ITM-LAI : la détermination du rapport de force par la grève conduit à une victoire salariale au sein d’Intermarché

InFO militante par Fanny Darcillon, L’Info Militante

© FGTA-FO ITM LAI

La branche logistique du groupe Les Mousquetaires a connu une grève très suivie début mars durant trois jours, au terme desquels les salariés ont obtenu une reconnaissance salariale de leur investissement au travail.

En guise d’inauguration du ballet des négociations avec leur nouvelle direction arrivée il y a quelques mois, les salariés d’ITM-LAI – branche logistique du groupe Intermarché-Les Mousquetaires – ont déployé toute leur force de frappe début mars. La fin de non recevoir reçue dans le cadre des NAO 2023, très attendues dans un contexte de forte inflation, a poussé les travailleurs des entrepôts à mener une grève sans concession, dans le cadre d’une intersyndicale à laquelle participait notamment FO.

Durant trois jours et trois nuits, et jusqu’au 6 mars l’ensemble des 32 sites de la branche logistique du groupe Intermarché-Les Mousquetaires a connu des blocages, avec des pointes à 2 000 grévistes – sur environ 8 500 salariés – au plus fort de la mobilisation. Les représentants syndicaux avaient prévenu, à l’issue de la deuxième réunion des NAO, qu’un mouvement dur serait inévitable si aucun effort n’était consenti en direction des salariés. La direction a fermé la porte des négociations, se souvient Frédéric Vitrey, délégué syndical central adjoint dans l’entreprise, où FO a fait 26% aux dernières élections professionnelles. Ils nous ont dit qu’ils avaient déjà tout donné. La suite a prouvé le contraire.

Une mobilisation insufflée par les salariés

La proposition initiale du groupe prévoyait 5,9% d’augmentation générale, une revalorisation de la prime d’ancienneté par paliers et, selon l’issue des discussions, une prime de transport exceptionnelle de 200 euros. Au terme des 72 heures de blocage, la hausse salariale générale a été portée à 7,8% pour les plus bas salaires à partir de janvier 2023, soit 52,50 euros brut ; une enveloppe individuelle de 6,9% a été obtenue pour les agents de maîtrise, avec un minimum de 3%, et une enveloppe de 6% pour les cadres augmentés individuellement. La prime de transport en discussion a été doublée à 400 euros net pour l’année 2022. Plusieurs primes et avantages ont également été revalorisés.

La victoire est donc très nette, y compris à plus long terme : Maintenant, la nouvelle direction est davantage dans le dialogue, remarque Frédéric Vitrey. Outre l’idée de mettre les forces en commun à travers une intersyndicale, le délégué FO attribue ce succès au fait que la mobilisation a été insufflée d’en bas : Depuis un petit moment, il y avait beaucoup de colère chez les salariés, qui subissaient pas mal de choses, raconte le militant. On me sollicitait en disant : il faut faire quelque chose. Après les premières réunions de NAO, le mécontentement est devenu explosif. Sur certains sites, il y a eu 80% de grévistes ! C’était du jamais-vu chez nous.

Un contexte inflammable après plusieurs PSE

Si la colère des salariés était si grande, c’est que les efforts consentis ces dernières années ont eux aussi été importants. Un immense plan de transformation logistique touche aujourd’hui à son terme, avec dans son sillage de nombreux plans de sauvegarde de l’emploi (PSE). Région par région, les anciens entrepôts ferment pour être fusionnés dans de gigantesques bases mécanisées et automatisées, regroupant 400 à 500 salariés. Mener des NAO dans le même temps qu’un plan social avec des bases qui ferment, c’était inflammable, avance Frédéric Vitrey, qui calcule qu’environ 350 emplois seront supprimés à terme.

En même temps que ce plan de transformation, de nouvelles pratiques de travail ont été importées dans l’entreprise. Il y a une pression sur les rendements, explique Frédéric Vitrey : on demande aux salariés d’atteindre des objectifs, sans quoi ils sont convoqués. Une tension encore accentuée par une réalité budgétaire incommode : Ces nouvelles bases ont aujourd’hui du mal à amortir les coûts, à rentrer dans le budget, poursuit le délégué. On commence à avoir un peu de recul et pour nous, les anciens entrepôts étaient plus pertinents.

Nos représentants ont su mener les négociations à leur terme en durcissant un peu le ton

La grande distribution souffre elle aussi l’envolée des factures d’énergie. La situation pousse ces entreprises à revoir toute leur stratégie, avec un dommage collatéral : une grande difficulté à négocier sur les salaires, décrypte Angélique Bruneau, secrétaire fédérale FGTA-FO en charge de la grande distribution. Au sein de certaines enseignes moins-disantes sur les salaires, les salariés se sont posé la question d’aller jusqu’à la grève. Hésitation compréhensible alors que ces enseignes pour l’instant ne s’orientent pas vers des suppressions d’emplois.

Au sein de ce secteur, en difficulté comme beaucoup d’autres, Les Mousquetaires tirent, leur épingle du jeu, par un fonctionnement particulier : celui de la location-gérance, autrement dit des magasins indépendants. Aujourd’hui, ce modèle-là s’en tire mieux que les grands groupes intégrés, analyse Angélique Bruneau. Sur un marché pourtant très concurrentiel, le groupement des Mousquetaires ne perd pas de parts de marché. Ce qui a amené d’autant plus les salariés à sortir les revendications. Nos représentants ont su mener les négociations à leur terme en durcissant un peu le ton. résume Angélique Bruneau.

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