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FO pousse Ryanair à respecter la loi

InFO militante par Fanny Darcillon, L’Info Militante

© Clara Margais/ZUMA Press/ZUMA/REA

A la suite de négociations menées par le SNPNC-FO, un accord a été signé en octobre, prévoyant la mise en conformité de la compagnie avec le Code du travail pour ses salariés sous contrat français.

C’est un combat de très longue haleine qui vient de trouver une première issue victorieuse : le Syndicat national FO du personnel navigant commercial (SNPNC-FO), seule organisation représentative des stewards et hôtesses de l’air chez Ryanair, a forcé la compagnie aérienne emblématique du système low cost à se mettre en conformité avec le droit français pour ses salariés sous contrat tricolore, soit environ 200 personnes. Nous nous battions depuis avril 2019 pour que Ryanair respecte le Code du travail, raconte Damien Mourgues, délégué SNPNC-FO.

Au printemps dernier, un épisode symbolique a porté l’exaspération des salariés à son comble et déclenché une série de cinq grèves entre avril et juin. Deux hôtesses avaient été mises à pied par la compagnie pour avoir consommé une cannette de soda en vol sans avoir eu le temps de la payer. A ce moment-là, la colère remonte à la surface : les heures supplémentaires non ou mal payées, le nombre limité de congés, le délai de prévenance rarement respecté pour une modification de vol. On s’est dit : c’est qui les voleurs ?, s’insurge Damien Mourgues. Les deux hôtesses ont finalement été immédiatement réintégrées, mais le mécontentement ne s’est pas tu pour autant. Après avoir obtenu, à la suite de cet épisode, que deux litres d’eau soient mis à la disposition de chaque personnel en vol, les salariés n’entendaient pas s’arrêter là.

200 à 300 euros supplémentaires sur les fiches de paye

On est parti de deux cannettes de Coca pour arriver à la signature d’un accord, résume Stéphane Salmon, secrétaire général adjoint du SNPNC-FO. A la clé : un juste paiement des heures supplémentaires, très importantes pour les personnels navigants, un juste paiement des jours de congés, jusqu’à présent au forfait et désormais calculés selon la règle du 10e. Mais aussi , trois jours de congés supplémentaires par an et des frais de bouche de 9,30 euros par jour travaillé. L’ensemble de ces changements représentera à terme 200 à 300 euros supplémentaires chaque mois sur les fiches de paye.

S’il se réjouit de ces avancées, Stéphane Salmon souligne que la victoire durement négociée ne cache rien d’extraordinaire : Il s’agit juste d’appliquer la loi. S’ajoute une revalorisation salariale obtenue pour les salaires les plus modestes, qui stagnaient jusqu’alors au Smic.

Ce n’est pas Byzance mais Ryanair est connue pour être très difficile à la négociation, pointe Damien Mourgues. On a passé l’été à recevoir des propositions même pas légales de la direction, et à les refuser. Avez Ryanair il faut tenir bon, ils essayent de vous avoir à l’usure. Les militants ne s’expliquent d’ailleurs pas que la direction ait fini par accéder à une partie de leurs demandes à ce moment-là plutôt qu’un autre.

D’après le délégué SNPNC, une trentaine de salariés de Ryanair sont actuellement en procédure aux Prud’hommes contre leur employeur, notamment pour obtenir le paiement des heures supplémentaires. Les représentants FO restent très vigilants pour les mois à venir, Ryanair s’étant déjà illustré dans l’application tardive des accords.

Abandon des pouvoirs publics

Si la compagnie a fait un pas important vers la légalité, de nombreux points de tension subsistent. On n’a rien pu obtenir pour l’instant pour tout ce qui touche au business model de Ryanair, déplore Damien Mourgues. Il n’y a pas vraiment de vie privée pour les salariés, la compagnie peut modifier les vols dans un très court délai. Le non-respect du délai de prévenance met donc sérieusement à mal le droit à la déconnexion des salariés. Cette organisation est très contraignante au quotidien pour les hôtesses et les stewards, et c’est difficile de la conjuguer avec une vie sociale normale, notamment avec des enfants, appuie Stéphane Salmon.

Confrontés à un dialogue social très compliqué au sein de la compagnie, les militants gardent une forte amertume à l’égard des pouvoirs publics. On ne remercie par le ministre des Transports ni la Direction générale de l’aviation civile, tacle Damien Mourgues. On a été complètement abandonné, on peut même parler de complaisance, et ce n’est pas faute d’avoir fait remonter les problèmes ! Seule l’Inspection du travail de Bordeaux – l’une des bases de Ryanair en France avec Marseille, Toulouse et Beauvais – a jusqu’à présent prêté main forte aux salariés dans la défense de leurs droits légaux.

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