La création de la Fédération des Bourses du travail

Histoire par Christophe Chiclet

En France, le syndicalisme moderne est né de la fusion des Bourses du travail et des syndicats de métiers. C’est ce qui fera la force de la jeune CGT en 1895, soit trois ans après l’union des différentes Bourses du travail au sein d’une fédération nationale.

Les Bourses du travail sont une organisation originale du mouvement ouvrier. En 1886, le Conseil municipal de Paris décide d’aider les différents syndicats de métiers de la capitale. Pour ce faire, la municipalité met à leur disposition des bureaux, des salles de réunion et un centre de documentation dans un immeuble dédié. La première Bourse du travail est née.

Dans la foulée d’autres villes suivent : Marseille (1885), Nîmes et Bourges (1887), Saint Étienne et Toulouse (1888), Agen et Montpellier (1891). Début 1892, il en existe déjà quatorze qui décident alors de se réunir en fondant le 7 février de cette année-là, la Fédération nationale des Bourses du travail lors du congrès de Saint Étienne. Le mouvement s’amplifie : 40 en 1895, année où elles vont se fondre avec la FNS (Fédération nationale des syndicats) pour donner naissance en septembre, à Limoges, à la Confédération générale du travail. 74 en 1901 et 157 en 1908.

Les bourses deviennent des locaux, des lieux de rencontre au niveau horizontal de la CGT, mais pas uniquement. L’organisation verticale étant les structures de branches, de métiers, de corporations. L’organisation horizontale étant le maillage géographique par régions, départements, villes… Mais les Bourses (ancêtres de nos UD et UL) ne sont pas réservées aux syndiqués. Bien au contraire, elles sont ouvertes à tous les travailleurs, hommes, femmes, syndiqués ou non qui viennent y trouver information, réconfort, aide et même bureau de placement. On y croise souvent des ouvrières avec leurs enfants et des vieux travailleurs en « retraite ». Ces « maisons du peuple » ont souvent peint sur leurs frontons « Bourse libre du travail ».

L’œuvre de Fernand Pelloutier

Une des plus importantes figures de l’organisation et du développement des Bourses du travail fut sans contexte Fernand Pelloutier (1867-1901).

Ayant contracté la tuberculose à l’âge de 21 ans, il mourra prématurément à 34 ans. Journaliste républicain à ses débuts, il devient vite socialiste tendance guédiste. Mais dès 1892, il s’oppose à Jules Guesde en défendant l’idée de grève générale.

L’année suivante, il se rapproche des syndicalistes révolutionnaires et démissionne du parti guédiste (Parti ouvrier français). En 1895, il est élu secrétaire général de la Fédération nationale des Bourses du travail et explique sa conversion au syndicalisme dans les colonnes des Temps Nouveaux : « Il faut dorénavant que les agitations politiques restent étrangères aux ouvriers, que toute discussion autre qu’économique soit impitoyablement proscrite de leurs programmes d’études et qu’ils se consacrent tout entiers à la résistance contre le capital ».

Nous sommes exactement aux origines de la charte d’Amiens de 1906 dont la CGT-FO est l’héritière. En 1901, après avoir assisté au VIIIe congrès de la Fédération des Bourses, il rentre à Sèvres, s’alite pour ne plus se relever. En octobre 1897, un membre du Comité fédéral de la jeune CGT disait de lui : « Placé en dehors de nos haines politiques, il est le plus apte à tenir la balance égale entre tous les délégués ».

À sa création, le 7 février 1892, le congrès de la Fédération déclare : « Les Bourses du travail doivent être absolument indépendantes pour rendre les services qu’on en attend. Les travailleurs doivent repousser d’une façon absolue l’ingérence des pouvoirs administratifs et gouvernementaux dans le fonctionnement des Bourses, ingérence qui s’est manifestée par la déclaration d’utilité publique qui n’a été proposée par le gouvernement que pour nuire à leur développement. Le Congrès invite les travailleurs à faire les plus énergiques efforts pour garantir l’entière indépendance des Bourses du travail ». Les buts proclamés : service de mutualité, placement des syndiqués, secours aux victimes d’accidents du travail et aux chômeurs. Grâce à l’appui des Bourses, les syndicats se multiplient, des bibliothèques sont créées et un enseignement général mais aussi professionnel est dispensé aux ouvriers.