L’histoire du salariat

Histoire par Christophe Chiclet, L’Info Militante

Né avec la révolution industrielle aux XVIIIe et XIXe siècles, le salariat évolue en se fracturant en sous-ensembles sous la pression d’un chômage toujours omniprésent, induisant exclusion, précarité et petits boulots.

A ux temps modernes (XVIe-XVIIIe siècles), le salaire des brassiers, manouvriers, journaliers (paysans), mais aussi des domestiques, des valets, des apprentis était fort mince : une petite fraction de la récolte ou quelques pièces de monnaie. Le philosophe anglais John Locke écrit en 1696 : La part de l’ouvrier agricole, étant rarement plus qu’une maigre subsistance, ne donne jamais à ce groupement humain le temps ou l’occasion d’élever ses pensées plus haut ou de lutter avec les plus riches pour leur disputer leur part, sauf lorsqu’une détresse commune ou d’importance les unit en un seul ferment universel, leur faisant oublier le respect et les rend assez téméraires pour vouloir se tailler leur part à la force des armes.

Avec la révolution industrielle du XIXe siècle, la main-d’œuvre ouvrière est désormais rassemblée dans un même lieu, l’usine. Arrive le salariat moderne. L’ouvrier est payé en fin de journée, puis en fin de semaine, en liquide. Dans ce siècle, le salaire est défini comme un prix et, comme n’importe quel autre prix, il est soumis aux fluctuations de l’offre et de la demande, donc de la concurrence.

Le salariat contemporain

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, la donne change. Les idées de Keynes font écho : le capitalisme a besoin pour fonctionner d’une demande forte et régulière de la consommation. Il faut que la production soit assurée, en faisant en sorte que l’emploi nécessaire y soit affecté. Et il faut compter avec les salaires. Pour Keynes, cela implique un certain interventionnisme de l’État. En matière salariale, l’application des principes keynésiens conduira à une double mutation. D’une part, l’instauration de mécanismes de protection sociale qui aboutissent au financement par les entreprises, directement ou par le biais de l’impôt, de revenus sociaux hors des salaires directs. Sera instituée aussi la fixation d’une sorte de norme salariale minimale par la loi (Smic), de même que par le contrat (généralisation des conventions collectives, incitation à la recherche d’accords interprofessionnels).

Depuis une trentaine d’années, certains libéraux, visant la baisse du « coût du travail », vantent des systèmes autres que le salariat, et peu importe ce que cela implique comme aggravation de la précarité pour le travailleur. La loi Madelin de 1993 a ainsi participé à encourager, à travers la fiscalité, les salariés à se mettre à leur compte, souvent tout en continuant à travailler pour leur entreprise, mais de façon indépendante. Dix ans plus tard c’est devenu le credo des gouvernements glorifiant le statut d’« auto-entrepreneurs », qui cependant s’auto-exploitent, ne pouvant souvent s’octroyer qu’une rémunération de misère. Dès 1985, Yvon Gattaz, alors président du CNPF, parlait de la création d’emplois à contraintes allégées ! Prendra également forme le concept d’emplois sans salaire en Grande-Bretagne et celui des emplois à 4-5 euros l’heure en Allemagne...

 

Le Manifeste du Parti communiste
Dans son livre, Karl Marx écrit : La disparition des fonctions économiques de la famille patriarcale au moment de l’industrialisation a créé une société de masse. Ce phénomène a transformé les gens qui travaillaient en une masse d’individus égaux non différenciés.

Christophe Chiclet Journaliste à L’inFO militante

L’Info Militante

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