Le Parisien - le 05/09/2016 - FO Hebdo

Jean-Claude Mailly : « Notre combat contre la loi Travail n’est pas fini »

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Photographie : F. Blanc / FO Hebdo - CC BY-NC 2.0

« Jean-Claude Mailly, le secrétaire général de FO, explique dans un entretien sans langue de bois que son syndicat ne rendra pas les armes face à la loi Travail. » Le Parisien


Vous ferez meeting commun mercredi avec Philippe Martinez. C’est un rapprochement entre FO et la CGT ?

JEAN-CLAUDE MAILLY. J’ai répondu à l’invitation lancée par l’union départementale FO de Loire-Atlantique, comme les sept responsables d’organisations étudiantes, lycéennes et de salariés qui ont également été conviés à Nantes pour un meeting commun sur la loi Travail. Nous sommes dans une unité d’action. Ce n’est pas parce que cette loi est passée avec le 49-3 cet été que c’est fini. Nous appelons le 15 septembre à une nouvelle journée de mobilisation dans une quarantaine de villes.


N’est-ce pas la manif de trop ?

Non. Cette date avait été arrêtée dès le début de l’été. Les camarades ont levé le pied à juste titre après les attentats de Nice. L’objectif est de montrer qu’on ne laisse pas tomber, même s’il y aura moins de monde qu’il n’y en a eu. Et cela ne veut pas dire qu’après le 15 septembre, il y aura encore des manifs. Maintenant, il va y avoir une bataille juridique à mener.


Vous voulez jouer la montre pour empêcher l’application de la loi ?

Le gouvernement a jusqu’à la fin de l’année pour rédiger les 134 décrets. Nos services juridiques travaillent d’arrache-pied pour trouver les axes de recours. Il n’est jamais trop tard.


On vous annonce à la Fête de l’Huma, samedi 10 septembre. Avec les communistes, c’est la lune de miel ?

J’y serai pour participer à un débat sur le dialogue social et la loi Travail. C’est effectivement la première fois qu’un secrétaire général de FO y participe. Cela ne me pose aucun problème.


Et à vos militants ?

Je n’exclus pas que certains se demandent ce que je vais faire là-bas, mais à partir du moment où l’on a des convictions et que les choses sont claires, on peut aller débattre partout. Il y a quelques années, j’ai participé à l’université d’été du Medef. Là, ça change, je vais à la Fête de l’Huma.


Vous parlez du Medef. Pour Manuel Valls, depuis la mise en place du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), les entreprises ont joué le jeu. Qu’en pensez-vous ?

Je rappelle que sur trois ans, le pacte de responsabilité et le CICE, cela représente au total plus de 100 Mds€ de réductions accordées aux entreprises. Et nous n’avons pas eu un million d’emplois, loin de là, malgré le slogan du Medef et de son président Pierre Gattaz : « Un million d’emplois contre 100 milliards ». Et maintenant, il nous fait le coup des deux millions d’emplois ! Celui qui a menti, ce n’est pas le Medef, mais le président de la République et son Premier ministre. Ils ont fait miroiter des emplois aux Français alors qu’ils n’avaient exigé aucune contrepartie du patronat.


Pourtant, le taux de chômage s’améliore. Leur politique porte donc ses fruits ?

Non, on est dans une phase de stabilisation, mais la précarité augmente considérablement. Il n’y a pas assez de croissance. D’où le forcing fait par le gouvernement sur Pôle emploi pour atteindre l’objectif de 500 000 chômeurs en formation d’ici la fin de l’année. Encore faut-il qu’ils retrouvent ensuite un travail. L’inversion de la courbe, ce sera vrai le jour où cela se fera grâce à de véritables créations d’emploi.


Le départ du gouvernement d’Emmanuel Macron fait la une. Sage décision ou trahison ?

C’est à lui et à François Hollande d’en juger. Mais cette démission n’est pas une surprise. Il y a un moment que je n’ai plus de contacts avec Emmanuel Macron. Depuis plusieurs mois, il était plus préoccupé par son mouvement que par son poste de ministre. Des rendez-vous étaient annulés et pas reprogrammés, par exemple sur le dossier de la centrale nucléaire de Hinkley Point. Il a annulé et n’a pas repris contact.


Quel bilan tirez-vous de son action ?

Un bilan plus que mitigé. Tout le monde parle de la libéralisation des autobus, mais à entendre les dirigeants de ce secteur, si leur chiffre d’affaires a augmenté, c’est davantage grâce aux grèves de train qu’à la loi. En fait, Emmanuel Macron était beaucoup plus influent en tant que conseiller et secrétaire général adjoint de l’Elysée ou sur des dossiers qui ne le concernaient pas. Les licenciements économiques dans la loi Travail, c’est lui. Le pacte de responsabilité, c’est lui, inspiré par Pierre Gattaz. Macron a été une courroie de transmission du Medef.


Quels sont vos rapports avec le Premier ministre ?

Je n’ai pas eu de contacts avec lui depuis fin juin. Il peut m’appeler, il a mon téléphone.


Et avec l’Elysée ?

Pour quoi faire ? Je rappelle que, pendant le conflit sur la loi Travail, j’ai vu trois fois François Hollande. Je considère que cela n’a servi à rien.


Pendant le conflit sur la loi Travail, vous avez déclaré publiquement être encarté au PS. Vous le regrettez ?

Dès mon élection à la tête de FO, j’ai dit que j’étais au PS, même si je n’y milite pas. Je ne l’ai jamais caché, pas plus que mon amitié avec Martine Aubry. Heureusement qu’il reste des socialistes !


La campagne présidentielle a déjà commencé. Qu’en attendez-vous ?

Force ouvrière ne prendra pas position mais j’espère que les questions sociales, économiques et européennes vont revenir au cœur du débat. Il ne doit pas tourner exclusivement sur la sécurité et toutes les variantes possibles de la laïcité. On ne va pas faire la campagne sur le burkini ! Cela ne ferait que renforcer la défiance des Français à l’égard des politiques. Ils sont inquiets en priorité pour leur emploi et leur pouvoir d’achat.


Propos Recueillis Par Catherine Gasté

Voir en ligne : Le Parisien - Interview du 5 septembre 2016

A propos de cet article

Sur l’auteur

Jean-Claude Mailly

Secrétaire général de FO


Marche générale de l’Organisation - Expression publique - Relations avec les Fédérations Nationales et les Unions Départementales - CSI/CES


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Site internet : https://twitter.com/jcmailly

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Éphéméride

18 décembre 1915

Mort d’Édouard Vaillant
Article de Théodore Beregi paru dans Force Ouvrière n°600, le jeudi 29 octobre 1957 Dès sa jeunesse, Vaillant tout en étudiant la médecine, s’intéressait passionnément aux questions sociales et économiques de son temps. Il était naturellement destiné à la direction des combats par sa sensibilité et son (...)

Article de Théodore Beregi paru dans Force Ouvrière n°600, le jeudi 29 octobre 1957

Dès sa jeunesse, Vaillant tout en étudiant la médecine, s’intéressait passionnément aux questions sociales et économiques de son temps. Il était naturellement destiné à la direction des combats par sa sensibilité et son humanité. La compréhension immédiate du sort des déshérités l’orientait vers les groupements syndicaux en formation.

Nous sommes sous le régime dictatorial de Napoléon III. Ce dernier fait des tentatives renouvelées pour prendre sous sa protection « paternelle » la classe ouvrière mécontente de sa situation. Certes, l’Empereur toléra la constitution des sociétés mutualistes et des premières Chambres syndicales - il autorisa même à une importante délégation ouvrière de se rendre à l’Exposition universelle de Londres, mais lorsque les mineurs du Nord et du Pas-de-Calais se mirent en grève pour obtenir une augmentation de salaire et quand une section de l’Association internationale des travailleurs se forma en France, Napoléon III craignant pour la stabilité de l’Empire « libéral » dévoila son hostilité foncière et devint impitoyable. Il fit traquer et emprisonner les meilleurs militants des corporatives ouvrières.

C’est dans un tel climat psychologique et social, en effervescence continuelle que Vaillant se lança dans la mêlée, en donnant son adhésion à la Première Internationale. Il participa au deuxième Congrès de Lausanne (1867) et soutint avec Varlin et Frankel, les revendications ouvrières : la journée de huit heures, l’organisation de l’école-atelier et l’enseignement scientifique et professionnel. Sa popularité était si grande parmi les travailleurs du quartier du Temple qu’il fut élu membre de la Commune et délégué à l’enseignement.

Jusqu’à la Semaine sanglante il fut un des plus fervents partisans de la collaboration de la Commune avec les Chambres syndicales. Si les organisations ouvrières et les sociétés coopératives ont joué en 1871 un rôle actif dans la vie sociale, le mérite lui revient incontestablement. Après la défaite de la Commune de Paris, il put s’enfuir à Londres, où il devint membre du Conseil général de la Première Internationale. Condamné par contumace à la peine de mort par le Conseil de guerre de Versailles, Vaillant ne revint en France qu’après l’amnistie. Aussitôt il reprit la lutte pour le triomphe des idées qui lui étaient chères.

Lorsqu’il fut élu conseiller municipal dans le quartier du Père-Lachaise, Édouard Vaillant demanda des pensions pour les anciens combattants de la commune et proposa que le nom de ceux qui s’étaient distingués en 1793 et en 1871 fut donné à des rues de Paris.

Son sens de justice et d’équité le guidait encore quand il suggéra à la municipalité la réquisition des appartements inoccupés en faveur des sans-logis. La condition sociale des travailleurs était un de ces soucis constants. Vers 1884, la recrudescence du chômage avait forcément engendré la misère dans la population ouvrière. Pour remédier à cette situation il proposa l’institution d’un fonds de secours, destiné à verser aux chômeurs une allocation correspondant au coût moyen de la vie.

Dans toutes les circonstances des conjonctures sociales de l’époque, la classe ouvrière trouva Édouard Vaillant à là pointe du combat entre le capital et le travail ; elle pouvait compter sur son dévouement et sur son abnégation. Il était avec les mineurs en grève à Anzin, à Decazeville et à Carmaux, leur apportant son encouragement, sa parole chaleureuse, son concours réconfortant pour animer et maintenir la solidarité ouvrière.

Édouard Vaillant a toujours vécu parmi les travailleurs. Il connaissait la genèse de leur révolte, de leurs revers et de leurs aspirations, de même que l’égoïsme incommensurable la duplicité et le culte du Profit du patronat. Il a démontré que le rapport des forces détermine la défaite ou la victoire. Il a mesuré avec perspicacité le rôle éminent et la portée économique et sociale considérable des groupements syndicaux et le prouva en 1895, lors de la création de la Confédération Générale du Travail, en saluant avec enthousiasme cet événement capital de l’histoire syndicale.

Il est significatif que dans cette période critique où le sectarisme des politiciens ambitieux divisait le mouvement ouvrier, Vaillant, en prenant position se rallia spontanément aux initiatives des fondateurs de l’ancienne CGT, quand il écrivit : « Ce sont les représentants de la partie organisée, syndiquée de la classe ouvrière, qui, encore une fois, ont fait appel à tous les travailleurs, leur traçant la voie de leur émancipation et les invitant à sortir de la masse inorganisée pour grandir, fortifier l’organisation, et l’armée ouvrière de combat ».

Édouard Vaillant voyait, en effet, dans la Confédération Générale du Travail, la naissance d’une puissante force ouvrière, basée sur une structure unifiée, capable sur le plan national, avec plus de mordant et d’efficacité, de conduire les batailles corporatives entre les salariés et le patronat. Cependant, au-delà de luttes quotidiennes pour le mieux être il y a le but définitif que Vaillant n’a jamais perdu de vue et qu’il considéra comme la pierre angulaire de la théorie syndicaliste : la libération du monde du travail de la servitude capitaliste et la transformation complète de la condition économique des salariés.

Ainsi jusqu’à sa mort, survenue pendant la première guerre mondiale, « le père Vaillant » resta inébranlablement fidèle à lui-même, à ses principes syndicalistes et à la vision éthique de sa jeunesse. Il avait l’intelligence des sages et la foi profonde des apôtres.

Tel était Édouard Vaillant. Simple, infiniment bon, épris de liberté et de justice, grand défenseur des droits ouvriers, promoteur d’un idéal éternellement jeune et dont les convictions concordaient si parfaitement avec les actes de sa propre vie.