Congrés d’UD

Finistère : Marc Hébert passe le témoin à Nadine Hourmant

, Valérie Forgeront

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Photographies : UD FO 29

Le 23e congrès de l’Union départementale FO du Finistère s’est tenu à Brest le 9 juin sous la présidence du secrétaire confédéral Frédéric Souillot.

En présence de 260 délégués FO représentants les syndicats du département (une centaine), le congrès a insisté —dans sa résolution générale et à travers une motion adressée aux structures et instances de la Confédération— sur l’impérieuse nécessité d’obtenir une abrogation de la loi Travail.

Cette loi a été aussi le fil conducteur des dix-huit interventions de délégués qui à la tribune ont souligné leurs préoccupations vis-à-vis de la situation de l’emploi et des conditions de travail dans les entreprises du Finistère.

Hommage à l’équipe

Ce 23e congrès avait aussi un goût d’émotion puisque le secrétaire général de l’UD, Marc Hébert à la tête de la structure depuis 1991 ne souhaitait pas, à 64 ans, renouveler son mandat. Le congrès a rendu affectueusement hommage à son travail et plus largement à toute l’équipe de l’UD à travers l’octroi symbolique et amical de 28 médailles du travail décernées à des salariés ou syndicats qui ont beaucoup œuvré pour FO. Le congrès a notamment décerné une médaille au syndicat des abattoirs Gad qui a vécu une douloureuse fermeture de site en 2013.

Par le départ de Marc Hébert, ce congrès a donc été l’occasion d’un passage de témoin à une nouvelle secrétaire générale. Nadine Hourmant, 45 ans, n’est toutefois pas une inconnue puisqu’elle était secrétaire générale adjointe de l’UD depuis 2010.

La militante est aussi devenue bien malgré elle au fil des années une figure médiatique. Elle est en effet la déléguée syndicale centrale de l’entreprise Doux (volailler). Celle qui en 2012 a symbolisé la lutte syndicale de FO dans cette entreprise de Chateaulin contre une vague de suppressions d’emplois (1 010 emplois supprimés en 2012).

Cinq ans après cette catastrophe sur l’emploi, l’inquiétude est encore de mise pour l’emploi indique la nouvelle secrétaire générale de l’UD. L’entreprise est en grand danger. Elle comptait 13 000 salariés en 2000. Actuellement 1 100 seulement. Rachetée en mars 2016 par la coopérative agricole Terrena (où FO est deuxième) de Loire-Atlantique, Doux perd de l’argent. Alors que Doux a perdu 30 millions d’euros en 2016, la Direction attend un retour, concrètement une aide des pouvoirs publics pour estimer s’il est possible de sauver ce seul volailler qui travaille à l’export.

Doux n’est pas dans le Finistère le seul cas qui inquiète au plan de l’avenir des emplois. Or déjà ces dernières années, le département a subi de gros sinistres rappelle Nadine Hourmant. Perte de 889 emplois chez Gad en 2013, perte de plus d’un millier d’emplois chez Doux, perte de 200 emplois chez Marine-Arvest… Avec plus de deux mille emplois supprimés, le secteur de l’agro-alimentaire a subi une période catastrophique.

Poursuivre le travail de terrain

Le sinistre a été si important que cela a impacté la représentativité syndicale explique Nadine Hourmant soulignant que FO (troisième organisation dans le département) était majoritaire dans ces entreprises. Depuis indique la militante, l’UD a effectué un gros travail de terrain dans le secteur agro-alimentaire.

Si l’union départementale se réjouit d’avoir enregistrée dans tous les secteurs professionnels de nombreuses créations de syndicats et sections au cours du dernier mandat, elle se réjouit particulièrement de la création de syndicats FO dans le secteur agro-alimentaire.

Quelques jours après le congrès, le 13 juin, nous avons appris la création d’une section FO chez Kristen (produits élaborés/saumon). Ce sont des militants de la CGT qui passent à FO. La nouvelle secrétaire générale cite encore la création d’un syndicat FO chez Tilly (transformation de poulets) ou encore chez Sabco (fabrication de saucisses et export).

Dans cette entreprise des militants CFDT et CGT viennent chez nous. Toutes ces créations constituent une reconnaissance du travail de terrain réalisé par l’UD insiste Nadine Hourmant précisant que l’UD FO du Finistère est la plus importante au niveau du nombre de timbres syndicaux.

D’autres secteurs professionnels ont été évoqués avec inquiétude par les délégués du congrès. Les salariés du secteur de l’aide à domicile connaissent des conditions de travail difficile. FO apporte son soutien et ses conseils notamment juridiques à ces salariés et s’est énormément développé dans les entreprises du secteur.

La situation de la fonction publique et de ses emplois inquiète elle aussi l’UD-FO notamment par le projet de milliers de suppressions d’emplois avancé par le président de la République lorsqu’il n’était encore que candidat. La fonction publique n’est pas une charge, c’est un service. Et que l’on soit issu du public ou du privé, on est tous des salariés et il faut défendre les services publics indique Nadine Hourmand.

 


Interview

Nadine Hourmant, 45 ans, syndiquée à FO depuis 2004, déléguée syndicale centrale chez le volailler Doux et nouvelle secrétaire générale de l’UD FO du Finistère : le combat syndical est un travail d’équipe et d’une grande richesse.

Quelle a été ta motivation pour te présenter à ce mandat de secrétaire générale ?

Cela n’a pas été une question de motivation mais plutôt la volonté d’affirmer mes valeurs, mes engagements à défendre les salariés. Lutter contre les injustices, je porte cela en moi depuis longtemps.

Qu’as-tu appris du combat syndical mené chez Doux ?

J’en ai beaucoup appris sur moi ! J’ai appris que l’on a tous une force en nous, une capacité à combattre mais aussi à négocier. Cela m’a demandé beaucoup d’efforts. J’ai dû remettre le nez dans les cahiers et j’ai heureusement aussi reçu l’aide pointue du service juridique de l’UD.
J’ai pu constater que je n’étais pas seule dans ce combat pour les emplois. C’est un travail d’équipe. J’avais une totale liberté d’action, de parole et j’avais aussi tout le soutien de l’UD et de ma fédération.
Le travail d’équipe pour lutter pour les emplois de Doux s’est traduit aussi par la venue sur le site de salariés de chez Gad ou encore d’agents de la fonction publique. Ce combat a été humainement d’une très grande richesse.
Plus largement tout combat syndical est d’une grande richesse si l’on ne trahit pas son mandat et si l’on ne se considère pas comme le copain du patron. Il faut toujours se souvenir d’où l’on vient.


Quel (s) axe (s) d’actions syndicales souhaites-tu mettre en place dans le Finistère ?

Il faut développer davantage encore la présence de FO dans les secteurs professionnels. Il faut aller sur le terrain, faire remonter la parole des salariés, leurs demandes, leurs besoins. La légitimité de parole vient du terrain, pas de ceux qui décident en restant dans les bureaux.
Je souhaiterais que l’on puisse développer les unions locales. On en compte six actuellement dans le Finistère. Il faut augmenter le nombre de permanences, la présence de militants, créer de la proximité avec les salariés, être capable d’être réactif lorsqu’il en est besoin.
Je souhaiterais aussi que l’on mette l’accent sur la formation des délégués. Il faut qu’ils soient tous en mesure de pouvoir répondre aux attaques contre les salariés. Notamment aux attaques de la loi Travail… Former les délégués permet aussi de les protéger contre les pressions qu’ils subissent sur le terrain lors de négociations avec un patron par exemple.