Étude

La France championne du monde de versement de dividendes

, Nadia Djabali

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© HAMILTON/REA

Voilà un titre dont la France aurait pu se passer. Car c’est en France que les entreprises reversent, en dividendes aux actionnaires, la plus grande part de leurs bénéfices. Et les sommes sont astronomiques, à en croire l’étude publiée récemment par les ONG Oxfam et le Basic.

Depuis 2009, les entreprises du CAC 40 ont versé plus de 407 milliards d’euros de dividendes à leurs actionnaires, dont près de 51 milliards d’euros en 2017. Un taux de redistribution des bénéfices deux fois plus élevé que celui de la moyenne des entreprises françaises.

Conséquences : les salaires ne sont pas à la fête au sein de leurs groupes et dans leurs chaînes d’approvisionnement ; les investissements sont réduits avec le risque de fragiliser à terme la santé économique des entreprises ; et les techniques pour échapper à l’impôt ont le vent en poupe avec, entre autres, des montages destinés à l’évasion fiscale.

De 2009 à 2016, poursuit l’étude, sur 100 euros de bénéfices les entreprises du CAC 40 ont en moyenne reversé 67,4 euros de dividendes aux actionnaires. Alors qu’en 2000 le taux de redistribution de dividendes ne dépassait pas les 30 %.
Le réinvestissement a quant à lui bénéficié de 27,3 euros. Grands perdants : les salariés, qui ont touché 5,3 euros sous forme de primes. La rémunération des actionnaires a progressé plus de quatre fois plus vite que celle des salariés de 2009 à 2016, précise l’étude. En 2016, les entreprises du CAC 40 ont ainsi reversé près de quinze fois plus de bénéfices à leurs actionnaires (sous forme de dividendes) qu’à leurs salariés (sous forme d’intéressement et de participation). 

Des plans sociaux évitables ?

Si les entreprises du CAC 40 avaient choisi de maintenir en 2016 le niveau - déjà élevé - de dividendes de 2009, et d’augmenter les salaires des employés plutôt que de maximiser les dividendes des actionnaires, l›ensemble des travailleurs du CAC 40 auraient pu voir leurs revenus augmenter d’au moins 14 000 euros sur la période, soit plus de 2 000 euros par an et par employé.

En 2011, la baisse de bénéfices de plus de 10 % n’a pas empêché les entreprises du CAC d’augmenter les dividendes versés aux actionnaires de plus de 15 % (+ 5,9 milliards d’euros). Une opération permise par une baisse de plus de 38 % des investissements (- 17 milliards d’euros).

Les auteurs de l’étude s’interrogent : Les baisses d’effectifs auraient-elles pu être évitées moyennant des dividendes (très légèrement) moins importants pour les actionnaires ?

Car la priorité donnée aux dividendes ne réduit pas seulement à un montant dérisoire la part des bénéfices revenant aux salariés, mais questionne particulièrement les entreprises ayant eu recours à des plans sociaux qu’elles justifient par des difficultés économiques. Depuis la crise de 2008, les deux ONG ont répertorié au moins 5 761 licenciements à la suite de plans sociaux menés par les entreprises du CAC 40.

 

Focus : Explosion des écarts de salaires
Entre 2009 et 2016, l’écart entre la rémunération moyenne des P-DG du CAC 40 et le salaire moyen au sein de leurs entreprises est passé de 96 à 119. En moyenne, entre 2009 et 2016, les P-DG du CAC 40 ont gagné 105 fois le salaire moyen de leur entreprise et ils ont gagné 257 fois le Smic en 2016. Sur la plus haute marche du podium des écarts de salaires : le P-DG de Carrefour, qui a affiché, entre 2009 et 2016, un ratio moyen entre sa rémunération et le salaire moyen de l’entreprise de 306. Puis le P-DG de LVMH dont le ratio est de 270, et enfin Danone avec un ratio de 227.