Grève à la RATP : S’il n’y a pas de décisions urgentes, il y aura un mouvement de plus grande ampleur

InFO militante par Chloé Bouvier, L’Info Militante

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Après une première grève réussie le 10 novembre, les salariés de la RATP attendent de leur direction des mesures concrètes concernant l’augmentation des salaires et des recrutements. Jean Castex, nommé P-DG de l’opérateur du réseau de transports en commun parisien, va devoir gérer la crise, dans un contexte de dégradation du service et d’un malaise profond des salariés, prévient Laurent Djebali, à la tête de FO RATP.

Les salariés de la RATP ont dignement accueilli son nouveau P-DG, Jean Castex. Le jour de la nomination de l’ancien premier ministre à la tête du groupe, le 10 novembre, fut marqué par un objectif : Zéro métro, zéro RER . En parallèle de la journée de grève, une centaine de grévistes de la RATP ont manifesté au siège de la régie de transports, à Paris. Le secrétaire général de FO, Frédéric Souillot, venu soutenir les conducteurs en grève, a salué une mobilisation pleine et entière . Les principales revendications concernent une augmentation des salaires et une amélioration des conditions de travail via des recrutements.

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On n’a pas encore les chiffres exact de la mobilisation, explique Laurent Djebali, secrétaire général de FO RATP. À priori , on est sur les mêmes chiffres que le 18 février dernier, avec 80 % des métros et RER à l’arrêt. Le taux de grévistes s’établit à 40 % du côté de la maintenance et 20 % pour les machinistes. Une réussite pour un mouvement qui touche toutes les catégories de salariés.

FO revendique une augmentation de 200 euros brut mensuel

Une délégation, à laquelle participait FO, deuxième syndicat au sein de la RATP, a été reçue par la direction de l’entreprise. Nos revendications sont remontées jusqu’à eux. Ils nous ont précisé que Jean Castex arriverait lundi prochain et qu’il prendrait des décisions , relate Laurent Djebali. Le secrétaire général met cependant le futur P-DG en garde : S’il n’y a pas de décisions urgentes concernant la revalorisation des salaires et les embauches, il faudra qu’il s’attende à un mouvement de plus grande ampleur à partir du mois de décembre. Les salariés sont dépités et remontés, ils ne se contenteront pas de petites mesurettes , ajoute-t-il.

Face à une inflation qui dépasse les 6 % sur un an en octobre, les salariés de la RATP n’ont vu leur salaire augmenté que de 2,6 % sur l’année, et en deux temps (0,4 % en mars, et 2,2 % en juin 2022). Il y a quinze ou vingt ans, on touchait 1,5 fois le Smic. Aujourd’hui, nous devenons des Smicards , se désole le militant. Pour un machiniste au sein de la RATP, le salaire d’entrée est de 1 500 euros brut. En moyenne, le salaire d’un conducteur est de 2 300 euros brut. En début de carrière, il gagne 1680 euros brut. Force Ouvrière exige une augmentation de 200 euros brut mensuel, incluse dans la grille de conduite. D’autant que la RATP affiche 207 millions d’euros brut en résultat net sur l’année 2021.

Une crise d’attractivité des métiers

L’intersyndicale demande également des garanties sur la pérennité et l’anticipation du recrutement des agents de conduite, alors qu’il manquerait plus d’une centaine de conducteurs. L’entreprise estime qu’il en manque 160, mais ça c’est seulement pour assurer le service à minima de 80 % du trafic , explique Laurent Djebali. Le problème de recrutement s’explique notamment par un manque d’attractivité de ces métiers. Les salaires ne suivent pas, d’ailleurs de plus en plus d’agents démissionnent pour aller vers le privé , constate Laurent Djebali. Ce problème de recrutement risque d’ailleurs de s’étaler dans la durée : il faut 2 mois pour former un machiniste, 3 mois et demi pour un conducteur , souligne le syndicaliste.

Autre facteur de crise pointé par le syndicat : la mise en concurrence. En janvier 2025, la régie publique va perdre son monopole dans la zone centrale de l’agglomération parisienne. Pour s’adapter à cette bataille face aux autres opérateurs, la RATP a d’ores et déjà modifié les conditions de travail des conducteurs de bus.

Un service public dégradé après le Covid

Pour cette journée de mobilisation, Laurent Djebali a tenu à communiquer auprès des usagers. On est avec eux, mais il y a toujours ceux qui ne veulent pas comprendre. En même temps, ils voient la dégradation du service public en attendant leur bus 45 minutes ou se retrouvant dans les métros bondés. Alors forcément, la première personne qui fait face à leur colère, c’est le conducteur.

Cette grève s’inscrit dans un contexte de forte dégradation du service public. Durant la crise du covid-19 et le confinements, Ile-de-France Mobilités, présidée par Valérie Pécresse, a décidé de réduire l’offre commandée aux opérateurs. Cette offre allégée ou dégradée pour d’autres, a peu à peu évolué pour suivre le retour des usagers. En octobre 2022, l’immense majorité d’entre eux sont revenus dans les transports en commun. Mais le trafic n’a toujours pas repris à 100 %. Sur les bus, la régie publique a reconnu n’effectuer que 75% de la commande à Paris et en petite couronne, en septembre 2022. Les difficultés se sont retrouvées dans le métro, où le taux de performance atteint 93,3 % le même mois.

La crise est là et la mobilisation ne fait que commencer

Mais la mobilisation des salariés reflète également un malaise plus profond, estime Laurent Djebali. Avec la présidence de Catherine Guillouard, nous venons de passer cinq ans sous des politiques d’austérité. On a vu le démantèlement de l’entreprise pour des objectifs financiers, et la dimension humaine a disparu. Or c’était un facteur important au sein de la RATP : cela faisait partie de l’histoire et donnait la sensation d’appartenir à une famille. Après la démission soudaine de la présidente, en septembre dernier, le navire se retrouve sans capitaine. Nous avons lancé la grève le 3 octobre, plus d’un mois avant. Durant ce temps-là, il n’y a eu aucune réaction de la direction pour discuter afin d ‘éviter la mobilisation , illustre le secrétaire général.

Au sein de la RATP, la crise est là et la mobilisation ne fait que commencer. On attend de voir comment Jean Castex va gérer cette crise. Mais une chose est sûre, il devra la gérer , prévient Laurent Djebali. Lui attend de voir : on a plus confiance, on a le sentiment que nos dirigeants sont bien trop éloignés des salariés. D’ailleurs, observe le militant, lors de son audition devant les parlementaires Jean Castex n’a parlé que des usagers et de la Région, sans un mot pour les travailleurs.

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