[Exposition] Street Art : « Le monde Banksy ; Une expérience immersive », à Paris

Culture par Christophe Chiclet

© Jesus Merida Luque / SOPA Images/ZUMA/REA

Ne cherchez pas le visage du pape actuel du street art ou même une interview de l’homme. Ce dernier est et veut rester anonyme. Ce graffeur, peintre, se proclame avant tout un « artiviste ».

Comme tout ce qui est anonyme, caché, secret, cela attire la curiosité, surtout quand la personne est devenue un artiste de talent, l’homme le plus coté du street art actuellement. Si ce genre a comme père Ernest Pignon-Ernest que nous avons présenté dans nos colonnes, Banksy en est assurément le fils, et parfois l’élève dépasse le maître. Tous deux sont quelque part les descendants de l’école des muralistes. Ces artistes qui peignaient de grandes fresques révolutionnaires sur les murs des usines, des maisons, des universités durant la révolution mexicaine de 1910, la guerre d’Espagne de 1936-39, mais aussi au Portugal durant la révolution des œillets de 1974, à Lisbonne, Setubal, Coïmbra…

Ce qu’on sait de Banksy, pas grand-chose, si ce n’est qu’il est né à Bristol en 1974 et qu’il est citoyen britannique. Pour certain, il s’appelle Christopher Ya Banksy, pour d’autres Robert Del Naja. Allez savoir, et finalement peu importe car cela permet de se pencher plus sur l’œuvre que sur l’homme. Ce qui est plutôt rare dans ce milieu d’egos surdimensionnés.

Des murs contre les murs

Il commence à faire parler de lui lors du premier festival de street art de Bristol en 1998. Il signe aussi quelques pochettes de disques et en 2004, il fait imprimer des faux billets de 10 livres à l’effigie de Lady Diana, remplaçant « Bank of England » par « Banksy of England ». 80% de ses pochoirs se font sur des murs. L’homme devrait donc à l’évidence être un amoureux de ce support. Pourtant, il déteste les murs de séparation. Étant trop jeune pour s’en prendre au mur de Berlin ou à celui de Nicosie, il a jeté son dévolu sur celui de Cisjordanie, ce mur de la honte construit par Israël pour se séparer des Palestiniens. En 2015, clandestinement, au nez et à la barbe de Tsahal, il a confectionné de gigantesques pochoirs sur un mur de 320 kilomètres de long et 7 à 9 mètres de haut. Il y a dessiné des ouvertures bleues azur, une enfant s’en échappant grâce à huit ballons [1] ou une autre petite fille qui fouille un soldat israélien les mains sur le mur, les jambes écartées. Il ne serait pas étonnant que Banksy-Zorro fasse un petit tour du côté d’El Paso sur la frontière mexicano-américaine et le mur de Donald Trump.

Devenus cultes, les pochoirs de l’artiste sont désormais volés, comme ce fut le cas à Londres et dernièrement à Paris derrière le Centre Pompidou, pour être revendus chez les collectionneurs argentés. Contre ce trafic, dès 2013, Banksy toujours incognito avait vendu ses pochoirs, à Central Park à New York, 60 $ l’unité, alors qu’ils étaient déjà estimés chacun à 160 000 $ !

 

Du 10 au 31 décembre 2019, Espace Lafayette-Drouot, 44 rue Faubourg Montmartre, Paris 75009, de 10h à 18h, réservation en ligne.

Notes

[1Voir entre autres, la couverture de la revue Confluences Méditerranée, n°100, printemps 2017.

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