Nucléaire

Fessenheim : rien n’est encore joué

, Evelyne Salamero

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Centrale nucléaire de Fessenheim, Haut-Rhin, Alsace. Par Florival fr derivative work : César (CC BY-SA 3.0)

Alors que les salariés étaient en grève à plus de 75% lundi et mardi à l’appel de FO et de toutes les autres organisations syndicales (CGT, CGC, CFDT), le Conseil d’administration d’EDF d’hier n’a pas scellé le sort de la centrale, contrairement à ce que la ministre de l’Energie laissait entendre ce matin.

François Hollande s’y était engagé auprès des Verts dans le cadre de la campagne pour l’élection présidentielle de 2012 : Fessenheim fermerait avant la fin de son mandat.

C’est raté et aujourd’hui le gouvernement cherche, aussi, dans cette affaire, à saveur la face, ce qui n’est pas non plus gagné.

Le conseil d’administration du 24 janvier n’a pas décidé la fermeture

Certes, un accord a été adopté hier mardi 24 janvier (de justesse) sur l’indemnisation que l’État devrait verser à EDF pour le démantèlement de la centrale de Fessenheim.

Mais en revanche, la question de l’autorisation officielle nécessaire à sa fermeture, pourtant inscrite à l’ordre du jour, n’a finalement pas été examinée. Il faudra pour cela attendre un prochain conseil d’administration, dont la date n’a pas été fixée.

La procédure obligatoire avant toute fermeture de centrale nucléaire est en effet la suivante : EDF doit, après un vote majoritaire de son Conseil d’administration en ce sens, déposer une demande d’abrogation d’autorisation d’exploitation de la centrale, à laquelle le gouvernement répond par décret.

L’accord financier avalisé hier prévoit que l’État versera à EDF une indemnisation de 446 millions d’euros au moins, dont un premier versement d’environ 100 millions d’euros lors de l’arrêt de la centrale. Le solde sera constitué d’une part fixe et d’une part variable en fonction d’un éventuel manque à gagner pour EDF jusqu’en 2041.

L’accord a été validé sur le fil du rasoir avec six voix pour et six voix contre, mais parmi les « pour » figurait celle du P-DG d’EDF qui compte double quand il est nécessaire de départager les votes. Les six représentants de l’État (actionnaire à 85,6% d’EDF) n’ont pas pris part au vote pour ne pas se retrouver en situation de conflit d’intérêts.

Les six représentants des salariés ont logiquement voté contre, après l’envoi d’une lettre ouverte par l’ensemble des élus du comité d’établissement aux administrateurs le 20 janvier, qui dénonçait : l’indemnité proposée pour la fermeture anticipée du site de Fessenheim ne couvre en aucun cas le préjudice subi par l’entreprise.

Pourquoi EDF a-t-elle accepté une compensation financière insuffisante ?

Elle l’a fait en échange d’un allongement du délai que lui a donné l’État pour finir les travaux permettant la mise en route de l’EPR de Flamanville. Le délai arrivait à échéance en avril prochain, alors que, du fait de retards sur le chantier, le réacteur de 3e génération ne pourra pas démarrer avant fin 2018. Le gouvernement est également revenu sur sa menace de ne pas autoriser EDF à redémarrer le réacteur n°2 de la centrale de Paluel en Seine-Maritime à l’arrêt depuis mai 2015. La loi de transition énergétique prévoit en effet qu’un réacteur à l’arrêt depuis plus de deux ans le soit définitivement.

FO a condamné l’attitude scandaleuse de Mme Royal qui a exercé un chantage indigne de ses fonctions sur EDF […] en la menaçant de représailles si le CA ne votait pas selon ses souhaits.

2 200 emplois rayés de la carte alors que la centrale est en état de marche

Mais, l’insuffisance de l’enveloppe financière allouée par l’État à EDF pour le démantèlement de Fessenheim n’est pas la seule raison de l’opposition catégorique des organisations syndicales à cette fermeture.

L’argument avancé pour justifier l’arrêt de Fessenheim est son âge. La plus ancienne des centrales françaises a quarante ans. Mais en réalité, aucun critère scientifique n’impose que les centrales soient mises à l’arrêt à cet âge-là. D’autres pays ont plus d’une fois prolongé la durée de vie des leurs de vingt ans, soit jusqu’à 60 ans. En réalité Fessenheim est en état de marche, assure l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) elle-même, pourtant réputée pour être bien plus sévère que ses homologues à l’étranger. La question est en réalité celle des moyens que l’on se donne pour maintenir le parc nucléaire en bon état et donc des investissements que l’État est prêt à réaliser.

Pour l’heure, alors que rien ne justifie la fermeture de Fessenheim du point de vue de la sûreté nucléaire et de la protection de l’environnement, son arrêt entraînerait la disparition de 2 200 emplois, dont environ la moitié chez les fournisseurs et les entreprises sous-traitantes.

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Evelyne Salamero

Journaliste - Rubrique internationale

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