[Exposition] Le père du Street Art : Ernest Pignon-Ernest « Ecce homo. Interventions 1966-2019 » en Avignon

Culture par Christophe Chiclet

De son vrai nom Ernest Pignon, ce plasticien, dessinateur et photographe est né à Nice en 1942. Cet artiste engagé est basé à Paris. Ses images peintes et dessinées au fusain et à l’encre noire (en noir et blanc) sur du papier, sont alors collées sur les murs des villes aux quatre coins du monde.

L’exposition, produite par la ville d’Avignon et Avignon Tourisme, expose plus de 400 œuvres dans toute la Grande Chapelle du Palais des Papes, retraçant le parcours de l’artiste depuis plus de soixante ans. Il s’agit de photos, de collages, de dessins, venus du musée de Montauban, de la galerie parisienne Lelong & Co et de collections privées. Ces « tableaux » représentant souvent des personnages, sont au format, à l’échelle, quasi un-pour-un, c’est-à-dire grandeur nature.

Ayant commencé à coller dans les rues dès 1966, il est considéré comme l’un des fondateurs du street art mondial. Il s’agit bien sûr d’art éphémère, le support papier subissant l’outrage du temps (le soleil, la pluie). Mais ces collages représentant des sujets engagés, ils sont aussi la cible d’arrachages, de lacérations, de tags… Ernest Pignon-Ernest a donc pris soin de les photographier. Sage décision.

Un engagement politique et social

Avec ces collages, l’artiste prend fait et cause pour le droit à l’avortement, la situation des immigrés-expulsés, la lutte contre le sida, dénonçant l’apartheid, la situation des Palestiniens, les accidents du travail, l’univers carcéral… Il se veut aussi quelque part une sorte de « gardien de l’Histoire », avec ses œuvres « Les gisants de la Commune de Paris », « Métro Charonne » (manifestation du 8 février 1962 contre la guerre d’Algérie qui fit huit morts écrasés contre les grilles de la station de métro), « Maurice Audin » (jeune professeur communiste mort sous la torture de l’armée française à Alger). Il a aussi collé à Soweto, le poster d’un homme tenant dans ses bras un jeune écolier tué lors de la révolte de ce township. A Ramallah, il a affiché des portraits du grand poète palestinien Mahmoud Darwich. Ernest Pignon-Ernest milite pour la création d’un musée d’art contemporain dans les territoires palestiniens. Idée fortement combattue par Israël et le Hamas de Gaza !

L’artiste est aussi un grand portraitiste : Maïakovski, Rimbaud, Picasso, Molière, Goethe, Nerval, Genet, Neruda…, avec un hommage particulier à Pasolini. Des affiches de ce dernier tenant dans ses bras le cadavre d’un homme (son assassin ?) ont orné les rues de Milan, Rome, Ostia, Naples et Matera. Dans son combat contre le sida, il a collé à Port aux Princes, mais aussi à Lyon des représentations de la prison Saint Paul. A noter des « icônes » religieuses du saint suaire ou de la piéta d’Avignon. Depuis sa première exposition personnelle en 1979, il ne cesse d’exposer dans toute la France.

 

Avignon, Palais des Papes, Grande Chapelle, jusqu’au 29 février 2020. Août : 9h-20h30, septembre-octobre : 9h-19h, 2 novembre 2019 - 29 février 2020 : 9h30-17h45. 04 32 74 32 74.