Congrès d’UD

Face à la régression sociale, FO Com appelle à la résistance

, Clarisse Josselin

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Le 23e congrès de la fédération FO Com s’est tenu du 11 au 14 juin à Marseille, en présence d’environ quatre cents délégués. La préservation des services publics, des acquis sociaux, des conditions de travail et de l’emploi ont été au cœur des discussions. Christine Besseyre a été élue au poste de secrétaire générale.

Christine Besseyre, 54 ans, a été élue le 14 juin nouvelle secrétaire générale de la fédération FO Com par le Conseil fédéral national.

Dès son entrée à La Poste comme factrice à Paris en 1987, Christine Besseyre a commencé à militer et à porter les revendications de FO. Elle est devenue successivement contrôleur puis responsable d’un bureau de poste en milieu rural, dans ses Deux-Sèvres natales. Permanente syndicale depuis 2006, ayant exercé plusieurs mandats locaux et nationaux, elle devient en 2015 conseillère du secrétaire général sortant, Philippe Charry. Elle est la première femme élue à ce poste dans l’histoire de la fédération.

Pour son mandat à venir, ses priorités iront en premier lieu à la réussite des élections CSE à Orange en novembre prochain et dans les filiales de La Poste. En matière de développement, l’un des objectifs sera aussi de mettre l’accent sur la syndicalisation, notamment celle des jeunes salariés.

Elle va également mener le combat avec la confédération pour s’opposer aux contre-réformes du gouvernement visant à détruire notre modèle social. Quant aux entreprises du périmètre de la fédération, La Poste et les télécommunications, qui subissent des réorganisations de plein fouet, elle se battra pour défendre les conditions de travail et l’emploi.

Le service public, un maillon de justice sociale

Autant de combats au cœur des interventions des quarante-six délégués qui se sont succédé à la tribune du congrès, le 11 juin. La préservation des services public a été l’un des sujets centraux. Le service public n’est pas une dépense mais un maillon de justice sociale sur le territoire, a rappelé Philippe Charry, le secrétaire général sortant, en présentant son rapport d’activité.

Dans sa résolution générale, le congrès condamne les suppressions d’emplois dans la fonction publique et s’oppose à la remise en cause du statut de fonctionnaire qui garantit à tous les citoyens l’égalité d’accès à l’ensemble des services publics, sur tout le territoire.

A La Poste, le modèle économique est en train de changer. Au cours des deux dernières décennies, la Commission européenne a libéralisé le secteur en utilisant trois directives. Une quatrième directive est en cours de rédaction. Elle pourrait conduire à une concurrence encore plus exacerbée et réduire l’obligation de service universel au strict minimum, détruisant encore plus d’emplois.

Un « rouleau compresseur »

La Cour des comptes avait enfoncé le clou dans un rapport de 2016, dans lequel elle estimait que La Poste coûtait trop cher, que les facteurs ne travaillaient pas assez et qu’il fallait fermer des bureaux et ne plus distribuer le courrier 6 jours sur 7. Elle s’apprête à récidiver avec un nouveau rapport en préparation. Il y a une volonté de mettre fin à la desserte quotidienne du courrier, a alerté à la tribune Philippe Charry. Le maillage territorial et la distribution quotidienne sont la garantie pour La Poste d’avoir sa place demain, sinon c’est le démantèlement.

L’image d’un rouleau compresseur pour l’entreprise publique en matière d’emploi et de conditions de travail a été évoquée par des intervenants. Danièle Ferrand, des Côtes d’Armor, a dénoncé la situation très préoccupante des postiers en terme d’épuisement, de surcharge de travail et de salaire.

Mustafa Ramdani, des Hauts-de-Seine, a appelé à s’opposer aux fermetures de bureaux dans le réseau, comme ce fut le cas récemment à La Défense. Des bureaux souvent transformés par la suite en agence postale communale ou en point relai chez un commerçant. A chaque fermeture de bureau, je dépose une couronne mortuaire et je convoque la presse, a expliqué Pascal Varin.

Attribuer un 13e mois pour tous

Le congrès exige dans sa résolution générale une vraie présence postale sur tout le territoire afin d’assurer l’accessibilité bancaire et l’aménagement du territoire et demande l’arrêt des fermetures des bureaux de poste et le maintien de tous les emplois.

Dans ce contexte, les conditions de travail se dégradent et les réponses à apporter ne sont pas toujours simples. Une discussion importante a eu lieu à la tribune à propos de la signature par la fédération d’un accord de 2017 qui porte sur les conditions de travail et l’évolution des métiers de la distribution et des facteurs.

En matière de rémunération, Marie-Noëlle Bleron, de la région Centre, a évoqué la nécessité de relever le salaire plancher de la grille courrier. Le congrès revendique également l’attribution d’un 13e mois pour tous. Les délégués ont aussi souhaité que La Poste, à l’instar d’Orange, prenne en charge une sur-cotisation retraite pour les salariés senior poussés à partir en temps partiel ou en retraite anticipée.

Un accord mondial garantit les droits des salariés chez Géopost

Si la baisse du volume de courrier a diminué en moyenne de 7% par an sur la période 2012-2018, le e-commerce avec en plein développement, avec une hausse moyenne de 8% par an. Si le colis est l’activité de l’avenir, c’est aussi dans ce domaine que la concurrence est la plus agressive. Philippe Charry a dénoncé les dérives en matière d’ubérisation et de sous-traitance souvent sans respecter les règles de droit, des pratiques inacceptables. Il a cependant souligné que chez GéoPost, la branche de La Poste dédiée à la livraison de colis express à travers le monde, FO a mis en place avec l’UNI un accord mondial qui garantit les droits de tous les salariés, dans tous les pays.

Le congrès, dans sa résolution générale, condamne la précarisation des contrats de travail et l’utilisation abusive de la sous-traitance. Il déplore aussi dans la branche Courrier Colis les réorganisations mal pensées et déployées à la hussarde au mépris des conditions de travail.

La Banque Postale est, elle aussi, en difficultés. Philippe Charry a dénoncé à la tribune une politique aveugle de bancarisation à marche forcée du réseau dans des conditions qui ne pouvaient mener qu’à l’échec. Les réorganisations permanentes entraînent une perte de motivation des agents tandis que les fermetures massives de bureaux de poste entraînent des suppressions de postes et des pertes massives de clients bancaires. En 2019, on a déjà perdu 114 000 clients en 5 mois, a précisé Daniel Grelier, de Vendée.

Tous sur le pont pour les élections chez Orange

Le projet de rapprochement entre la Banque Postale et la CNP pour créer un gros pôle financier de banque-assurance, appelé Mandarine, a été évoqué par plusieurs délégués. Pour certains, ce projet, c’est faire entrer le loup financier dans la bergerie postale, en rouvrant la boîte de pandore de l’ouverture du capital de La Poste.

Philippe Charry s’est montré favorable à ce rapprochement, qui garantit la pérennité de la Banque postale, tout en rappelant que la loi Pacte empêche que le capital de La Poste ne soit ouvert à d’autres acteurs que ceux qui y sont déjà présents. Toutefois, le congrès précise dans sa résolution générale qu’il ne saurait tolérer que l’entrée dans le capital de La Poste de la CDC qui en devient l’actionnaire majoritaire remette en cause l’actionnariat 100% public, les missions de service public, l’emploi et les conditions de travail des postiers.

Dans les télécoms, l’enjeu principal concerne les élections CSE à Orange en novembre 2019. Cette élection, c’est l’affaire de tous, a insisté Jean-Marc Lis, DSC Orange . Tout le monde doit être sur le pont, si on se loupe, la fédération sera en danger. Dans ce contexte, la syndicalisation des cadres, qui représentent 55% du personnel d’Orange, est un défi pour FO Com.

Des salariés sous pression

Dans ce secteur, Philippe Charry a dénoncé une évolution préoccupante du contexte économique et réglementaire, avec 25 ans de concurrence et de privatisation du service public et de libéralisation. Aujourd’hui l’État ne possède plus que 23% des parts d’Orange. Le congrès exige que l’État retrouve une part majoritaire dans le capital de l’entreprise. Il dénonce la politique du « tout actionnaire » au détriment de l’investissement et de l’emploi, avec entre 4 000 et plus de 6 000 départs non remplacés chaque année.

Chez Orange l’augmentation du stress, la dégradation des conditions de travail et les suppressions d’emploi, la sous-traitance et le dumping social ont été dénoncées. On supprime des postes pour les rouvrir en Slovaquie ou en Inde et la direction refuse le terme de délocalisation, elle parle de relocalisation à l’étranger.

Pour garantir l’augmentation des dividendes, la direction exerce une pression démesurée sur les coûts, a poursuivi Philippe Charry. Pour tenter de gagner en productivité, des réorganisations sont mises en place. Ça ne fonctionne pas, les processus sont désastreux et les salariés sous pression. Il a évoqué un climat social extrêmement inquiétant qui rappelle l’époque de la crise sociale, avec des baisses d’effectifs, même si le management est moins brutal aujourd’hui.

FO, partie civile au procès France Télécom

FO Com s’est constituée partie civile au procès de 7 dirigeants et de la personne morale France Télécom, qui s’est ouvert le 6 mai devant le tribunal correctionnel de Paris. Une seule accusation a été retenue, le harcèlement, a expliqué Philippe Charry. Même si la peine encourue est insignifiante, nous voulons une condamnation sur le principe général, ce serait un signal très fort pour les autres entreprises.

Dans sa résolution générale, le congrès pointe la dérive économique qui oblige Orange à une réduction drastique de ses coûts. Il revendique l’arrêt des réorganisations incessantes et régressives qui génèrent mal-être, souffrance au travail et risques psycho sociaux.

FO revendique l’intégration des filiales chez Orange

Depuis deux ans, les accords sur les salaires ne sont pas appliqués à toute la branche, car l’État refuse leur extension. La fédération doit intervenir pour faire entrer les salariés des boutiques rattachées à la Générale de télécom, filiale à 100% d’Orange, dans la convention collective des télécoms (CCNT). Ces derniers, qui travaillent dans les boutiques, sont actuellement rattachés à la convention collective de l’électroménager. Nous, délégués syndicaux d’Orange, ne pouvons pas intervenir sur leurs conditions de travail et Orange en profite pour pratiquer un dumping social, dénonce-t-il.

Bernard Allain, négociateur de cette CCNT, a rappelé qu’elle était la seule perspective d’augmentation de salaire pour 639 entreprises. En sortir est très dangereux, a-t-il ajouté.

Dans sa résolution consacrée à Orange, le congrès exige l’intégration immédiate de toutes les filiales et l’harmonisation des droits des salariés du groupe dans le cadre minimum de la convention collective nationale des télécommunications. Il exige l’internalisation des activités sous traitées avec proposition aux salariés concernés de poursuivre leur activité chez Orange. Il exige aussi l’arrêt de la réduction des coûts et un plan massif de recrutement en CDI pour combler tous les départs.

On ne se sait pas militant, on le découvre

Le congrès appelle aussi tous les militants à faire du développement une priorité. En matière de représentativité, les délégués ont insisté sur la nécessaire passation entre les plus jeunes militants et les anciens. Armand Ti A Hing, de La Réunion-Mayotte, a déploré une perte de savoir-faire pour l’entreprise et donc pour le syndicat suite aux nombreux départs en retraite. De jeunes retraités, comme Gérard Albessard du Nord, ont rappelé qu’ils étaient à la disposition des militants pour les aider.

Marie-Noelle Bleron a appelé à aller au plus près du terrain et à « mettre le paquet » sur la formation des militants. On ne se sait pas militant, on le découvre parce que quelqu’un nous a mis le pied à l’étrier, a-t-elle ajouté.

Construire le rapport de force le 21 septembre

Les délégués ont aussi fustigé l’offensive du gouvernement contre le modèle social. Philippe Charry a dénoncé dans son rapport d’activité l’objectif de supprimer le système de solidarité et de droits collectifs basés sur les cotisations et gérées par les organismes paritaires pour mettre à la place un système basé sur l’impôt.

La réforme des retraites pourrait faire reculer encore l’âge de départ à taux plein avec la création d’un âge pivot. Pour Philippe Charry, ce serait un cataclysme jamais vu, au profit des assurances privées et d’un système par capitalisation. On va se battre contre ça au maximum, FO lance le combat le 21 septembre, on fait campagne, on va construire le rapport de force, a-t-il lancé.

Dans sa résolution générale, le congrès rejette un régime unique par points. Il exige le maintien des régimes de retraite, notamment celui du code des pensions civiles et militaires.

Plusieurs camarades ont aussi dénoncé les attaques policières contre les cortèges syndicaux du 1er mai. Georges Bénis, de Gironde, a revendiqué l’abrogation de la loi anti-casseurs, en fait une loi anti-manifestants. Dans sa résolution générale, le congrès condamne le cours autoritaire pris par le gouvernement à l’occasion des manifestations contre la jeunesse, les gilets jaunes et les manifestants du 1er mai. Il dénonce la loi liberticide anti-manifestants dite anti-casseur et avec la confédération en demande l’abrogation.

Plus globalement, le congrès appelle tous les militants à la résistance face aux politiques ultralibérales et d’austérité.

XXIIIe Congrès Fédéral National FOCom 2019

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