FerroPem : FO obtient la levée du PSE sur le site de Clavaux

InFO militante par Elie Hiesse, L'Info Militante

Le groupe Ferroglobe, spécialiste du silicium, a annoncé le 15 novembre la levée du plan social concernant les 131 emplois du site FerroPem des Clavaux (Isère). 25 postes vont y être créés. Le revirement patronal consacre la stratégie de FO, majoritaire, qui a convaincu les salariés de poursuivre le travail pour démontrer la rentabilité du site. Mais le combat continue pour défendre les 221 emplois de l’usine de Château-Feuillet (Savoie).

Depuis que le groupe hispano-américain Ferroglobe, spécialiste mondial du silicium, a annoncé le 15 novembre qu’il levait le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) en cours de négociation à l’usine FerroPem située dans le village de Livet-et-Gavet (1300 habitants) en Isère, Mourad Moussaoui ne sait comment, précisément, qualifier l’état d’esprit des salariés. Les mots se bousculent. Les salariés sont soulagés, apaisés, délivrés, après avoir vécu pendant huit mois, chaque jour, sous la menace d’un licenciement !, se réjouit le délégué central FO de FerroPem, filiale française de Ferroglobe. Tous mesurent combien il est exceptionnel qu’une usine menacée de disparition en réchappe, complètement. La totalité des 131 postes (129 sont actuellement pourvus) du site industriel des Clavaux est conservée.

La vallée de la Romanche conserve son dernier site industriel

Au-delà de l’usine, c’est toute la vallée de la Romanche qui revit : l’usine construite il y a 124 ans dans l’ancien berceau hydroélectrique de la vallée, y est la dernière industrie. Ce ne sont pas seulement 129 familles qui sont sauvées de la catastrophe, mais aussi la centaine d’emplois directs induits par l’activité du site. Sans compter les emplois indirects, rappelle le DSC de FO FerroPem, ici première organisation, forte de 87 % des voix aux dernières élections.

Si l’annonce consacre le maintien d’un des six sites français de fabrication de silicium (élément indispensable aux filières aéronautique, électronique, automobile et production classée parmi celles stratégiques pour la France), la victoire n’est que partielle. Lors du comité social et économique central (CSE-C) extraordinaire du 15 novembre de sa filiale française, Ferroglobe a confirmé la cessation d’activité de l’usine savoyarde de Château-Feuillet, dans la vallée de la Tarentaise, qui emploie 221 salariés.

Les négociations concernant le PSE, entamées en avril dernier, vont reprendre. Elles devraient se poursuivre jusqu’à fin décembre. Il reste quatre réunions à mener, précise le DSC FO, qui défend le zéro licenciement via notamment l’élargissement des mesures de retraite anticipée pour pénibilité.

Le groupe a promis des mesures sociales de qualité et s’engage à s’investir pour trouver des solutions pour le territoire. Mais il a déjà annoncé le transfert d’une ligne de production du site savoyard - celle de CaSi, un dérivé du silicium - vers celui des Clavaux, avec 25 emplois à la clé.

La direction a fait l’erreur stratégique de nous priver d’ingénieurs

Pour expliquer son revirement sur Les Clavaux, Ferroglobe invoque, dans un communiqué, le soutien de l’État français et (…) un nouveau contrat commercial conclu avec un de ses principaux clients. Il faut dire que le contexte a changé. Alors que le groupe avait, en mars dernier, motivé sa décision de fermeture par un défaut de compétitivité des deux sites, dans un contexte de chute de la demande de 25 % et des cours du silicium de 30 % depuis le début 2018 en raison de la concurrence des producteurs chinois, les cours sont repartis à la hausse. Et le silicium chinois a perdu de son attrait pour les clients européens, du fait des difficultés accrues d’acheminement.

Quant à l’État, il avait proposé des subventions de plusieurs dizaines de millions d’euros pour faire revenir Ferroglobe sur sa décision de fermer les deux sites mais a essuyé un refus de maintien du site de Château-Feuillet (Savoie).

Au final, il fournira une avance de 15 millions d’euros pour les usines Ferropem (sur l’aide relative au mécanisme de compensation des coûts indirects du carbone, habituellement versée l’année n+1), au titre de leur qualité d’entreprises électro-intensives, c’est-à-dire très consommatrices en énergie. Une aide qu’il a conditionnée à des investissements d’efficacité énergétique de Ferroglobe sur ses sites français, gage d’amélioration de la compétitivité.

Mais sans le combat de FO, pour démontrer le potentiel de l’usine des Clavaux et les savoir-faire de ses salariés, rien n’aurait été possible. On savait que le prétendu défaut de compétitivité, invoqué par la direction pour justifier la fermeture, n’était pas fondé. La direction a fait l’erreur stratégique de nous priver d’ingénieurs. Après, il est facile de décréter que l’usine n’est plus rentable et d’en faire payer le prix aux salariés ! Notre cas n’est pas isolé, martèle Mourad Moussaoui.

La stratégie de FO et la détermination des salariés ont payé

Sauf qu’aux Clavaux, FO a réussi à obtenir, au printemps dernier, l’arrivée d’un ingénieur qui a rapidement amélioré le processus de production. En cinq mois, le coût de fabrication de la tonne de silicium a baissé de 22 %, rappelle le militant. Améliorer la conduite technique de nos deux fours à électrodes est très vite payant. Ces fours dépensent, par an, l’équivalent de la consommation en électricité de la ville de Grenoble, précise Mourad Moussaoui. En appui de cette stratégie, le syndicat majoritaire a convaincu les salariés de poursuivre le travail, malgré le coup de massue qu’a été l’annonce de fermeture.

Quand j’ai vu ce qu’on améliorait quand on nous en donne les moyens, je me suis dit qu’il fallait tout de suite se remettre au travail. Oui, on aurait pu faire grève, casser l’outil, mais cela aurait donné raison à ceux qui analysaient mal la situation. Il fallait, au contraire, leur prouver qu’ils avaient tort, leur démontrer la rentabilité du site avec des résultats à l’appui. On est entré en résistance par le travail. Le pari était risqué mais la stratégie de FO et la détermination des salariés ont payé. L’histoire nous donne raison, explique le DSC FO, qui salue la mobilisation exceptionnelle des ouvriers pendant ces huit mois d’incertitudes.

Nouvelle manifestation pour remercier les soutiens

Malgré l’épée de Damoclès des licenciements, il n’y a eu aucune grève ni arrêt de la production sur le site des Clavaux. On a pris tout le monde à contrepied, en continuant à travailler : la direction générale France, notre client historique qui s’était désengagé en 2020 et a finalement re-signé un contrat pluri-annuel, le gouvernement, commente Mourad Moussaoui, pour qui l’attitude responsable des salariés a été déterminante dans le sauvetage de l’usine. Il pronostique même une hausse de la production de silicium à court terme. On voit frapper à notre porte de potentiels nouveaux clients, qui s’approvisionnaient en Chine. Une usine où il y a la paix sociale, ça rassure, souligne le militant FO.

Cela n’a pas empêché les manifestations pacifiques des salariés : pas moins de sept, au total, sur huit mois dont la dernière, début octobre, en présence d’Yves Veyrier.

Une nouvelle manifestation est déjà prévue prochainement devant l’usine centenaire, pour remercier tous ceux, habitants, anciens des Clavaux, élus qui nous ont soutenus. On le leur doit, explique Mourad Moussaoui.

Elie Hiesse Journaliste à L’inFO militante

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