Etude : le recul de l’âge de départ en retraite, facteur d’aggravation des problèmes de santé chez les salariés séniors

InFO militante par Ariane Dupré, L’Info Militante

© Simon LAMBERT/HAYTHAM-REA

Dans une étude du 14 février, le Centres d’études de l’emploi et du Travail pointe une conséquence de la réforme des retraites de 2010 : l’augmentation des arrêts-maladies des travailleurs âgés. La mesure de recul de l’âge légal conduit donc à un transfert de dépenses, de la branche vieillesse vers l’assurance maladie.

Loin des économies annoncées, la réforme des retraites, notamment par sa mesure phare de recul à 64 ans de l’âge légal de départ, risquerait plutôt d’augmenter les dépenses de l’assurance-maladie. Voilà ce que l’on peut déduire de la lecture d’une étude du Centre d’études de l’emploi et du travail publiée le 14 février. Le CEET a ainsi analysé les effets de la réforme de 2010 sur les absences maladie. Les chercheurs ont comparé les arrêts-maladies entre les générations concernées ou non par le recul de l’âge légal de la retraite à 62 ans. Et le constat est sans appel : la réforme a entraîné une augmentation significative de la fréquence des arrêts-maladies après 60 ans, de 1,7 point de pourcentage. Cette hausse résulte à la fois de la dégradation de l’état de santé lié à l’âge et de l’allongement de la vie active souligne le CEET. En outre, l’étude montre que cette réforme a accentué des différences marquées entre hommes et femmes. Si ces dernières ont tendance à s’arrêter plus souvent (mais moins longtemps que les hommes), la proportion de femmes ayant eu au moins un arrêt-maladie à 61 ans est de 4,36 % pour les générations non impactées par cette réforme. Mais grimpe à 7,7 % pour celles touchées par le recul de l’âge de 60 à 62 ans.

Hausse des dépenses maladie

Pour les salariés en mauvaise santé, ou ayant eu des accidents du travail ou autre maladie professionnelle, l’étude du CEET atteste que le recul de l’âge à 62 ans augmente les risques d’arrêt-maladie longs : pour ces seniors ayant des problèmes de santé, la probabilité d’arrêt de longue durée passe à 2,2 % avec la réforme de 2010, contre 1,2% pour ceux « en bonne santé ». Certes, l’allongement de la vie active dans le cadre de la réforme de 2010 prolonge la durée de cotisations à l’assurance-retraite, mais il semble en même temps augmenter les dépenses liées à l’absence pour maladie chez les seniors après 60 ans. Ce surcoût d’absence maladie serait proche de 68 millions d’euros soulignent les chercheurs. L’étude du CEET en rejoint d’autres sur ces effets pervers du recul de l’âge. Dans une note adressée au COR en 2022, la Drees était encore plus sévère. A partir des données 2019, elle estimait ainsi que reculer l’âge légal de la retraite de 62 à 64 ans augmenterait de 2,8 milliards d’euros les dépenses pour les indemnités maladie et pensions d’invalidité. Dans son étude du 21 février dernier sur la santé au travail, l’Observatoire de la Mutualité française tire d’ailleurs la sonnette d’alarme : dans les secteurs à risque comme le BTP, si le nombre d’accidents du travail diminuent avec l’âge, leur gravité en revanche augmente : 41 % des incapacités permanentes concernent des salariés de plus de 50 ans pour seulement 11 % chez les moins de 30 ans.

Ariane Dupré Journaliste à L’inFO militante

L’Info Militante

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