Karine : Mon métier m’a permis de découvrir le syndicalisme

InFO militante par Sandra Déraillot, L’Info Militante

Employée comme caissière dans un hypermarché de Claye-Souilly, Karine Dallongeville, 45 ans, est secrétaire du CSE et conseillère prud’homale. Epanouie dans ses responsabilités, malgré la charge de travail.

Je suis au bord des larmes, vous avez entendu ? Encore le 49.3 Contactée par téléphone après une rencontre dans une manifestation à Paris contre la réforme des retraites, Karine Dallongeville est dépitée. Caissière du magasin Carrefour de Claye-Souilly (Seine-et-Marne) elle est de tous les cortèges depuis le 19 janvier. J’espère qu’on ne va pas baisser les bras, se presse-t-elle d’ajouter. Ce n’était pas dans les intentions de FO qui avec l’intersyndicale a appelé à une nouvelle journée d’actions le 23 mars.

Son métier, depuis 25 ans, Karine l’a vu évoluer : caisses en libre-service, fonte des effectifs, apparition du « drive »... Et toujours autant de maladies professionnelles. Elle-même en a fait les frais, écopant, il y a quelques années, d’un an d’arrêt de travail, faute de s’être inquiétée dès les premiers symptômes : On va travailler malgré tout, on sert les dents, jusqu’au moment où la douleur empêche de dormir. Diagnostic : bursite sur une épaule, capsulite sur l’autre. La kiné, voisine du magasin, nous voit arriver de loin nous les caissières. On a toutes les mêmes problèmes liés aux gestes répétitifs.

Karine est devenue adhérente FO invitée par ses collègues. Je venais d’être embauchée quand elles m’ont dit : Tu as l’air de connaître des trucs et tu poses toujours des questions juridiques. La jeune maman avait aussi quatre années de fac de droit derrière elle, et avait auparavant cherché à entrer en école de travail social. Avec le recul, je ne regrette pas de ne pas être devenue assistante sociale, car entrer chez Carrefour m’a permis de découvrir le syndicalisme.

Le grand combat de 2018 chez Carrefour

Depuis 2010, cette Seine-et-Marnaise de toujours a d’abord été suppléante de la déléguée du personnel, puis elle est entrée au comité d’entreprise. Depuis quelques années elle siège au CSE comme secrétaire. Le grand combat mené chez Carrefour était un combat national, en 2018. Le magasin de Claye-Souilly avait dû fermer ses portes une journée durant. Nous avons obtenu que la participation passe de 58 à près de 500 euros, s’enorgueillit la syndicaliste.

Autre victoire : avoir empêché récemment l’implantation d’un syndicat plus favorable à l’employeur. Du jour au lendemain ce syndicat a contacté des salariés, et il est venu les rencontrer dans l’entreprise. Cela nous a interloqué alors nous avons discuté avec les salariés en question, on leur a proposé de venir voir ce que nous faisions chez FO, nous qui sommes implantés de longue date. Résultat : de nouveaux adhérents, et des salariés surpris par l’ampleur des tâches à accomplir pour les représentants syndicaux. Et surtout : pas de nouveau syndicat parachuté dans l’entreprise.

Au quotidien, l’engagement de Karine est aux côtés des salariés pour s’assurer qu’ils ne restent pas toute leur carrière au premier échelon ou encore pour contrer les volontés de l’employeur de les déplacer d’un rayon à l’autre, au détriment de leur expérience ou de leur qualification. Nous avons pu empêcher qu’un boulanger, diplômé et qualifié, soit muté au rayon épicerie.

Des responsabilités multiples

En 2018, l’élue est aussi devenue conseillère prud’homale. Je découvre des situations tellement différentes, tant du point de vue de l’employeur que de celui du salarié. Et parfois on tombe vraiment des nues. Et de rapporter l’histoire de cet employé sans papiers, qui dormait la nuit sur un matelas à même le sol de l’hôtel où il faisait le ménage en journée. L’homme état aussi gardien de nuit et se nourrissait des restes du petit déj, s’indigne Karine.

Toutes les situations ne sont évidemment pas aussi extrêmes et la salariée s’épanouit dans son mandat de conseillère : Au fil du temps on apprend des tas de choses que l’on peut utiliser dans l’entreprise. Par exemple on connaît toute la réglementation par rapport à l’invalidité et aux licenciements.

Autant de responsabilités qui apportent à la caissière un quotidien diversifié et un vaste réseau relationnel. Il suffit de la suivre en manif pour comprendre. La dernière fois, je suis venue avec une nouvelle recrue du syndicat, elle était étonnée que je connaisse autant de monde, mais c’est ça aussi le syndicalisme. On est une grande équipe.

L’élue syndicale dispose de 28 heures mensuelles de délégation. Pas suffisant, alors Karine prend sur son temps libre, même si celui-ci est aussi occupé par ses fonctions de secrétaire de l’association de parents d’élèves du collège de sa fille. Elle m’a d’ailleurs suggéré de lever un peu le pied quand elle entrera au lycée. Mais aider les autres, en famille comme au travail, Karine n’a pas l’attention de laisse tomber.

Sandra Déraillot Journaliste à L’inFO militante

L’Info Militante

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