La crise sanitaire menace de mettre des millions d’enfants supplémentaires au travail

International par Evelyne Salamero

Article publié dans le Dossier Coronavirus / Covid19
Rahmat Alizadah/XINHUA-REA

Ces vingt dernières années, le nombre d’enfants au travail a diminué de 94 millions. Un acquis aujourd’hui gravement menacé par la crise sanitaire, alertent l’Organisation internationale du travail et l’Unicef à l’occasion de la journée internationale contre le travail des enfants, ce 12 juin.

La planète compte encore 152 millions d’enfants âgés de moins de 15 ans contraints de travailler pour survivre et compenser la faiblesse des revenus de leur famille, selon les dernières statistiques disponibles. Ils étaient 94 millions de plus en 2000. Mais la crise sanitaire risque fort de stopper net dans son élan cette tendance à la baisse. « Cet acquis est aujourd’hui en danger », alertent l’Organisation internationale du travail (OIT) et l’Unicef, dans un rapport conjoint publié le 11 juin.

Le travail des enfants augmente avec la pauvreté

Selon la banque mondiale, 40 à 60 millions de personnes supplémentaires pourraient basculer dès cette année dans la catégorie de ceux qui vivent avec moins de 1,9 dollar par jour, en particulier parmi les travailleurs informels et migrants. Le taux mondial d’extrême pauvreté pourrait ainsi augmenter cette année de 0,3 à 0,7 point de pourcentage pour concerner environ 9% de la population mondiale. Or plusieurs études ont déjà montré qu’une hausse d’un point de la pauvreté conduit à une augmentation du travail des enfants d’au moins 0,7 point, rappellent l’OIT et l’Unicef.

Un nombre croissant d’enfants pourraient se retrouver contraints de s’engager dans des emplois dangereux (…) Les inégalités de genre pourraient s’accroître, les filles étant particulièrement susceptibles d’être exploitées dans l’agriculture et le travail domestique, s’alarment les deux organisations onusiennes.

Fermetures d’écoles et fracture numérique, facteurs aggravants

Les enfants déjà obligés de travailler pourraient avoir à le faire en augmentant le nombre d’heures ou en subissant une dégradation de leurs conditions de travail. Un plus grand nombre d’entre eux pourraient se voir contraints de se retrouver dans les pires formes de travail des enfants, ce qui leur fait courir des risques importants en matière de santé et de sécurité, soulignent-elles aussi.

De plus, il est de plus en plus évident que le travail des enfants augmente avec la fermeture des écoles pendant la pandémie et à la reprise des cours, certains parents pourraient ne plus pouvoir se permettre d’envoyer leurs enfants à l’école., s’inquiètent les deux organisations.

Alors que les fermetures d’écoles décidées pour faire barrage à la pandémie ont impacté plus de 90% des jeunes scolarisés, soit environ 1,6 milliard d’élèves dans 130 pays, la fracture numérique sur l’ensemble de la planète prive la majorité d’entre eux de toute possibilité d’enseignement à distance, ajoutent-elles.

55% de la population mondiale dépourvue de protections sociale

Autre gigantesque faille, la crise sanitaire vient frapper un monde dont 55% de la population est dépourvue de protection sociale.

En temps de crise, la protection sociale s’avère vitale car elle permet de venir à la rescousse des plus vulnérables. Il est donc véritablement essentiel d’intégrer la question du travail des enfants dans le cadre plus large des politiques en matière de protection sociale, d’éducation, de justice, de marché du travail ainsi que des droits humains et des droits du travail, souligne Guy Ryder, directeur général de l’OIT.

Outre un appel à œuvrer à l’élargissement de la protection sociale en direction des travailleurs informels et à renforcer les systèmes déjà existants, l’OIT et l’Unicef demandent un accès plus facile au crédit pour les familles pauvres, l’élimination des frais de scolarité, ainsi que des moyens accrus pour l’inspection du travail.

Evelyne Salamero Journaliste à L’inFO militante

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