FO redoute une dilution de la parole des acteurs sociaux

Le groupe FO au CESE par Clarisse Josselin, L’Info Militante

Article publié dans le cadre de la campagne Le groupe FO au CESE
© F. Blanc

Prendre toute sa place au CESE c’est, pour la confédération FO, l’un des principaux enjeux de cette nouvelle mandature. Pour ce faire, Béatrice Clicq, secrétaire confédérale chargée de l’égalité et du développement durable et nouvelle présidente du groupe FO au CESE, a la volonté de travailler en réseau avec le bureau confédéral, les secteurs et les fédérations. Elle entend aussi développer les liens avec le CESE européen et les CESER en région, soulignant qu’aujourd’hui chacun est un peu isolé.

Autre enjeu, se battre pour que les travaux du CESE restent orientés sur les questions économiques et sociales et ne soient pas trop noyés dans les préoccupations environnementales, compétence attribuée au CESE en 2008.  Les questions environnementales sont importantes, mais elles ne peuvent pas être pensées en dehors et au détriment des questions économiques et sociales, indique Abdallah Moussaoui, attaché du groupe FO au CESE.

La confédération FO ne se réjouit pas non plus de l’institutionnalisation de la participation citoyenne au sein de l’assemblée. L’élargissement du CESE à la participation citoyenne ne doit pas entraîner une dilution de la parole syndicale. Dès que Nicolas Sarkozy avait introduit la possibilité de saisine du CESE par pétition en 2008, FO avait émis une réserve.

Le 18 mai dernier, Yves Veyrier, secrétaire général de FO, a une nouvelle fois fait part à l’AFP de son scepticisme vis-à-vis de la démocratie dite participative, et s’est dit attaché à un CESE qui conserve son rôle consultatif appuyé sur l’expression libre des organisations qui le composent, dont les organisations patronales et syndicales.

Béatrice Clicq pointe aussi le risque que les pétitions citoyennes traitent de sujets ne relevant pas de la compétence des interlocuteurs sociaux. La première pétition reçue par le CESE concernait le mariage pour tous, rappelle-t-elle. Ce n’est pas un sujet syndical, même si nous avons un rôle à jouer pour nous assurer que ces salariés ont les mêmes droits que les autres en entreprise.

Des citoyens tirés au sort ne représentent pas le peuple

Le danger n’est pas seulement celui d’un déséquilibre de représentativité. Jamais le risque d’une instrumentalisation politique du CESE n’a été aussi grand qu’aujourd’hui, estime Serge Legagnoa, secrétaire confédéral FO et président du groupe FO lors de la précédente mandature au CESE. Selon lui, la réforme pourrait mettre à mal la prérogative première du conseil : conseiller le gouvernement et le Parlement par des avis consultatifs, élaborés au-delà des divergences entre organisations syndicales, d’employeurs et monde associatif, dans une perspective d’intérêt général.

Pour FO, qui croit à la démocratie représentative et au mandat, quelques citoyens tirés au sort ne représentent pas le peuple mais seulement eux-mêmes, contrairement aux personnes mandatées. Quant au tirage au sort, il ne garantit nullement que les citoyens sélectionnés soient en mesure de produire un avis apte à éclairer la décision publique. Enfin, l’expression citoyenne peut être dévoyée.

Face à des lobbyistes, on n’a plus la parole citoyenne, estime Abdallah Moussaoui. Ces personnes tirées au sort sont encadrées par des cabinets spécialisés qui retravaillent leur parole. Contrairement à ce qu’on nous présente, ce n’est pas de la démocratie directe mais de la démocratie intermédiée par des professionnels, donc filtrée selon des enjeux qui nous échappent, avec des risques d’instrumentalisation difficilement maîtrisables.

Clarisse Josselin Journaliste à L’inFO militante

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