Crise migratoire

La solidarité et la cohérence européenne toujours en panne

, Secteur Europe - International

Recommander cette page

La situation des migrants en Europe et l’absence de gestion et de solidarité de l’UE face à la question migratoire continuent de susciter beaucoup d’inquiétudes. Loin de mettre en place les bases d’une politique commune, l’Europe continue d’externaliser le contrôle de ses frontières en passant des accords avec les pays où les migrants transitent avant d’arriver en Europe. Après l’accord hautement contestable UE Turquie de 2016, qui a eu pour effet de détourner les routes migratoires, c’est au tour de l’Italie de signer, en mai 2017, avec la Libye, mais aussi le Tchad et le Niger un accord pour renforcer les contrôles aux frontières, créer de nouveaux centres d’accueil dans les pays africains et ainsi tenter d’endiguer le flux de migrants arrivant en Europe.

Cet accord a entraîné, de facto, une pratique illégale de refoulement vers la Libye, où les conditions de vie épouvantables dans les centres de rétention sont régulièrement dénoncées par l’ONU et où le droit criminalise l’immigration clandestine. Malgré les multiples incidents rap-portés sur le comportement des garde-côtes libyens (impliqués dans les trafics depuis la Libye, comportement autour des embarcations de migrants aboutissant à la mise en danger de la vie des migrants), l’Italie vient d’accueillir des gardes côtes en formation sur son sol pour un programme de formation.

Le 28 août 2017 s’est tenu à Paris, à l’initiative d’Emmanuel Macron un « mini sommet » consacré à la crise migratoire qui a réuni des chefs d’état européens et africains (Italie, France, Allemagne et Espagne, Tchad, Libye et Niger). Les conclusions de ce sommet ont principalement permis de légitimer une stratégie qui consiste à encourager les pays de transit à juguler le mouvement des populations en échange de transfert de ressources financières et matérielles. La France a, quant à elle, annoncée l’installation de « hot spots » (centres d‘enregistrement et d’identification des migrants) notamment en Libye.

Juncker appelle à une « responsabilité collective de l’Europe »

L’Union européenne continue donc à transférer la responsabilité relative à la prise en charge des demandeurs d’asile à des territoires où les droits fondamentaux et les normes internationales ne sont pas respectés et où les conditions de traitement sont inhumaines et très souvent mortelles et envisage d’y traiter les dossiers de demande d’asile. Dans son discours sur l’état de l’Union en septembre 2017, le Président de la Commission Européenne Jean-Claude Juncker a relevé également les conditions inhumaines qui prévalent dans les centres de rétention libyens et appelé à une responsabilité collective de l’Europe.

La CES estime également que payer la Turquie pour maintenir les réfugiés hors d’Europe est inacceptable et que la réponse des États membres à la crise migratoire est à quelques exceptions près « proprement honteuse ».

Les perspectives à venir sont peu réjouissantes : la réforme du système d’asile de l’UE, et notamment le règlement de Dublin pourtant annoncée par la Commission européenne semble une nouvelle fois bloquée. Le plan de relocalisation de migrants adopté en septembre 2015 par les États membres et qui s’achève à la fin du mois est un échec. Cet accord, qui à l’issue des deux ans devait être pérennisé par un mécanisme permanent, prévoyait d’installer en deux ans 160 000 demandeurs d’asile, arrivés en Grèce ou en Italie dans les pays membres selon des quotas établis. Au final à peine 30 000 demandeurs d’asile auront été réinstallés avec les plus grandes difficultés, de nombreux pays s’opposant et refusant tout simplement de relocaliser sur leur territoire.

Rejet des demandes de la Hongrie et de la Slovaquie par la CJUE

Dans un récent arrêt du 6 septembre 2017, la Cour de Justice de l’Union Européenne vient d’ailleurs de rejeter les demandes de la Hongrie et de la Slovaquie qui contestaient ce mécanisme de relocalisation, demandes appuyées par la Pologne qui soulevait, elle, la nécessité de préserver des États ethniquement homogènes.

Cette décision, qualifiée « d’historique », réaffirme le principe de solidarité entre les États européens à l’égard des réfugiés et illustre les deux visions qui s’opposent en Europe sur la question migratoire : l’une solidaire et soucieuse de garantir des conditions d’accueil et d’asile dignes et celle incarnée par le groupe de Visegrad (Hongrie, Pologne, République tchèque et Slovaquie), qui souhaite que la politique commune de l’Union consiste à édifier des forteresses et à repousser les migrants, ignorant purement et simplement le droit d’asile. Jusqu’à présent seule une approche sécuritaire (renforcement du contrôle aux frontières extérieures de l’Union et politiques de retour des illégaux) a fait consensus entre les États membres.

La politique de développement est de plus en plus mise au service de la politique migratoire, comme moyen de négociation avec les pays de départ, ce qui en dit long sur la vision de la politique migratoire européenne. En opposant les « bons migrant » (les réfugiés fuyant la guerre) aux « mauvais migrants » dits économiques fuyant la misère et en ne cherchant, avec difficultés, des solutions que pour les premiers et en renvoyant purement et simplement les autres, l’Union Européenne et les États membres refusent d’anticiper la réalité de la migration de demain, où l’explosion démographique, les migrations climatiques, la pauvreté et les conflits mettront aux portes de l’Europe et de façon pérenne des milliers de personnes.

Force Ouvrière affirme depuis longtemps que la question des migrations ne peut plus être traitée aujourd’hui au simple plan national. C’est un enjeu européen, mais aussi mondial qui doit être examiné dans sa globalité, et qui sera plus efficacement traité par la coopération et la solidarité que par la fermeture, la contrainte et le repli. Les migrations clandestines et le dumping social que cette absence de gestion cohérente et de long terme génèrent, iront en s’amplifiant dans un contexte tendu où le monde du travail affronte la déconstruction de ses acquis et une flexibilité de plus en plus grande.

A propos de cet article

Sur l’auteur

Sur le même sujet

Mots-clés associés

En complément