La longue bataille des retraites

Histoire par Christophe Chiclet

Le mouvement ouvrier n’a pas attendu les ordonnances du 19 octobre 1945 pour se battre pour une fin de vie à l’abri de la misère, c’est-à-dire une retraite digne de ce nom et dans de bonnes conditions.

L es fins penseurs néolibéraux annoncent que notre système de retraire basé sur les recommandations du programme du Conseil national de la Résistance (publié en 1944) est trop vieux, obsolète… Mais l’histoire de la bataille des retraites n’a pas que soixante-quinze ans. La réforme actuelle s’attaque à des acquis remontant à Napoléon III, voire à Louis XIV !

Au départ, l’État se penche sur le problème des retraites pour des raisons militaires. Il a besoin de recruter et pour cela il doit promettre une pension pour les blessés, les invalides et les vieux soldats. Le 22 novembre 1673, Colbert publie l’édit de Nancy fondant la Caisse des invalides de la Marine royale, étendu à la marine marchande en 1709. Les pensions militaires sont instaurées en 1831 pour que les démobilisés précarisés ne rejoignent pas la pègre et pire encore, les mouvements d’opposition. Les mineurs ont leurs caisses en 1894, les cheminots en 1900 et les ouvriers de l’État en 1928 (souvent des arsenaux militaires). Voilà l’origine des régimes spéciaux.

Le rôle des syndicats

Dès le vote de la loi du 9 juin 1853, Napoléon III instaure l’âge du départ légal à la retraite pour ses fonctionnaires : 60 ans après trente ans de service, 55 ans pour les travaux pénibles après vingt-cinq ans de service. Quatre ans après la fondation de la CGT, le Parlement adopte, le 1er avril 1898, la « Charte de la mutualité », accordant toute liberté aux Sociétés de secours mutuels. C’est aussi l’époque où des patrons paternalistes ou utopistes créent leurs propres caisses de retraite : Michelin, le chocolat Meunier, la fonderie Godin (dirigée par J.-B. Godin, bâtisseur du familistère de Guise).

La première tentative d’un système moderne de retraite par répartition voit le jour avec le vote de la loi du 5 avril 1910, mais c’est un échec car les cotisations ne sont pas obligatoires. La deuxième tentative de 1928 est aussi un échec en raison de la résistance du patronat, des paysans, des médecins et de la CGT-U communiste. Il faut attendre la loi du 30 avril 1930 pour voir l’apparition du premier régime de retraite obligatoire. Cependant, nous sommes encore loin des ordonnances de 1945. Il s’agit d’un régime mixte par capitalisation-répartition qui ne concerne que les salariés gagnant plus de 15 000 francs par an et pouvant prétendre à une retraite à taux plein après trente ans de cotisation.

Bref, c’est quasiment deux siècles d’acquis sociaux que le gouvernement actuel voudrait jeter aux oubliettes de l’Histoire.

 

Le modèle bismarckien
Entre 1883 et 1889, le chancelier allemand Bismarck, sous la pression des socialistes et des syndicats du Reich, va mettre en place le premier régime de retraite par répartition financé par les cotisations ouvrières, au prorata des revenus, et patronales. Un système géré par les partenaires sociaux via un réseau de caisses de retraite.

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