Inde : une grève générale massive malgré les menaces

International par Evelyne Salamero

© Ved Prakash-Pacific Press via ZUMA Wire

Plusieurs centaines de millions de travailleurs étaient en grève et ont manifesté en Inde le 8 janvier, à l’appel de dix organisations syndicales.

C e 8 janvier 2019, la mobilisation des travailleurs indiens s’est révélée particulièrement massive en dépit des menaces de sanctions proférées par le Premier ministre Narendra Modi à l’encontre de celles et ceux qui prendraient part à cette journée de grève générale, la cinquième depuis sa première élection en 2014. Paysans et étudiants se sont joints aux manifestations, ces derniers protestant contre la hausse des frais universitaires.

Les travailleurs indiens revendiquent une augmentation du salaire minimum et des pensions de retraite, l’arrêt des privatisations dans le secteur public et une protection sociale pour tous dans ce pays où une écrasante majorité de la main-d’œuvre est employée dans le secteur informel. Ils s’opposent également à la réforme du Code du travail. Le gouvernement indien entend en effet flexibiliser le marché du travail en facilitant les licenciements et neutraliser les syndicats en leur imposant de représenter 75 % des effectifs d’une entreprise pour pouvoir être légalement reconnus.

20 millions d’emplois détruits

Autant de mesures dont les conséquences s’ajouteraient aux effets néfastes de la réforme de la fiscalité indirecte en 2017, au profit des investisseurs étrangers et de la démonétisation géante de 2016 (retrait de la plupart des billets en circulation). Trois millions de petites et moyennes entreprises ont fermé leurs portes et vingt millions de travailleurs ont perdu leur emploi, déplore la Confédération syndicale internationale (CSI). Simultanément, souligne-t-elle, les grandes sociétés gagnent de plus en plus et 78 % des avoirs du pays sont détenus par 1 % de la population.

Ce 8 janvier, dans les cortèges, des slogans dénonçaient aussi le caractère discriminatoire de la loi sur la citoyenneté adoptée le 11 décembre dernier. Celle-ci facilite l’obtention de la citoyenneté indienne par les réfugiés d’Afghanistan, du Bangladesh et du Pakistan arrivés en 2015, mais exclut les musulmans de cette mesure.

La guerre ouverte par le gouvernement Modi contre les travailleurs et les syndicats s’ajoute à une loi qui consacre le fondamentalisme religieux, alerte la CSI, réaffirmant dans ce contexte son soutien aux syndicats indiens dans leur combat pour les droits et les libertés démocratiques.

 

En solidarité avec les travailleurs indiens



La confédération FO a tenu à exprimer sa solidarité et son soutien plein et entier aux travailleurs indiens et à leurs revendications pour la justice sociale. Une solidarité qui s’exprime au moment où les travailleurs français sont mobilisés massivement contre la réforme des retraites et plus largement pour la défense du modèle social français, souligne-t-elle dans un courrier adressé le 6 janvier par son secrétaire général Yves Veyrier aux organisations syndicales indiennes affiliées à la CSI.

La réforme du droit du travail indien contrevient aux normes de l’Organisation internationale du travail (OIT), indique la confédération FO.

Une atteinte directe aux conventions de l’OIT

En particulier, l’obligation faite aux syndicats de représenter 75 % des travailleurs sur le lieu de travail pour être légalement reconnus est une atteinte directe aux libertés d’association et de négociation collective, garanties par les conventions 87 et 98 de l’OIT.

Force Ouvrière soutient donc les revendications des travailleurs indiens pour un salaire minimum national, la ratification des conventions 87 et 98 de l’Organisation internationale du travail, l’arrêt des privatisations et pour la mise en œuvre de mesures de sécurité sociale appropriées pour les travailleurs.

Evelyne Salamero Journaliste à L’inFO militante - Rubrique internationale

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