Agroalimentaire

FO soulagée par une offre de reprise française pour le volailler Doux

, Clarisse Josselin

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© Denis ALLARD / REA

Terrena va demander le 3 avril la mise en liquidation de Doux, qui emploie 1 187 salariés. Deux offres de reprise ont été déposées. L’une d’elle, portée par un consortium incluant le groupe sarthois LDC, promet de conserver 920 salariés et de proposer des reclassements pour les autres.

Le spectre d’un lourd plan social semble s’éloigner pour les salariés de Doux, qui avaient déjà subi la suppression d’un millier d’emplois en 2012. Le groupe Terrena, actionnaire principal du volailler depuis 2016, va demander le 3 avril le placement de l’entreprise en liquidation judiciaire au tribunal administratif de Rennes. Le groupe, plombé notamment par la concurrence brésilienne sur le marché du poulet congelé à l’export, perd plus de 35 millions d’euros par mois. La justice doit se prononcer dès le lendemain 4 avril, dans le cadre d’une procédure accélérée (cession prépack).

Deux offres de reprise du volailler ont été déposées le 28 mars. Le mieux disant socialement est le consortium formé par le groupe LDC (poulets de Loué), le saoudien Al-Munajem (premier client de Doux), Terrena (principal actionnaire de l’enseigne) et la société Les volaille de Plouray. Ce projet reprendrait 920 emplois et proposerait 418 offres de reclassement pour les autres salariés. Pour le syndicat FO, c’est le soulagement.

Une nouvelle usine de découpe à Châteaulin en 2020

Dans le détail, le groupe LDC reprendrait le site de produits élaborés de Quimper (168 salariés) ainsi que le site industriel de Châteaulin, où il conserverait 111 salariés. Une nouvelle usine de découpe de poulets haut-de-gamme y serait construite pour 2020 et emploierait à terme de 250 salariés. Le groupe Al Munajem reprendrait de son côté l’activité de poulets congelés à l’export pour le Moyen-Orient, et conserverait 347 salariés. L’usine de Plouray et 68 de ses salariés seraient repris par Les Volailles de Plouray. En revanche la fermeture du site de Chantonnay en Vendée est confirmée. Des postes seraient également supprimés au siège, à Châteaulin. Pour les salariés non repris, le consortium s’engage à proposer des postes de reclassement.

Quant à la seconde offre, l’Ukrainien MHP ne conserverait dans l’immédiat que 285 postes. S’ajouteraient 430 postes en 2020 après la construction d’une nouvelle usine à Châteaulin. Outre la casse sociale, Nadine Hourmant, déléguée centrale FO, craint que l’industriel ne soit intéressé que par la marque Doux, numéro 1 des ventes au Moyen-Orient, et délocalise la production de poulets congelés en Ukraine, à bas coût, et sans les mêmes normes sanitaires qu’en France. Elle redoute également une dénonciation de tous les accords. Pour FO, cette dernière offre vise à envahir le marché français en procédant à un dumping social généralisé qui va déstabiliser la filière, estime de son côté la FGTA-FO.

La FGTA-FO reste prudente

La justice devrait désigner le repreneur mi-mai, selon la FGTA-FO. Nous soutenons l’offre LDC qui semble offrir de bonnes garanties, le groupe compte plus de 17 000 salariés, explique Didier Pieux, secrétaire fédéral à la FGTA-FO. Le consortium propose un plan de reprise pour l’activité, la majorité des emplois et offre des perspectives d’évolution pour assurer la pérennité des sites. En 2012 déjà, LDC avait repris un site Doux à Laval. Il n’y a eu aucun licenciement, ils ont investi et ils recrutent aujourd’hui. Il reste néanmoins prudent et se méfie des effets d’annonce. Si la fédération FO donne un avis favorable à cette offre et si celle-ci est validée par le tribunal, la FGTA-FO veillera à ce que les engagements de chacun sur l’emploi soient respectés, précise la fédération dans un communiqué.

Le dossier est piloté par le gouvernement et les régions se sont impliquées. La Bretagne est prête à mettre jusqu’à 15 millions d’euros dans un projet de reprise. C’est le ministère de l’Economie, via le CIRI (Comité interministériel de Restructuration Industrielle) qui a sollicité LDC pour entrer dans le consortium. Ce dernier y voit une opportunité de reconquérir le marché français, où 44% de la consommation de volaille est importée.

Une amende de 85 millions d’euros

Avec la construction d’une usine de découpe à Châteaulin, LDC vise le marché des produits alimentaires industriels dans l’hexagone, ajoute Didier Pieux. Pourquoi ne pas spécifier à l’avenir l’origine de la volaille dans la restauration, comme c’est déjà le cas pour le bœuf ? Tout le monde doit prendre ses responsabilités pour relancer la filière.

Le calendrier est d’autant plus serré qu’un autre dossier est sur la table. Le groupe Doux est poursuivi dans une affaire de subventions européennes perçues pour poulets congelés alourdis à l’eau. Il encourt une amende de 85 millions d’euros. Le tribunal administratif de Rennes doit rendre son jugement le 6 avril. La liquidation judiciaire le 4 avril permettrait à Doux de ne pas payer.

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