Entre Militants

La FEETS-FO en congrès : « Il est nécessaire de se développer encore »

, Valérie Forgeront

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XIe Congrès de la FEETS FO à Bussang (Vosges).

Le XIe congrès de la fédération de l’Equipement, de l’Environnement, des Transports et des Services (FEETS-FO) qui se tenait du 30 janvier au 2 février a réuni trois-cents participants à Bussang dans les Vosges. Ces fonctionnaires et ces salariés du privé ont en commun la défense de leurs droits de travailleurs. Des droits qui pour être respectés par les employeurs publics ou privés requièrent de plus en plus des combats syndicaux, longs et âpres.

Ils sont 300 participants, soit 30% de plus qu’au précédent congrès qui se tenait à Guidel en 2013… C’est la meilleure réponse à ceux qui voudraient nous anesthésier ou nous réduire à néant lançait le 31 janvier Jean Hédou, le Secrétaire général de la fédération de l’Equipement, de l’Environnement, des Transports et des Services en ouverture du XIe congrès de la FEETS-FO qui se tenait jusqu’à ce 2 février à Bussang dans les Vosges.

Les congressistes ont reçu la visite du Secrétaire général de la Confédération FO Jean-Claude Mailly ainsi que celle des secrétaires confédéraux Pascal Pavageau et Yves Veyrier.

Les délégués réunis studieusement dans ce petit village perché en haut d’une montagne vosgienne ont aussi reçu la visite de nombreux secrétaires de Fédérations tels Christian Grolier (fonctionnaires FO), Patrice Clos (Transports), Brigitte Perrot (Fage/administration générale de l’État), Hubert Raguin (FNEC/Education), Philippe Grasset (Finances), Eric Péres (FO Cadres), Serge Legagnoa (FEC/employés et cadres).

Des secrétaires d’unions départementales ont aussi pris part au congrès tel David Lecomte (UD FO de l’Eure) ou bien sûr Franck Pattin, le secrétaire de l’UD FO des Vosges. Les délégués ont aussi reçu des invités internationaux : Eduardo Chagas pour l’ETF (fédération européenne des ouvriers du Transport) et Stephen Cotton pour l’ITF (la fédération internationale des ouvriers du Transport).

Au cours de ce congrès qui a vu l’adoption à l’unanimité du rapport moral ainsi que du rapport financier de la fédération, les délégués ont évoqué au fil d’une trentaine d’interventions à la tribune une situation sociale qui met de plus en plus en souffrance les salariés.

Qu’ils soient fonctionnaires ou salariés du secteur privé, tous ont en effet dressé un état des lieux inquiétant d’une situation faite d’attaques de plus en plus nombreuses contre le monde du travail.

Public, privé : un même combat

Salaires au plus bas, emplois menacés et dans certains cas supprimés, conditions de travail dégradées, conventions collectives malmenées, missions publiques remises en causes... De la récente loi Travail qui a conduit FO à mener un beau combat » soulignait Jean Hédou aux réformes décidées dans la sphère publique telles les lois territoriales, le PPCR (sur les carrières et rémunérations des fonctionnaires) ou encore le Rifseep (réforme du régime indemnitaire des agents), les militants FO réunis à Bussang mènent tous le même type de combat contre les déréglementations du travail, le dumping social sur les salaires, les restructurations de services publics qui détruisent les emplois et dégradent les missions aux service des citoyens…

La fédération a en effet la particularité de rassembler des syndicats relevant de la Fonction publique (Environnement, Ecologie, Routes, aviation civile…) et du privé (entreprises de prévention, sécurité, autoroutes, compagnies aériennes…). Pour les militants FO, cela représente un atout pour les combats à mener. En effet, ces salariés des entreprises ou ces fonctionnaires ont davantage de points communs qu’il ne pourrait y paraître.

A force de déréglementations, il ne reste rien de ce que j’ai connu dans les années 1990 indique à la tribune le secrétaire fédéral Jean-Luc Secondi évoquant la branche du transport aérien. Séquence émotion… Salarié d’Air France, le militant qui ne renouvelle pas son mandat est ovationné par le congrès. Et l’on revient aux chiffres...

La dure philosophie « low cost »

Si entre 2008 et 2014 le trafic sur les aéroports français -et pour l’ensemble des compagnies aériennes- a augmenté de 5% à 6% par an, l’effectif de pilotes a en revanche reculé de 7% sur la période, celui des personnels navigants commerciaux a diminué de 5% et l’effectif des personnels au sol a diminué lui de 12%.

Illustration de ces chiffres depuis 2010, Air France a supprimé 10 000 postes s’irrite Jean-Luc Secondi rappelant que le plan présenté par la direction en octobre 2015 prévoyait cette fois des départs « non volontaires ». Concrètement des licenciements secs.

C’est grâce à la mobilisation des salariés que ce plan a pu être évité explique le militant. C’est une victoire même si à cette mobilisation contre la violence sociale la direction d’Air France a répondu par des mesures disciplinaires, par des licenciements ainsi que par des actions en justice à l’issue de la désormais célèbre affaire de la « chemise arrachée ».

Pour FO, cela illustre l’ambiance sociale délétère dans le secteur aérien, lequel devient de plus en plus un secteur dominé par la philosophie « low cost » où les compagnies à bas coûts se mènent une guerre sans merci. Les salariés, notamment les navigants commerciaux (PNC), doivent faire face à un phénomène de dumping social conduit par des employeurs qui n’hésitent pas à délocaliser les contrats de travail dans des pays à moindre coût de main d’œuvre.

Il y a un risque de développement de pavillons de complaisance à l’instar du secteur maritime. Nous avons intérêt à ne pas baisser la garde car l’existence même de nos emplois est en danger insiste Jean-Luc Secondi. Pour poursuivre le combat contre ces dérives, le syndicat FO des PNC a décidé de quitter l’ETF (fédération européenne des travailleurs du transport) et de participer avec d’autres syndicats européens à la création d’une nouvelle structure européenne, EurECCA (european cabin crew association). Cette structure concerne 40 000 personnels PNC en Europe.

La loi Travail, encore elle…

La fédération soutient pleinement l’action du SNPNC-FO qui face aux conditions dans lesquelles le règlement européen sur les FTL (organisation des temps de vols) a été adopté, malgré l’opposition d’une majorité de syndicats de PNC, a été à l’origine de la création d’eurECCA, l’association européenne des membres d’équipage de cabine. Pour marquer leur désapprobation de l’attitude d’ETF, les militants du SNPNC-FO ont boycotté l’intervention devant le congrès de la FEETS-FO du secrétaire général de l’ETF, Eduardo Chagas.

Traduction des liens étroits qui unissent les militants des secteurs public et privé au sein de la fédération, Gérard Costil, le secrétaire fédéral en charge du secteur public a tenu à rappeler le sens pour les fonctionnaires des actions récentes contre la loi Travail. Nous n’étions pas dans les manifestations contre la loi Travail pour apporter notre soutien aux camarades du privé. Nous y étions car nous sommes concernés aussi par l’inversion de la hiérarchie des normes.

Le militant qui ne renouvelle pas son mandat est ovationné. Oui explique-t-il, les agents du public sont inquiets face aux conséquences de la déconcentration de la gestion des personnels, ils contestent la création d’une super DRH (direction des ressources humaines) interministérielle, [...] continuent à lutter contre la réforme Rifseep des régimes indemnitaires, contestent la mise en place du protocole PPCR qui individualise un peu plus encore les rémunérations… Ces positions syndicales sont pour le moins entendues par les agents.

Représentativité : FO en tête

Nous ne sommes pas devenus par hasard la première organisation au sein de la fonction publique de l’État ! insiste Gérard Costil. En 2014, les élections professionnelles dans la fonction publique avaient confirmé la première place de FO à l’État. FO sortait notamment leader au plan de la représentativité syndicale dans le périmètre ministériel de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie ainsi qu’au sein du ministère du Logement, de l’Égalité des Territoires et de la Ruralité.

En 2018 auront lieu les prochaines élections rappelle le militant. Celles-ci se préparent déjà. Et cela passe par une volonté de développer davantage encore les implantations syndicales de FO. On n’a pas d’autre choix que de développer nos implantations. Ce développement est en effet essentiel pour affronter sereinement les nouvelles règles qui serviront dès la fin de 2017 à établir la représentativité syndicale dans les branches.

Ainsi relève Jean Hédou, reconduit à son mandat de secrétaire général de la FEETS-FO, le secteur du transport maritime nécessite de poursuivre les efforts en ce sens. De bons résultats existent déjà. FO est ainsi la deuxième organisation représentative dans le secteur portuaire avec une forte implantation de FO à Calais et Marseille.

Précarité : un combat syndical très actif

Le secteur maritime est toutefois actuellement source d’inquiétude à travers un projet de fusion de branches. FO qui conteste ce projet qui n’aura pour effet que de lisser les conventions collectives vers le plus petit dénominateur commun, à savoir le moins disant. Autre secteur professionnel, autre problème mais des difficultés tout aussi importantes pour les salariés. Dans le secteur des autoroutes où FO est doté d’une très bonne représentativité, nous avons beaucoup de difficultés à faire respecter ne serait-ce que la sécurité des salariés ou le dialogue social indique Jean-Hédou.

C’est un des seuls secteurs où les patrons refusent de mettre en place la collecte des fonds pour la formation professionnelle. Depuis 2006, l’État s’est désengagé du réseau autoroutier et cette privatisation façon vente des bijoux de famille n’a bien sûr pas profité aux salariés.

Les secteurs de la sécurité ou encore de la propreté sont aussi des secteurs professionnels où le patronat ne s’illustre pas spécialement par une quelconque fibre sociale. Dans le secteur de la propreté où les 2/3 des salariés sont employés à temps partiel, le salaire moyen est de 600 euros par mois.

La désormais célèbre affaire des « dames pipi », ces salariées travaillant dans toilettes publiques des monuments historiques de la ville de Paris et qui à l’occasion d’un changement de prestataires il y a dix-huit mois ont été laissées sans salaire ni emploi a donné un coup de projecteur sur les conditions d’emploi réservées à ces salariés. L’affaire portée par six d’entre elles devant la juridiction des prud’hommes est toujours en cours. Un jugement portant notamment sur le préjudice subi ne devrait pas intervenir avant dix-huit mois.

Pour la FEETS-FO qui s’est mobilisée pour ces salariées et mène le combat pour la défense de leurs droits, cette affaire illustre les dures conditions dans ce secteur (500 000 salariés) du nettoyage caractérisé par la sous-traitance, la précarité et la flexibilité »ette situation, FO de plus en plus représenté dans ce secteur professionnel réitère plusieurs revendications à commencer par celle demandant l’arrêt du subventionnement par les pouvoirs publics des bas salaires, véritables trappes à misère. En quelques mois, FO a gagné 1 500 adhérents en Ile-de-France dans ce secteur.