Italie : l’essoufflement du Jobs Act dans un pays traversé par une crise politique

Europe par Secteur Europe - International

Après la victoire du « Non » au référendum constitutionnel organisé le 4 décembre en Italie, Matteo Renzi, ex-premier ministre, a démissionné pour être remplacé par son ancien ministre des Affaires étrangères, Paolo Gentiloni. Le chaos politique a été évité de peu mais la situation atteste toujours d’une crise politique qui risque de faire perdre toute confiance aux italiens dans la politique et les pousser dans les bras de populistes eurosceptiques. Désormais, l’action menée par le gouvernement italien est concertée dans l’antichambre du Partito Democratico (PD), bel et bien toujours dirigé par l’ex-premier ministre.

Lettre électronique n°38

Cette crise politique émerge alors que les premiers échecs du Jobs Act apparaissent au grand jour. Pour rappel, le gouvernement italien dirigé par Matteo Renzi avait adopté une série de décret-lois, regroupés sous la mention Jobs Act qui a déconstruit de nombreuses avancées sociales au profit d’une large flexibilité, notamment à travers le contrat à durée indéterminée à tutelle croissante (voir lettre électronique n°35).

Dans une étude présentée en mai 2016, la CGIL, un des principaux syndicats en Italie, avait dénoncé les effets pervers de telles mesures pour les travailleurs italiens – ces effets se ressentent pleinement aujourd’hui avec une augmentation du chômage, au plus haut depuis juin 2015 – notamment chez les jeunes. Les effets bénéfiques à court terme du Jobs Act semblent bel et bien s’expliquer seulement par les allègements fiscaux aux entreprises, comme le suggère aussi une étude de Bankitalia, et s’estompent aujourd’hui pour laisser place à un marché du travail en berne où les travailleurs sont plongés dans une plus grande précarité.

La CGIL a en outre récolté près de 1,1 million de signatures en soutien à la loi d’initiative populaire pour une Carte des Droits Universels du Travail, ou un nouveau Statuto dei Lavoratori, corpus actualisé et ambitieux servant à défendre les droits des travailleurs. Ces signatures ont aussi servi pour demander l’organisation de référendums demandant l’abrogation de certains pans du Jobs Act. Après la décision de la Cour Constitutionnelle italienne du 11 janvier 2017, seuls les référendums pour la suppression des vouchers favorisant le temps partiel à outrance et pour la réintroduction de la pleine responsabilité pour la passation de marchés sont admissibles, celui sur l’abrogation de la disposition facilitant les licenciements injustifiés a été finalement rejeté.

La campagne référendaire vient d’être lancée par la CGIL – démontrant encore la pertinence et l’efficacité des interlocuteurs sociaux – et risque de compliquer l’agenda politique du PD de Matteo Renzi. Ce dernier espère toujours revenir avec les prochaines élections mais il demeure l’instigateur d’un Jobs Act aujourd’hui écorné, qui pourrait bel et bien le desservir dans le futur alors qu’il le portait en étendard comme succès de sa politique jusqu’à présent.

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