Feuilleton Bouygues-Orange : un mariage sur le fil

Télécommunications par Evelyne Salamero, journaliste L’inFO militante

Annoncé début janvier et prévu à l’origine pour la mi-février, le rachat de Bouygues Telecom par Orange n’est toujours pas finalisé et rien ne transparaît vraiment des négociations en cours. Face aux risques de casse sociale, la fédération FO Com est sur le qui-vive.

En contrepartie du rachat de sa filiale Bouygues Telecom par Orange (ex France Telecom), le groupe Bouygues entrerait au capital de l’opérateur historique. A hauteur de combien ? Telle est la question qui semble être au cœur des tractations placées sous la surveillance de l’Autorité de la concurrence. Cette dernière devra en effet donner sa bénédiction finale pour que le mariage puisse être consommé.

La complexité d’un mariage... à cinq

L’affaire ressemble davantage à un numéro qu’équilibrisme. Le 24 février, Martin Bouygues a déclaré attendre une participation dans Orange comprise entre 10 et 15%. Mais dès le lendemain, ce 25 février, un porte-parole du groupe a précisé à l’ AFP que Bouygues visait bien 15% de participation au final. De son côté, l’État souhaiterait qu’elle ne dépasse pas 10%, selon des informations parues dans la presse depuis la mi-janvier. Il est pour l’instant l’actionnaire de référence, avec 23% des parts, et voudrait le rester en ne descendant pas en deçà de 20%.

Autre problème : pour que l’opération soit validée par l’Autorité de la concurrence, Orange devrait se défaire de certaines activités de Bouygues Telecom (réseau, fréquences, boutiques, bases clients…) en les vendant aux concurrents SFR-Numericable et Free qui entrent donc dans la négociation.

Le rachat de Bouygues Telecom par Orange fait planer une menace sur l’avenir des salariés, notamment ceux des boutiques. ©cDenis ALLARD/REA

« Le mariage annoncé entre Orange et Bouygues Telecom est en fait un ménage à 5 en comptant l’État », résumait la fédération FO Com le 15 février, expliquant : « Et parmi les difficultés, figure l’entêtement dogmatique des autorités de régulation ultra libérales, tant européenne que française, à maintenir coûte que coûte l’hyper concurrence entre opérateurs ».

Pour FO, l’État doit rester prédominant chez l’opérateur historique qui ne doit pas sortir affaibli de l’opération.

FO s’oppose à toute casse sociale

FO Com rappelle également aux pouvoirs publics leur engagement à éviter toute casse sociale. Et si le P-DG d’Orange, Stéphane Richard, a assuré de son côté qu’« Orange ne s’engagera jamais dans une opération qui ne soit pas socialement irréprochable », la fédération FO Com a, d’ores et déjà, averti qu’elle « saura lui rappeler cet engagement ».

Elle a demandé à la direction « toutes les garanties nécessaires pour que cette possible acquisition se fasse dans le respect des salariés des deux entreprises qui ne devront pas payer le coût de cette acquisition mais au contraire en tirer tous les avantages. »

Au moins 3 000 salariés directement concernés

Mais, pour l’instant, les salariés sont face à l’inconnu. Le plus gros risque pèserait sur les quelque 600 boutiques filialisées de Bouygues Telecom qui vont venir s’ajouter aux milliers de boutiques d’Orange. Un peu plus de 2000 employés y travaillent, salariés de Bouygues Telecom, plus particulièrement de sa filiale à 100%, Réseau Clubs Bouygues Télécom.

Quid également de l’avenir des 1 200 employés des centres d’appels de Bouygues Telecom ?

Et que deviendraient les 850 emplois de l’activité « Entreprises » ?

Personne ne sait non plus à l’heure ce qu’il adviendrait du réseau 4G. Sera-t-il bradé à Free ? Ou à SFR ? Cela concerne environ 250 salariés.

Pour FO Com, le mariage Bouygues Telecom-Orange, s’il se réalise, devrait être l’occasion de procéder aux embauches nécessaires, qu’elle revendique depuis longtemps, pour enrayer la dégradation des conditions de travail.

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