La naissance

Les 120 ans de la CGT FO par  Mathieu Lapprand, Evelyne Salamero

Plaque commémorant l’adoption de la charte d’Amiens à l’entrée de l’école publique du Faubourg de Noyon, rue Rigollot à Amiens. © F. BLANC

Les grandes dates des 120 ans d’histoire de la Confédération Générale du Travail

La CGT, Confédération Générale du Travail, a eu 120 ans le 28 septembre dernier.
Cette CGT, la CGT-Force Ouvrière la continue depuis 1947, année où plusieurs de ses dirigeants et militants décidèrent de faire scission pour défendre l’indépendance de l’organisation. Il revenait à Force Ouvrière Hebdo, héritier du journal Résistance Ouvrière né en 1944 et devenu Force Ouvrière à la scission, de retracer ces cent vingt années d’histoire.


La création de la Confédération générale du travail en 1895 concrétise la double aspiration des travailleurs à unifier leurs organisations jusque-là éparses et à défendre farouchement leur indépendance.


1895 Le congrès constitutif de Limoges
Réunis à Limoges du 23 au 28 septembre, les délégués de la Fédération nationale des syndicats, créée en 1886, et de la Fédération des Bourses du travail de France et des colonies, créée en 1892, décident de constituer ensemble la Confédération générale du travail. Les statuts proclament : « Les éléments constituant la CGT devront se tenir en dehors de toutes les écoles politiques. La CGT a exclusivement pour objet d’unir, sur le terrain économique et dans les liens d’étroite solidarité, les travailleurs en lutte pour leur émancipation intégrale. » La CGT se constitue donc en opposition aux partisans de Jules Guesde, qui subordonnaient l’action syndicale à l’action politique et avaient officiellement quitté le mouvement syndical en 1894. Le syndicalisme indépendant, incarné notamment par l’anarcho-syndicaliste Fernand Pelloutier, créateur de la Fédération des Bourses du travail et partisan de la grève générale « émancipatrice », a gagné. La CGT naissante fédère 18 Bourses du travail, 26 chambres syndicales et 28 fédérations syndicales, soit 300 000 travailleurs.


1898-1906 Repos le dimanche, journée de dix heures... Les premiers acquis
Si les patrons raillent publiquement la faiblesse numérique de la jeune CGT, ils comprennent vite que la centrale ouvrière représente en réalité une force beaucoup plus importante et que des travailleurs non syndiqués répondent de plus en plus nombreux aux appels à la grève de ses syndicats. Le patronat et les pouvoirs publics doivent donc faire des concessions. La loi sur les accidents du travail est adoptée en 1898, la journée de 10 heures instaurée en 1900 et le repos hebdomadaire du dimanche en 1906.


1906 La charte d’Amiens réaffirme et codifie l’indépendance syndicale
Onze ans après sa fondation, la CGT a plus que doublé le nombre de ses adhérents. Elle en compte désormais environ 800 000. Les grèves se multiplient. Le 8 octobre 1906, à l’ouverture du congrès d’Amiens, le guesdiste Victor Renard dépose une motion demandant une collaboration étroite entre la CGT et le Parti socialiste. Elle est rejetée (724 voix contre, 34 pour et 37 abstentions). Le congrès se conclut au contraire par l’adoption d’une charte (830 voix pour, 8 contre et 1 abstention) qui reprend l’article 2 des statuts : « La CGT groupe, en dehors de toute école politique, tous les travailleurs conscients de la lutte à mener pour la disparition du salariat et du patronat », complétant : « l’entière liberté pour le syndiqué de participer, en dehors du mouvement corporatif, à telles formes de lutte correspondant à sa conception philosophique ou politique, se bornant à lui demander, en réciprocité, de ne pas introduire dans le syndicat les opinions qu’il professe en dehors ».


1906, 1947, 1969 : Un fil rouge : l’indépendance
L’adoption de la charte d’Amiens en 1906 (lire ci-dessus) puis la scission de 1947, qui aboutit à la création de la CGT-Force Ouvrière, résultent du choix de l’indépendance vis-à-vis des partis.
En 1969, l’appel à voter non au référendum du général de Gaulle, lancé par le congrès de Tours de la CGT-FO, découle de la volonté de rester indépendants vis-à-vis de l’État. Le général de Gaulle veut instaurer un sénat où siégeraient des représentants des confédérations syndicales et promouvoir la régionalisation. Le secrétaire général André Bergeron déclare notamment : « Certains se croient en mesure de tirer des conclusions en évoquant notamment l’association capital-travail. Nous savons trop où cela mènerait. Le mouvement syndical est majeur. Il se détermine au sein de ses instances régulières (...). »
Le non l’emportera et le général De Gaulle devra démissionner.
C’est la seule fois où la CGT-FO a dérogé à sa règle de ne donner aucune consigne de vote lors de scrutins politiques.

 Mathieu Lapprand Journaliste à L’inFO militante

Evelyne Salamero Journaliste à L’inFO militante