferry, pourra, enfin, faire voter la loi du 21 mars 1884. Elle soumet le fonctionnement des syndicats à des règles strictes. Elle marque cependant le point de départ pour de nouvelles étapes : l’organisation des salariés peut désormais se développer au grand jour, mais à l’extérieur des ateliers et usines, les syndicats restant interdits sur les lieux de travail. Il n’est également pas question d’autoriser les syndicats dans la fonction publique. 

« Les syndicats ou associations professionnelles, même de plus de vingt personnes, exerçant la même profession, des métiers similaires ou des professions connexes concourant à l’établissement de produits déterminés, pourront se constituer librement sans l’autorisation du gouvernement » affirme cette loi, qui accorde également à ces syndicats professionnels « le droit d’ester en justice », de disposer du produit de leurs cotisations, d’acquérir les immeubles nécessaires à leur activité, de constituer des caisses de secours mutuels ou de retraites. Ces syndicats professionnels peuvent, certes, former des unions de syndicats, mais ces unions ne peuvent, elles, ni posséder d’immeubles, ni entamer des actions en justice. Enfin, obligation est faite à ces syndicats de déposer leurs statuts et d’indiquer les noms de leurs dirigeants, qui devront impérativement être français et jouir de leurs droits civils. 

Ces nombreuses contraintes ont pesé lourd. La généralisation des syndicats professionnels espérée par Jules Ferry et Waldeck-Rousseau a été beaucoup plus lente que prévu. Essor bien évidemment freiné par le patronat qui multiplie les menaces sur les ouvriers pour retarder l’application de la loi. 

Face à cette offensive en règle, les dirigeants ouvriers sont divisés, avec d’un côté, les défenseurs d’un syndicalisme indépendant, et de l’autre, les"guesdistes", pour qui la lutte a une finalité essentiellement politique. Ces derniers ne veulent voir, du moins dans un premier temps, dans la loi de 1884 qu’une tentative de récupération et d’intégration du mouvement ouvrier. Une fédération nationale des Syndicats est créée à Lyon en octobre 1886 mais les rivalités en son sein entre"guesdistes"et"possibilistes"diminueront son influence. Elle sera concurrencée en 1892 par la fédération des Bourses du Travail. Ces divisions sont mal vécues par la classe ouvrière. Cette dernière impose dès 1893 un processus de rapprochement entre les deux organisations qui aboutira deux ans plus tard à la constitution de la première centrale syndicale, la Confédération générale du Travail.