Histoire de la santé au travail

Un combat fondamental par Christophe Chiclet, journaliste L’inFO militante

La catastrophe des mines de Courrières, le 10 mars 1906.

Dès l’origine, les organisations ouvrières se sont battues pour que les travailleurs puissent gagner leur vie sans la perdre. Un combat fondamental car il défend notre propre existence.

Dès l’Antiquité, le pharaon demande à ses médecins de s’occuper des ouvriers qui bâtissent les pyramides. Mais c’est Hippocrate (en 460 avant J.-C.) qui a été le premier à noter les maladies professionnelles chez les travailleurs du plomb. Il faudra attendre le XVe siècle pour redécouvrir ce problème. Pourtant déjà au XIIIe siècle, Arnaud de Villeneuve avait publié un traité de médecine du travail en deux volumes. Mais ce n’est qu’au XVIIIe que l’on découvre les cancers dus à l’activité professionnelle (charbon, plomb). En 1810, Napoléon crée les premiers médecins du travail, mais uniquement pour les mineurs. En 1840, le docteur Villermé publie un rapport sur « L’état physique des ouvriers du textile ». En 1874, l’inspection du travail est fondée. Il s’agit surtout de contrôler le travail et la santé des enfants. Ce n’est pas de la philanthropie. L’État a besoin de jeunes hommes en bonne santé pour en faire des conscrits solides pour ses armées !

L’arrivée des syndicats

Avec l’organisation du mouvement ouvrier, les jeunes syndicats ne se battent pas uniquement pour l’augmentation des salaires ou la baisse du temps de travail, mais aussi pour de meilleures conditions de travail pour préserver l’essentiel : la vie. Dès 1898, la jeune CGT impose une loi sur les accidents de travail et leurs réparations forfaitaires. En 1906 est créée à Milan la Commission permanente internationale de médecine du travail. Entre 1923 et 1930, René Barthe organise la médecine du travail, associant le corps médical, les ingénieurs et l’assistance sociale. C’est ainsi que va naître le contrôle médical obligatoire dans les mines et la métallurgie dès 1934.

Dans l’esprit du programme du Conseil national de la Résistance (CNR), la loi du 11 octobre 1946 impose aux employeurs la création et le financement des services médicaux dans l’entreprise ou dans le cadre de services interentreprises de santé au travail.

Avec les lois Auroux du 23 décembre 1982 sont créés les comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT), demandés par les syndicats depuis longtemps. Or il se trouve qu’avec la réforme du Code du travail promulguée le 29 décembre 2018, les CHSCT fusionnent avec les comités d’entreprise et les délégués du personnel. Un vrai coup dur pour l’ensemble des travailleurs et pour leur santé.

 

René Barthe (1893-1957)
Père de la médecine préventive, à 28 ans il est médecin du travail à l’usine Société d’éclairage de Gennevilliers. Avant-guerre il est membre de la Société médicale des hygiénistes du travail et de l’industrie, et membre de la Société de médecine légale de France. En 1948, il est nommé inspecteur en chef de la médecine du travail chez GDF. En 1955, il publie « Histoire de la médecine du travail française de 1915 à 1940 ».

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