L’apprentissage en hausse en 2020

InFO militante par Elie Hiesse

Arnaud HEBERT/REA

Portés par une aide exceptionnelle de l’État, plus de 156.600 nouveaux contrats d’apprentissage ont été conclus en 2020 selon la Dares. Pour soutenir l’élan, FO appelle à une hausse de la contribution des employeurs et à un financement public pour les Centres de formation d’apprentis (CFA).

Du jamais-vu. En 2020, le nombre de contrats d’apprentissage a dépassé la barre du demi-million, secteur public compris. Il s’établirait à 525.600, grâce à la signature de 156.632 nouveaux contrats, selon les chiffres provisoires publiés en juillet par la Dares, qui souligne une très forte augmentation.

Portée presque entièrement par le secteur privé, la hausse des entrées en apprentissage en 2020 a touché les sociétés de toute taille. Résultat, le poids des plus petites entreprises (comptant moins de 10 salariés) dans les embauches reste inchangé : en 2020, comme en 2019, 48% des contrats d’apprentissage s’y sont conclus. La part de l’industrie, de la construction, de l’hébergement-restauration ou de la coiffure, particulièrement frappés par la crise sanitaire, diminue sensiblement. Mais les entrées en apprentissage ont été plus nombreuses dans le commerce, les activités financières et d’assurance ainsi que dans certains services aux entreprises, comme les activités juridiques et comptables.

Derrière les chiffres

Ce bond de 42% des contrats, comparé à 2019, cache néanmoins un effet purement mécanique. Car ces 156.632 contrats d’apprentissage supplémentaires en 2020 intègrent le report de contrats de professionnalisation, l’autre grande forme d’alternance, en lycée, moins avantageuse en 2020 pour les employeurs. Ainsi, si l’on soustrait, du résultat, les 86.164 contrats de professionnalisation signés en 2020 (selon une autre étude Dares), la création nette 2020 de places supplémentaires en apprentissage n’est plus que de 70.468. Et le bond des contrats n’est plus que de 19% comparé à 2019 (soit trois points de plus que la hausse des contrats enregistrée entre 2018-2019).

Cette hausse 2020, en pleine crise sanitaire, tient beaucoup à l’effet d’aubaine qu’ont constitué, pour les entreprises, les primes exceptionnelles à l’embauche d’apprentis accordées, depuis juillet 2020, par l’État (en fait, des revalorisations de l’aide à l’embauche existante) : 5.000 euros pour le recrutement d’un mineur, 8.000 euros pour l’embauche d’un jeune de plus de 18 ans la première année. D’autant que cette aide majorée a été élargie à toutes les entreprises, même celles de plus de 250 salariés (à la condition du respect d’un quota de 5% d’alternant dans les effectifs), et concerne tous les diplômes, du CAP à la licence professionnelle.

La ministre du Travail Elisabeth Borne, s’est expliquée sur la très grande mobilisation des employeurs. Les entreprises se sont massivement saisies (des contrats d’apprentissage) car, grâce à ces primes, l’État prend en charge la quasi-totalité du salaire de l’apprenti pendant un an. Quasiment, et sans contrepartie. L’État a mis plus d’1 milliard sur la table, en juin 2020, avec pour objectif annoncé de maintenir les effectifs 2020 d’apprentis à leur niveau de 2019, soit 360.000 contrats, tous secteurs confondus. Objectif dépassé.

FO appelle à un financement pérenne

Les aides de l’État expliquent pour beaucoup le bon résultat 2020. Mais on note un vrai changement de mentalités des entreprises. Le contrat d’apprentissage n’est plus perçu, comme il l’a été à tort, comme une voie pour les mauvais en classe, commente Michel Beaugas, secrétaire confédéral FO à l’emploi, à l’assurance-chômage et à la formation professionnelle continue.

Le militant FO souligne également l’afflux d’étudiants vers l’apprentissage. Beaucoup d’étudiants non-boursiers qui faisaient des petits jobs se sont tournés, dans la crise, vers l’apprentissage pour avoir un petit revenu stable. 2020 restera marquée par l’explosion de la précarité étudiante et des longues files d’étudiants venus récupérer un colis alimentaire. Des files qui perdurent cet été.

Pour soutenir la dynamique de l’apprentissage, qui risque de retomber avec la fin programmée fin 2021 de cette prime exceptionnelle à l’embauche versée aux employeurs, le secrétaire confédéral FO appelle à un financement pérenne, par une hausse de la contribution des entreprises (0,68% de la masse salariale brut pour les entreprises de plus de 10 salariés redevables, NDLR), et par un financement direct de l’État envers les centres de formations d’apprentis (CFA). En effet, une révision (à la baisse) des barèmes de prise en charge financière des diplômes, qui assurent l’essentiel des ressources des CFA, est prévu à la rentrée 2022. FO revendique également que les contrats d’apprentissage soient conditionnés à la signature d’un CDI.

Prime aux formations de l’enseignement supérieur

Sans surprise, l’étude de la Dares confirme le développement de l’apprentissage dans l’enseignement supérieur. En 2020, plus de la moitié des contrats concernent des formations supérieures au Bac (58%, contre 45% en 2019, 39% en 2018). La part des contrats de niveau Bac +3 à Bac +5 s’est accrue de 9 points, et celle des contrats des niveaux équivalents au CAP s’est repliée d’autant (- 9 points). Le nombre d’apprentis de 15-17 ans chute, de 10%, pour atteindre 22% en 2020, alors qu’il s’agit, pour cette catégorie d’âge, d’une voie déterminante pour trouver un emploi.

Il faudra attendre d’autres études pour connaître le taux d’accès à l’emploi à l’issue de ces contrats d’apprentissage 2020, particulièrement aidés par l’État. En attendant, d’autres questions restent en suspens et d’une brûlante actualité. A commencer par le sort des jeunes inscrits en CFA en 2020 qui n’ont pas trouvé d’employeur. Leur nombre était évalué à 40.000 début 2021. L’État, en raison de la crise, leur a accordé jusqu’à six mois (contre trois mois avant) pour trouver une entreprise avec laquelle signer un contrat. A défaut, ils doivent abandonner leur formation.

Il est primordial d’assurer à ces jeunes en CFA une place en lycée professionnel, s’ils n’ont pas trouvé de contrat à l’issue des six mois, pour qu’ils ne restent pas sur le carreau, revendique Michel Beaugas, secrétaire confédéral FO à l’emploi.

Elie Hiesse Journaliste à L’inFO militante

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