Hauts salaires : les grands patrons creusent l’écart

Les articles de L’InFO militante par Sandra Déraillot

Alexandra BONNEFOY/REA

Pendant que des salariés bataillent pour préserver leur niveau de rémunération, et que la crise s’installe chez le plus précaires, les grands patrons français prospèrent.

D’après le cabinet Proxinvest, la rémunération des grands patrons du CAC40 a atteint un sommet à 7,9 millions d’euros – en moyenne – l’an dernier. Dans son rapport annuel sur le sujet, le cabinet d’analyse financière révèle que la rémunération totale moyenne de ces très chers patrons a augmenté de 52 % entre 2019 et 2021, tandis que celle des dirigeants des 120 plus grandes entreprises cotées en France a cru de 22 %. Des augmentations – certes fondées sur les résultats de leurs entreprises – à faire pâlir nombre de travailleurs, à commencer par ceux de Stellantis, qui se sont vus proposés dernièrement 5,3 % d’augmentation. Car au sommet de la pyramide des gains, le record est détenu par leur patron, Carlos Tavares, pour une rémunération totale de 66,7 millions d’euros. Du jamais vu selon Proxinvest.

Des sommets insolents face à la précarité

Ces chiffres seraient moins alarmants si de nombreux Français ne s’enfonçaient pas dans la crise. La Fondation Abbé Pierre décomptait, début 2022, plus de 4 millions de mal logés et 12 millions de personnes en situation de fragilité (loyer excessif par rapport à leur budget, logement surpeuplé ou exposé au froid faute de pouvoir assumer le coût de l’énergie). Tous les ménages ont dû affronter cette année une augmentation des prix de l’alimentation de 12 % selon l’Insee. Ce qui explique peut-être que la fréquentation des Restos du Cœur a cru d’autant. Comme pour les banques alimentaires, le nombre de bénéficiaires de l’association augmente à chaque crise, mais ne redescend jamais.

Côté étudiants, le Centre national des œuvres universitaires et scolaires observe une hausse de 17 % de la fréquentation des distributions alimentaires et une forte affluence dans les restos U, même par des non boursiers. Plus largement, l’Organisation internationale du travail note que les salaires réels mensuels dans le monde ont chuté de 0,9 % au premier semestre 2022, et dans l’Union européenne, de 2,4 %. Des millions de travailleurs, très loin du sommet de la pyramide.

Sandra Déraillot Journaliste à L’inFO militante