L’éditorial du Secrétaire général

J-C Mailly : « Une délégation de FO reçue par le président du Sénat »

, Jean-Claude Mailly

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Photographie : F. Blanc (CC BY-NC 2.0)

Le président du Sénat, M. Larcher, a débuté une série de rencontres bilatérales en recevant Force Ouvrière le 7 décembre 2016.

Au-delà des contacts réguliers et démocratiques que nous avons, il s’agissait surtout de recueillir les avis de Force Ouvrière sur le programme économique et social avancé par M. Fillon. Nous avons donc explicité nos réactions et oppositions sur plusieurs points :

• L’avenir de l’Assurance maladie. Nous considérons en effet que la séparation entre petit risque et gros risque (vieux serpent de mer) et la restriction de l’accès aux soins pour les plus aisés (à quel niveau ?) conduiraient ces derniers à ne plus vouloir de la Sécurité sociale et à la remettre en cause au profit des assurances privées. Il est d’ailleurs contradictoire de rétablir l’universalité pour les prestations familiales et de la remettre en cause pour l’Assurance maladie.

• La réduction massive (110 milliards d’euros) des dépenses publiques et sociales, non seulement fragilisera encore plus fortement le service public, mais aura par ailleurs un effet récessif sur l’activité économique.

• La suppression de 500 000 postes de fonctionnaires est une annonce dangereuse et nous avons redemandé un véritable débat sur le rôle et les missions de service public dans la république.

• La suppression de la durée légale du travail est un faux dossier, plus idéologique qu’autre chose.

• Le recul de l’âge de la retraite à 65 ans n’est pas acceptable.

• L’élargissement des candidatures syndicales au premier tour des élections, ainsi que le recours au référendum sont des courts-circuits démocratiques et on risque de voir surgir n’importe quel syndicat (jaune, confessionnel ou politisé notamment).

Tels sont certains des points, non exhaustifs, sur lesquels nous avons réagi.

Nous sommes également intervenus sur la méthode : aller vite risque d’être contraire à la loi dite Larcher de 2007, rendant les consultations obligatoires !

Comme je l’explique souvent, les citoyens n’apprennent pas les programmes par cœur. Et un président de la République, quel qu’il soit, ne reçoit pas un permis de tout faire pendant cinq ans sans discuter, à coups de 49-3.

Le président du Sénat nous a écoutés. Une nouvelle rencontre aura lieu fin janvier début février. Nous ferons évidemment de même avec les candidats démocratiques qui nous solliciteront et qui appartiennent à un groupe parlementaire.

Et, en toute liberté et indépendance, sans donner bien entendu de consigne de vote directe ou indirecte, Force Ouvrière fera connaître en février ses positions, ses analyses et ses revendications les plus importantes. 

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Éphéméride

20 octobre 1876

Le congrès de la salle de la rue d’Arras
Sept ans après la constitution de la Chambre fédérale des sociétés ouvrières de Paris, huit ans avant la loi Waldeck Rousseau autorisant les syndicats, une étape très importante dans la formation du mouvement syndical moderne. Les ouvriers se remettent doucement de la tragédie de la Commune. En 1872, (...)

Sept ans après la constitution de la Chambre fédérale des sociétés ouvrières de Paris, huit ans avant la loi Waldeck Rousseau autorisant les syndicats, une étape très importante dans la formation du mouvement syndical moderne.

Les ouvriers se remettent doucement de la tragédie de la Commune. En 1872, le gouvernement dissout la Chambre fédérale des sociétés ouvrières de Paris. Un an plus tard, une restauration monarchiste échoue de très peu. Mais aux élections législatives de février-mars 1876, royalistes et bonapartistes n’obtiennent que 155 sièges contre 360 aux républicains. Or, ces derniers ne sont pas hostiles au mouvement ouvrier. Les travailleurs de Besançon en profitent et créent le premier syndicat de l’horlogerie en 1876, en liaison avec le puissant mouvement suisse.

C’est dans ce contexte qu’a lieu le congrès de la salle d’Arras, à Paris, le 20 octobre 1876. Les chambres syndicales parisiennes réussissent à organiser un congrès réunissant 360 délégués dont 255 de Paris. D’entrée le Comité d’initiative se démarque du politique. Il déclare, avec des accents qu’on qualifierait aujourd’hui d’ouvriéristes : « Tous les systèmes, toutes les utopies que l’on a reprochés aux travailleurs ne sont jamais venus d’eux. Tous émanaient de bourgeois, bien intentionnés sans doute, mais qui allaient chercher les remèdes à nos maux dans des idées et des élucubrations, au lieu de prendre conscience de nos besoins et de la réalité ».

Le congrès réclame la liberté de réunion et d’association, le droit au travail, un salaire décent et les assurances chômage, vieillesse et maladie. Il affirme sa volonté d’indépendance vis-à-vis de l’État, des partis et de l’idéologie socialiste pour se pencher sur l’étude pratique des revendications citées en introduction par le Comité d’initiative. Il est remarquable que, durant la réunion, seuls les ouvriers eurent le droit de s’exprimer. Ce congrès, où se côtoient des mutualistes, des coopérateurs et des syndicalistes, est, à sa manière, un pas vers la construction du syndicalisme autonome.

Les communards socialistes en exil, par la plume d’Édouard Vaillant, critiquent violemment cette autonomie d’action, traitant les délégués de « syndicaux de formation versaillaise, auxiliaires et point d’appui du monde bourgeois ». Cette forme d’indépendance syndicale dérange, dans les rangs des militants marxistes comme Vaillant et Chabert. En revanche, proudhoniens et positivistes résistent à la propagande politique. Les collectivistes repassent à l’offensive lors du troisième congrès de Marseille en octobre 1879. Ils réussissent à faire voter un texte demandant « la collectivité du sol, du sous-sol, des instruments de travail et des matières premières ». Ils tentent, sans succès, d’affirmer la primauté du politique sur le social. Leur but ultime : la création d’un parti des travailleurs. Mais le syndicalisme français résista à cette tendance, contrairement à ses homologues allemands, belges et hollandais.