Industrie : pour FO, éteindre les incendies ne suffit pas !

Economie par Valérie Forgeront

Dessin : Jean-Luc Boiré

De multiples cas l’ont encore montré récemment, les pouvoirs publics agissent souvent tels des pompiers pour tenter de sauver in extremis des sites industriels en difficulté et leurs emplois. Or, souligne FO, au-delà d’une injection de financements d’urgence au bénéfice d’entreprises qui parfois ont déjà perçu des aides publiques sans pour autant d’ailleurs que cela ne se répercute positivement sur l’emploi, les pouvoirs publics doivent s’engager dans une vraie politique industrielle. L’État en premier lieu doit davantage se faire stratège.

La finalité c’est l’emploi et que l’industrie reste debout. Il ne faut pas attendre d’être dans le mur pour tenter d’agir insiste Lionel Bellotti pour FO Métaux. Concrètement souligne le secrétaire fédéral, spécialiste du secteur sidérurgique, le rôle des pouvoirs publics, et en premier lieu de l’État, est essentiel dans la défense et le développement du tissu industriel en France.

Le livre blanc (acte IV) intitulé Pour la défense de l’industrie sur notre territoire et rédigé par FO Métaux à la veille de l’élection présidentielle de 2017 fait ainsi le point sur les revendications de FO et la situation de l’industrie. FO pointe la « politique d’austérité » qui – mise en pratique par les différents gouvernements depuis des années – n’a pas vraiment soutenu l’industrie dans la période de crise, en 2009.

Si la situation de l’industrie semble s’améliorer, ce n’est donc pas grâce aux politiques budgétaires menées par les gouvernements, même si ces derniers ont certes à leur actif – mais grâce à la pression syndicale, de FO notamment – un certain nombre d’actions en direction de l’industrie.

Les entreprises et les organisations syndicales ne peuvent agir seules, l’État doit assumer son rôle de stratège rappelait récemment Lionel Bellotti devant des sénateurs. Or ce rôle de stratège, permettant entre autres une anticipation des problèmes dans les entreprises et donc de se donner la possibilité de protéger les emplois, n’est pas franchement assumé pour l’instant.

Créer une nouvelle forme de politique industrielle

Dans son livre blanc FO métaux s’inquiétait de l’attitude de l’État. Il faut impérativement que les futurs gouvernements changent de stratégie, car nous ne pouvons pas nous contenter du seul renouveau industriel sans défendre l’existant et les emplois d’aujourd’hui. Et de rappeler qu’un certain nombre d’affaires (Arcelor-Mittal, Alstom…) ont illustré tristement ces dernières années les manquements de l’État, lesquels portent en eux le risque de laisser filer l’industrie.

En quoi doit consister alors ce rôle de stratège de l’État ? Il faut indique Lionel Bellotti concevoir une nouvelle forme de politique industrielle qui reposera sur un juste équilibre entre, l’intervention directe de l’État et son rôle de créateur d’environnement favorable à l’attractivité de la filière sidérurgique par exemple tout en créant, les conditions nécessaires à des espaces de délibération et de négociation collectives, entre les partenaires sociaux et en accentuant la responsabilité sociale des entreprises.

Si l’on reprend l’exemple de la sidérurgie, explique ainsi Lionel Bellotti, en aval de celle-ci il y a beaucoup d’autres industries, l’automobile entre autres. D’où l’intérêt de ne pas négliger l’industrie de base qu’est la sidérurgie, indispensable à beaucoup d’autres.

Depuis des années, l’organisation FO n’a pas manqué de poser ses arguments en matière de préservation de l’industrie et de ses emplois. Certains ont été entendus. FO revendiquait ainsi de longue date la création d’une banque publique susceptible d’aider au financement des entreprises, notamment au plan de leurs investissements et de l’innovation. La Banque publique d’investissement (BPI France regroupant OSEO, CDC Entreprises, le FSI et FSI Régions) a été créée par la loi du 31 décembre 2012.

Pour une politique ambitieuse et cohérente

Elle apporte différents services tels prêts, aides, garanties bancaires, participation au capital des entreprises… Nous avons partiellement obtenu satisfaction se réjouit FO Métaux notant toutefois que BPI France qui a la forme non d’une banque mais d’une compagnie financière ne disposait pas au départ d’un budget suffisant. Malgré une amélioration récente, BPI France peut encore mieux faire, pour le soutien à l’industrie notamment.

En 2014 les différentes actions de BPI France en faveur de l’économie représentaient 24,4 milliards d’euros. En 2017, qualifiée d’année historique par BPI France dans son bilan, les divers soutiens financiers aux entreprises représentaient plus de 41 milliards d’euros (aides à 85 000 entreprises des TPE aux grandes entreprises).

Selon son plan stratégique 2018-2023 BPI France (société anonyme) dont le capital est détenu par l’État et la Caisse des dépôts affiche fièrement les dix axes qu’elle entend mettre en œuvre : Intervenir de façon ciblée en financement des entreprises, aux côtés des banques et des investisseurs, tout en affirmant le rôle de fonds souverain français, renouveler le capitalisme français en faisant émerger des licornes et structurer l’écosystème de la Deep Tech, devenir la plateforme incontournable et synergétique de l’assurance et du financement de l’internationalisation des entreprises françaises, soutenir la renaissance de l’industrie française ou encore accroître les partenariats avec les Régions, les institutions européennes et les fonds souverains, intensifier le développement de l’expertise et son partage au bénéfice d’une meilleure appréhension des enjeux et priorités sectorielles des filières….

Pour FO Métaux il est essentiel que la BPI ne limite pas ses interventions au soutien aux entreprises en développement. Elle doit impérativement se mobiliser pour aider les secteurs et les entreprises en difficulté́ et ainsi agir comme un véritable levier financier au service d’une politique industrielle ambitieuse et cohérente. Quitte à prendre des risques, elle ne doit pas se comporter seulement en banque visant à faire des profits.

L’importante des comités stratégiques de filières

FO a été entendue aussi sur sa demande de relancer un système sur le mode du Commissariat général au plan (1946-2006). Le Commissariat général à la stratégie et à la prospective (qui a remplacé le centre d’analyse stratégique/2006-2013) a été créé en avril 2013 et intégré à France Stratégie (rattachée au Premier ministre), organisme d’État apportant une expertise censée permettre notamment l’évaluation de politiques publiques et la conception de perspectives.

Ces dernières années certaines actions ont donc certes participé à la défense du secteur industriel, la création de BPI France en fait partie ainsi que la pérennisation de la CNI (conférence nationale de l’industrie transformée en Conseil national de l’Industrie en 2017 et auquel FO participe), le développement de ses comités stratégiques de filières (actuellement 18 CSF) ou encore le lancement de grands plans industriels se félicite FO.

Dans son dernier rapport annuel (2016), le CNI lançait dix recommandations pour réussir la nouvelle révolution industrielle. Parmi celles-ci le renforcement d’un dialogue loyal, étroit et constructif entre tous les partenaires.

Le CNI rappelle ainsi que les CSF sont un lieu privilégié́ de dialogue et d’élaboration de plans d’action pour réussir cette transformation car ils ont une composition tripartite, représentants des entreprises, des organisations syndicales et des pouvoirs publics. Le CNI prônait de mener des études avec les CSF afin de dresser un diagnostic des besoins et de proposer des actions à engager dans le cadre du contrat de filière.

FO demande que les aides soient conditionnées

Autre recommandation, le « renforcement » des moyens de BPI France pour accompagner les entreprises et lui permettre d’accroître ses financements pour l’ensemble des secteurs industriels et pour appuyer les projets innovants des TPE et PME industrielles. Le CNI fait une autre préconisation et pas des moindres… Que soit mener systématiquement des évaluations des politiques publiques et des dispositifs mis en place, sur le modèle mis en place par le comité de suivi du CICE. Et d’ajouter, il faut donner suite à ces évaluations en veillant à la simplification et à la cohérence de l’ensemble et à ce que les aides publiques aient bien un effet positif sur l’activité industrielle, l’emploi, l’investissement et la recherche en France.

Et c’est bien là que le bât blesse. L’octroi des aides publiques aux entreprises (estimées autour de 140 milliards d’euros/an) n’est pas vraiment soumis à contreparties. Or, il faut que les pouvoirs publics conditionnent ces aides insiste Lionel Bellotti ajoutant qu’il faudrait aussi faire une distinction plus précise entre les besoins d’une « petite boîte » et ceux d’une « grosse boîte ». Quant aux méthodes de certains patrons percevant des aides et appliquant le prends l’oseille et tire-toi, ce n’est pas acceptable souligne le secrétaire fédéral.

S’il n’est pas question pour FO de contester l’existence des aides publiques, pour autant souligne FO Métaux, elles doivent être conditionnées, notamment le CIR, au maintien des centres de décision, de l’emploi et des technologies sur notre territoire, voire à la non fermeture des entreprises. Le CIR, le crédit impôt recherche induit plus de 5 milliards d’euros de manque à gagner par an pour l’État. Le coût de la mesure a triplé entre 2007 et 2015 pour un résultat en demi-teinte.

CIR, CICE… Des aides contre-productives

Le crédit d’impôt pour l’emploi et la compétitivité CICE (transformé depuis le 1er janvier dernier en allègements de cotisations sociales), son octroi et son efficacité pour le moins relative sur l’emploi alimente lui aussi les critiques depuis sa mise en œuvre en 2013. Le patronat (Medef) promettait la création d’un million d’emplois… Le bilan du CICE – cadeau fiscal qui vise à diminuer davantage encore le coût du travail –, évoque tout au plus 200 000 emplois créés ou sauvegardés.

Le CICE (20 milliards d’euros/an de manque à gagner pour l’État sans compter le coût du basculement en allègement de cotisations cette année, soit 20 milliards) a profité à de nombreuses entreprises (Ford, GM&S, Whirlpool…), particulièrement des grandes, affichant souvent des bénéfices mais n’hésitant pas à lancer des plans sociaux, voire à mettre la clé sous la porte et à délocaliser l’activité au nom d’une recherche de compétitivité.

Le coût de la main d’œuvre est qui plus est un mauvais alibi s’irrite FO Métaux. Ainsi indique Lionel Bellotti, ce coût est par exemple de 8% seulement du coût total de production dans la sidérurgie explique le militant. Alors que ce discours patronal sur le coût de main d’œuvre ne tient pas, pour FO cela met d’autant plus en lumière la nécessité pour les pouvoirs publics de pouvoir « contrôler » le soutien qu’ils apportent aux entreprises et sa pertinence.

Plusieurs dossiers ont montré que l’intervention de l’État se résume trop souvent à éteindre les incendies, mettant en évidence l’absence de vision industrielle des décideurs politiques déplore FO Métaux. Quant au CICE… Des réponses comme le CICE n’ont pas seulement été́ inefficaces. Elles ont été́ contre-productives et ont abouti à un véritable gaspillage d’argent public que les secteurs industriels auraient pu utiliser pour investir et se développer si une politique industrielle digne de ce nom avait réellement existé. A bon entendeur…

Valérie Forgeront Journaliste à L’inFO militante

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