Éditoriaux de Jean-Claude Mailly

JC Mailly : « Un syndicalisme libre et indépendant, alliant idéal et pratique, négociation et action »

, Jean-Claude Mailly

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Dans nombre de pays, en Europe et hors Europe, se déroule ce que l’on pourrait appeler une crise de la représentation politique.

Elle est notamment perceptible à l’occasion d’élections politiques où les pronostics ne sont pas confirmés, où certains grand partis prennent l’eau, où des mouvements dits « populistes » font des percées. La France n’y échappe pas, on a pu le mesurer à l’occasion des élections présidentielles et législatives.

Parmi les causes à l’origine de cette situation figurent incontestablement une augmentation des inégalités et précarités, un sentiment croissant et largement partagé d’injustice, qui plus est depuis la crise financière de 2007.

En quelque sorte il s’agit de répondre à la question : comment retrouver un projet, une vision, un sens à moyen et long termes ? Comment pouvoir espérer, autrement dit, un monde meilleur, collectivement et individuellement ?

Dans ce contexte, notre syndicalisme doit rester lui-même, libre et indépendant, alliant idéal et pratique, négociation et action.

Quand, ces derniers temps, un responsable politique appelle à la jonction des forces politiques associatives et syndicales de résistance, c’est certes son droit mais ce n’est pas compatible avec nos valeurs et notre pratique.

Un syndicat s’adresse aux travailleurs, quels qu’ils soient, en activité ou non.

Un parti politique s’adresse aux citoyens, d’où une vision de l’intérêt général.

Historiquement, en France, ce débat a été tranché en 1906 avec la Charte d’Amiens, Et il n’y a pas de raisons, selon nous, de ressusciter Jules Guesde.

Force Ouvrière continuera à négocier, concerter et agir, quand nécessaire, comme nous le ferons le 16 novembre.

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Éphéméride

15 août 1944

Déportation de Maurice Harmel
Force Ouvrière n°26, daté du jeudi 20 juin 1946 Une plume plus qualifiée que la mienne devrait ici rendre hommage à notre camarade Maurice Harmel, mort au camp de Buchenwald. Cependant, je l’ai lu assez souvent pour me permettre de saisir l’occasion de saluer une nouvelle fois sa mémoire, cette (...)

Force Ouvrière n°26, daté du jeudi 20 juin 1946

Une plume plus qualifiée que la mienne devrait ici rendre hommage à notre camarade Maurice Harmel, mort au camp de Buchenwald. Cependant, je l’ai lu assez souvent pour me permettre de saisir l’occasion de saluer une nouvelle fois sa mémoire, cette mémoire restée si vivante dans l’esprit des journalistes du travail et dans celui aussi des militants syndicalistes. Eugène Morel, qui fut son compagnon inséparable, ne manque jamais de rappeler des souvenirs communs, puisant dans une foule d’anecdotes tantôt drôles, tantôt tragiques.

Maurice Harmel fut le premier secrétaire général du Syndicat national confédéré des journalistes, mais comme professionnel tout le monde doit se rappeler la longue et brillante carrière de cet homme qui voua sa vie à l’étude des problèmes du monde moderne. Harmel se passionnait à la défense de la justice sociale, il y consacra le meilleur de lui-même et sa vie. Il faut remonter la longue série d’articles qu’il donna au Peuple pour y découvrir la trame d’une clairvoyance que le événements ne devaient que trop confirmer. C’est sans doute à son désintéressement total que l’homme dut de ne pas errer.

Sous l’Occupation, notre camarade comprit toute la valeur des publications clandestines. Il fut un des principaux rédacteurs de Libération-Nord. Mais, à Force Ouvrière, un titre particulier demeure attaché à son nom. Notre journal est la continuation de Résistance Ouvrière et Maurice Harmel consacra la plus grande partie de son temps à la rédaction et au travail de parution de cet organe clandestin, auquel Saillant et Bothereau collaboraient régulièrement. C’est cette équipe de trois hommes qui fonda, dans les pires moments, Résistance Ouvrière, auquel succède Force Ouvrière, et le nom d’Harmel ne sera oublié de personne d’entre nous.

Nous y revenons aujourd’hui parce que le gouvernement provisoire vient de citer Louis-Antoine Thomas, dit Maurice Harmel, à l’ordre du jour de la Nation.

Maurice Harmel, déporté le 15 août 1944 et mort au début de 1945 dans un kommando de Buchenwald, garda jusqu’au bout un optimisme fondamental en dépit des critiques qu’il adressait aux responsables.

Sa fille, tout inspirée de lui, avec qui je bavardais tout à l’heure, me disait cependant que Maurice Harmel plaçait un autre espoir dans la terrible leçon. Lui aussi serait bien étonné du tour que prennent les choses.

Après avoir prévu et dénoncé tant et tant d’erreurs, il voulait croire à l’efficacité des épreuves. Le gouvernement vient de reconnaître officiellement les mérites d’une vie et d’une mort. Officiellement aussi, ces vies et ces morts doivent conserver une valeur de méditation dont le présent semble avoir bien besoin.
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