Fleury-Michon : la fermeture d’une usine bretonne suscite l’inquiétude

InFO militante par Fanny Darcillon, L’Info Militante

© Jean-Claude MOSCHETTI/REA

Plus de cent salariés risquent d’être licenciés d’ici l’été du fait de la fermeture d’un site de charcuteries cuisinées. Les élus FO restent vigilants pour que la déroute ne se reproduise pas dans d’autres usines du groupe Fleury-Michon.

Coup dur à Plélan-le-Grand (Ille-et-Vilaine) : l’usine de charcuteries cuisinées appartenant au groupe Fleury-Michon, qui cherchait depuis quatre mois un repreneur, fait désormais l’objet d’un projet de fermeture d’ici à l’été. Si l’activité doit se poursuivre au moins trois mois, le temps que soit mis en place le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE), 104 emplois sont menacés – dont 101 CDI.

Depuis octobre, huit repreneurs se sont déplacés et ont pris des informations, dont deux qui étaient en position favorable, expose Michel Castro, délégué syndical central pour le groupe Fleury-Michon, où FO a recueilli 15% des voix aux dernières élections professionnelles. Aucune offre d’achat n’a été jugée suffisamment précise sur les plans social et financier par la direction. L’usine, décentrée de la majorité de la production du groupe agroalimentaire installé en Vendée, était jugée fragile par la direction depuis plusieurs années. On perdait pas mal d’argent sur ce site, rapporte Michel Castro. Les volumes baissaient constamment, tandis que les prix des matières premières augmentaient.

La direction a notamment fait valoir une conjoncture compliquée pour expliquer ce projet de fermeture : diminution de la consommation de charcuterie en France, guerre en Ukraine, augmentation des prix de l’énergie et du porc, mais aussi la grippe aviaire. Certains produits fabriqués sur le site, spécialisé dans la transformation en jambon et rôtis et en salaison de canard, devraient être transférés dans d’autres usines du groupe agroalimentaire, notamment en Vendée où se trouve la majorité de la production de Fleury-Michon.

Des reclassements difficiles à envisager

Les salariés pourront-ils suivre leur production ? Des propositions de postes devraient être ouvertes dans les usines vendéennes… soit à plus de 200 kilomètres de là. Quand on a un salaire d’ouvrier, la mobilité professionnelle est toujours plus compliquée, rappelle Richard Roze, secrétaire fédéral en charge des industries de la viande et de la charcuterie à la FGTA-FO. Pour 1 500 ou 1 700 euros par mois, on est moins motivé pour se déraciner. Et ce d’autant plus qu’une proportion non négligeable des salariés a entre 50 et 55 ans.

La priorité de FO est désormais d’obtenir le meilleur accompagnement possible pour les salariés concernés ce qui signifie notamment des reclassements au sein du groupe ou un nouvel emploi dans la région de Plélan. Il s’agit aussi d’obtenir pour les salariés des contreparties financières à la hauteur de la santé du groupe : Fleury-Michon –qui emploie près de 3 500 personnes sur 14 sites de production– affichait en 2021 un chiffre d’affaires consolidé de 705 millions d’euros.

Enquête du CSE

Si les militants FO reconnaissent que le contexte économique a pu jouer contre le destin de l’usine, un certain malaise persiste. On se pose quand même la question de savoir comment on a pu en arriver là, pointe Michel Castro. Pourquoi des signaux d’alerte n’ont pas été vus beaucoup plus tôt, afin de nous permettre de réagir ?

Dans cette optique, le CSE de Fleury-Michon a demandé à un expert-comptable d’approfondir les recherches sur les points critiques qui auraient pu alerter la direction et les représentants du personnel. Afin qu’on ne se retrouve pas dans la même situation pour d’autres sites, souligne Michel Castro, qui reconnaît une certaine inquiétude ambiante depuis l’annonce du PSE. On sera très attentif, acquiesce Richard Roze. Mais à date, nous n’avons pas eu écho d’autres fermetures possibles. Malgré la baisse constante du marché de la charcuterie depuis plusieurs années, Fleury-Michon reste un fleuron de la charcuterie industrielle.

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