Grève à la SNCF : une colère aux racines profondes

InFO militante par Chloé Bouvier, L’Info Militante

© Laurent GRANDGUILLOT/REA

FO Cheminots s’est joint à l’appel à la grève à la SNCF, le 6 juillet. Ce mouvement national porte sur les salaires, alors que l’entreprise connaît une crise d’attractivité. Les nombreuses mobilisations locales démontrent un mal-être profond au sein des cheminots.

Si le 6 juillet marque pour certains les départs en vacances, pour les cheminots de la SNCF, la date est celle d’une mobilisation générale. Le mot d’ordre ? L’augmentation des salaires. Au sein de l’entreprise ferroviaire, ils sont gelés depuis 2014. Et, avec le contexte d’inflation actuel, qui atteint les 5,8 % en juin, la grogne sociale n’en est que plus forte.

Les primes en tous genres, en plus de ne pas participer au financement de la protection sociale, ne sont pas une réponse à la hauteur de la perte de pouvoir d’achat subie ces dernières années, indique FO Cheminots, accompagnant cette mobilisation et rappelant que la grève appartient aux grévistes.

Sur Europe 1, le 28 juin, le P-DG de la SNCF, Jean-Pierre Farandou, a assuré que les cheminots seraient augmentés. On est parfaitement conscient que, oui, les cheminots, et notamment les plus bas salaires, ont des difficultés compte tenu du renchérissement du coût de la vie. Il y a besoin de se voir pour traiter en urgence, effectivement, ces sujets chauds de pouvoir d’achat, a-t-il indiqué, précisant toutefois qu’il était trop tôt pour dire quel serait le complément à rajouter aux augmentations annuelles déjà actées, mais rendues caduques par l’inflation.

Crise d’attractivité : la SNCF cherche 1 400 conducteurs

Une hausse des salaires participerait aussi à résoudre les problèmes de recrutement que connaît depuis plusieurs années la SNCF. Dans tout le pays, il manque 1 400 conducteurs, dont 400 juste pour l’Île-de-France, précise Thomas Roger, militant FO Cheminots et conducteur de la ligne H à Paris. Autre indicateur, et pas des moindres : la montée des démissions. On en compte près de 1 200 en 2021, soit une hausse de 2,3 %. Parmi les circonstances aggravantes, les militants pointent la réforme ferroviaire de 2018 qui a fait fondre l’attractivité de la fonction de cheminot. Janvier 2020 a en effet marqué la fin des embauches sous statuts de cheminots.

Face à ce problème de désaffection, Transilien (exploitant le réseau Île-de-France de la SNCF) a organisé des « jobs dating » durant le mois de juin, avec pour objectif de dénicher des agents de conduite. C’est un recrutement au rabais, signe d’une dévalorisation dans la considération du métier, s’inquiètent les professionnels.

Selon le dernier baromètre social de l’entreprise, 60 % des agents se disent inquiets pour leur avenir. La SNCF a mis en place un programme baptisé « SNCF et moi », destiné à accompagner les salariés, personnellement et dans leur collectif de travail. Chez nous, à Gare du Nord, et grâce à une forte mobilisation en septembre, cela a donné lieu à une série de tables rondes visant à discuter de pistes améliorant le sort des salariés, indique Thomas Roger. Mais six mois plus tard, on ne voit aucune avancée...

Depuis ces derniers mois, de multiples mobilisations locales

Au sein de la SNCF, le malaise est profond. En témoignent les nombreuses mobilisations locales, manifestations dans les gares ou journées de débrayage. Tout au long du printemps, les mouvements sociaux se sont multipliés, de la Nouvelle-Aquitaine au Grand Est, en passant par l’Île-de-France. Exemple frappant, en mars dernier, les aiguilleurs des TER autour de Bordeaux, entamaient leur quatrième grève.

Hier, veille de la mobilisation nationale, ce sont les conducteurs de la gare du Nord à Paris qui se sont mobilisés. 90 % des conducteurs de la ligne H ont suivi la grève, et 25 % sur la ligne B, indique Thomas Roger. Cette mobilisation est la conséquence de problématiques locales », souligne le militant. Si la hausse des salaires fait partie des revendications, les conditions de travail sont aussi au cœur du mécontentement. Les nombreux travaux sur les lignes ont dégradé les conditions de travail des chauffeurs explique Thomas Roger.

Il y a une superposition des mécontentements

Normalement, un conducteur connaît ses horaires de travail au début de l’année, ce qui lui permet d’anticiper, par exemple pour sa vie de famille, la garde d’enfant… Les récents travaux impliquent des changements importants, de manière récurrente et le plus souvent à la dernière minute. Cerise sur le gâteau, l’entreprise a prévu de centraliser la gestion des plannings, ce qui rendrait difficile les négociations pour des changements d’horaires, par exemple pour des urgences personnelles. C’est une déshumanisation de la gestion des horaires pointe Thomas Roger.

Reçu par la direction le 5 juillet, le premier jour du mouvement, Thomas Roger et d’autres militants ont avancé une série de revendications. On nous a répondu que l’on aurait rien. De fait, nous avons décidé de prolonger la grève jusqu’à jeudi 7 juillet, date à laquelle se tiendra une AG pour voir quelles suites donner à la mobilisation. Pour le militant, ces mobilisations locales et celle, nationale, sont le signe d’un ras-le-bol général. Il y a une superposition des mécontentements.

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