Journée d’action

Grève et manifestations du 19 mars : mobilisation réussie

, Clarisse Josselin

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Photographie : F. Blanc

La mobilisation ne faiblit pas pour exiger la hausse des salaires, défendre les services publics et dénoncer la réforme des retraites… Le 19 mars, dans toute la France, les militants du privé comme du public sont descendus en masse dans la rue à l’appel de FO, ainsi que de la CGT, Solidaires, la FSU, et des organisations de jeunesse Unef, UNL et UNL-SD pour se faire entendre à l’issue du grand débat national. L’appel à la grève interprofessionnelle a été particulièrement bien suivi par les enseignants du premier degré, remontés contre le projet de loi Blanquer.

Plus de 150 manifestations ont été organisées dans toute la France, y compris dans des petites villes, pour la journée de mobilisation interprofessionnelle du 19 mars. Cette journée d’action a reçu le soutien des trois quarts des Français, selon un sondage Odoxa. Dans la fonction publique, 88% des agents ont même jugé cette mobilisation « justifiée ».

Les organisations syndicales et de jeunesse avaient choisi la date après la clôture du grand débat national pour se faire entendre et afficher leur détermination. Première revendication, la hausse des salaires et donc du Smic. L’augmentation de la prime d’activité de 100 euros prouve bien que le Smic ne suffit pas pour vivre, a rappelé Yves Veyrier, secrétaire général de FO, lors d’une conférence de presse en amont de la manifestation parisienne. On s’adresse au gouvernement mais aussi au patronat, il faut qu’il accepte de négocier sur les salaires et pour qu’il vienne, il faut se faire écouter par l’action.

Les mots d’ordre portaient aussi sur la défense des services publics. Les fonctionnaires sont exclus de la prime exceptionnelle, les services publics de proximité disparaissent, et 120 000 postes vont être supprimés, a-t-il rappelé. FO appelait également à la mobilisation contre la réforme des retraites. Un nouveau recul sur les droits et l’âge de départ en retraite, c’est une ligne rouge, a prévenu Yves Veyrier. Commençons par permettre de travailler à temps plein de l’entrée à la fin de la vie active, au lieu de faire porter la problématique de l’emploi aux régimes sociaux.

On musèle les enseignants

A Paris, le cortège s’est ébranlé peu après 13h30, sous un grand soleil, pour se rendre du boulevard Saint-Michel au Champ-de-Mars. Sur la banderole de tête, on pouvait lire « Salaires, retraites, emploi : dans l’unité pour gagner ! »

Les rangs de la fédération de l’enseignement Fnec-FO étaient particulièrement fournis. Les enseignants du premier degré se sont fortement mobilisés contre le projet de loi Blanquer et ses conséquences avec notamment la création de gros établissements regroupant écoles et collèges. On aura aussi un devoir de réserve, on ne pourra plus critiquer l’institution sans risquer une sanction, on musèle les enseignants, c’est la goutte d’eau, dénonce César Landron, responsable du Snudi-FO en Seine-Saint-Denis. Dans la matinée des AG ont été organisées dans toute la France. En Seine-Saint-Denis, il y a de 70 à 80% de grévistes, on n’avait pas vu ça depuis la réforme des rythmes scolaires, poursuit-il. La reconduction de la grève va être discutée. Il y a une volonté des instituteurs de se mobiliser contre ce projet de loi mais aussi pour le pouvoir d’achat.

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Quelques mètres devant, Marie-Odile a endossé une chasuble FO DG-FIP. Agent dans les finances publiques, elle était déjà en grève le 14 mars contre la possible suppression de 30 000 emplois dans ce secteur d’ici 2022. Cette fois je suis venue pour la défense du service public, explique-t-elle. Toutes les réformes en cours visent à casser la solidarité.

On est venus pour le collectif

Elle ne cache pas cependant être un peu désabusée. Quand Emmanuel Macron a annoncé des mesures urgentes, j’ai cru qu’il avait compris et qu’il allait enfin répondre aux revendications, mais en fait il s’agissait de mesures contre les manifestants, poursuit-elle.

Les salariés du privé étaient aussi bien présents dans le cortège. Saïd et Audrey sont venus du Club Med Village de la station de ski de Serre-Chevalier (Hautes-Alpes) pour manifester à Paris. On est venus pour encourager les camarades FO, expliquent les deux élus au CSE de Club Med. Ils portent aussi leurs propres revendications, notamment une hausse des salaires et une amélioration des conditions de travail. On a l’impression de revenir dans les années 1980, explique Saïd. Les saisonniers finissent le mois dans le rouge. Les femmes de chambre sont cassées physiquement au bout de 6 ou 10 ans. Club Med a comme objectif de monter en gamme, mais ça concerne les clients, par les salariés.

Nathalie Houllier, secrétaire du syndicat des assurances, du courtage, de l’assistance et des agences de Paris SACAAP-FO, dénonce de son côté les regroupements et délocalisations qui frappent ce secteur et ces actionnaires qui se goinfrent par milliards. Elle est salariée d’Allianz Partners France, ex-Mondial Assistance. On est mis en concurrence entre pays, entre collègues, pour toujours plus de rentabilité, dénonce-t-elle. On nous déleste d’activités sous prétexte de nous en donner d’autres. Peu à peu les tâches légères nous sont retirées, il n’y a plus de moments de répit. Tout est insidieux, les départs ne sont pas remplacés, les gens sont de plus en plus inquiets.

Assistantes maternelles, retraités...

Ce militant FO, salarié d’une entreprise d’ascenseurs, est impressionné par le caractère interprofessionnel de la manifestation. Public et privé, quel que soit le métier, tout le monde est ensemble, sous la même couleur, constate-t-il. Mais c’est dommage d’être obligé d’en arriver là, on serait mieux chacun à son poste de travail, c’est la preuve que ça va vraiment mal.

Dans le cortège parisien ont aussi défilé les assistantes maternelles remontées contre la réforme de l’assurance chômage, l’union FO des retraités de Paris...

Nous avons été visibles et lisibles à la place qui est la nôtre, une organisation syndicale libre, indépendante, déterminée, a réagi Yves Veyrier à l’issue de la journée de mobilisation. La balle est désormais dans le camp du gouvernement.

90 - Belfort

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