Jérémy Graça, engagé pour la défense des droits des livreurs

Portrait par Fanny Darcillon, L’Info Militante

Article publié dans le cadre de la campagne Du 9 au 16 mai : élection des travailleurs des plateformes
© F. BLANC

Jérémy Graça, 35 ans, milite pour de meilleures conditions de travail au sein de la plateforme de livraison de repas Just Eat. Il est candidat FO aux premières élections syndicales de l’histoire de l’entreprise.

Il n’avait jamais battu le pavé en manifestation, jamais été syndiqué, tout juste avait-il participé à un blocus, un jour à la fac : en quelques mois, Jérémy Graça a dû cependant faire face à un conflit social ardu. Il est aussi candidat FO aux premières élections syndicales de son entreprise, Just Eat. Je ne connaissais pas trop le syndicalisme, admet volontiers le livreur de 35 ans, mais quand j’ai vu les problèmes de salaires, les accidents non rémunérés, les vélos non remplacés, je me suis dit qu’il fallait que je défende les droits des salariés

Dans son viseur : un accord d’entreprise adopté par la plateforme de livraison de repas et cela sans la présence d’un syndicat, et contraire à la convention collective des transports routiers.

L’offre d’emploi chez Just Eat avait pourtant semblé alléchante pour le jeune homme. Dans un secteur où règne l’auto-entreprenariat, la conversion en grandes pompes de l’entreprise au salariat promettait protection sociale, cotisation retraite et congés payés. L’envers du décor, marqué par le manque de considération et les mesures défavorables aux livreurs, a poussé Jérémy Graça à s’engager. J’étais en compagnie de collègues et j’ai rencontré par hasard une militante FO, qui m’a tout de suite guidé pour rendre visite à l’union départementale de Paris. Là-bas, il raconte la situation chez Just Eat et trouve écoute et soutien. Ce qui m’a convaincu d’adhérer, c’est l’indépendance de l’organisation et la tendance à miser sur la discussion d’abord : ne pas agir sans réfléchir au risque de provoquer des conséquences néfastes pour les salariés.

Tour de France des conditions de travail

Né à Paris d’un père peintre en bâtiment et d’une mère employée de mairie, Jérémy Graça a grandi dans l’Yonne, qu’il a quitté pour des études de maths-informatique à la fac de Nanterre. Livreur pour Domino’s pizza, facteur en Seine-Saint-Denis, il cumule alors plusieurs expériences qui, déjà, lui donnent envie d’en savoir plus sur le droit du travail et le salariat. Jusqu’à suivre aujourd’hui une formation pour devenir gestionnaire de paie, lui donnant accès à l’autre côté de la barrière : En stage, j’ai pu voir comment fonctionnait le monde des employeurs. C’est intéressant. De leur côté aussi ça peut être difficile. Il se forge ainsi un militantisme équilibré, basé sur le recueil de paroles diverses. Pour les élections au sein de Just Eat, qui se terminent le 24 février, Jérémy Graça a fait un tour de France des villes où la plateforme est présente. Il est allé à la rencontre des livreurs, très isolés dans leur quotidien professionnel et éloignés de toute structure syndicale. Or, ont souligné beaucoup d’entre eux, rapporte le militant, il est important de venir voir  dans quelles conditions ils travaillent. Ce qu’a fait FO.

Pour Jérémy Graça, l’enjeu du scrutin est également personnel, dans une entreprise qu’il dit prompte à intimider les syndiqués :  Je sais que j’ai peut-être une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Si FO ne fait pas un bon résultat, les autres candidats et moi on pourrait sauter dans quelques mois. L’objectif est de gagner et ainsi imposer un rapport de force permettant de faire avancer les droits des livreurs.

Tous les articles de la campagne

VTC : FO roule pour le respect de leurs droits

Emploi et Salaires par  Valérie Forgeront

Saluée le 22 mai par la confédération FO ainsi que par la Fédération FO des Transports, la création du syndicat FO des chauffeurs, capacitaires et VTC (FO-CAPA-VTC) marque une nouvelle étape dans le combat de ces salariés indépendants pour la reconnaissance de leurs droits, notamment bafoués par des plates-formes tel Uber.

Charte pour les travailleurs des plateformes : la prime au moins disant social !

Communiqué de FO par Béatrice Clicq

Le 4 septembre dernier, le Conseil constitutionnel censurait l’article de la loi « Pour la liberté de choisir son avenir professionnel », qui donnait la possibilité aux plateformes de définir dans une charte les conditions et modalités d’exercice de leur responsabilité sociale à l’égard de leurs travailleurs. Au mois de mars, les sénateurs supprimaient, à leur tour, l’article 20 du projet de loi sur les mobilités (LOM), qui reprenait cette disposition.